Par Jean-François Jamet, porte-parole d'EuropaNova* et Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman, Professeur associé au CNAM
La crise est là, et avec elle l'anxiété de nombre de nos citoyens face au chômage, à l'endettement et à l'absence de perspectives de croissance. Et pourtant. A chaque étape de la crise, la zone euro fait un pas dans le sens de l'effort et de la solidarité, et semble prendre conscience un peu plus de la nécessité d'unir ses forces.
Le Pacte budgétaire européen, entériné lors du Conseil du 30 janvier, signifie ainsi l'engagement public des Etats membres à respecter des règles budgétaires communes sous le contrôle de la Cours de justice de l'UE : un budget doit être en équilibre une fois prise en compte l'impact de la conjoncture et les mesures temporaires ou exceptionnelles justifiée par le cycle économique. Mais l'Europe ne sait pas comment faire pour aller plus loin que l'adoption de règles contraignantes et pour se donner une véritable stratégie de sortie de crise. Divergences économiques et politiques, reconnaissance de la nécessité de l'effort sans accord sur sa répartition. A force d'attendre des autres qu'ils fassent le premier pas, nous avons du mal à penser notre intérêt commun.
La Banque centrale européenne (BCE) attend des Etats qu'ils concrétisent l'union budgétaire en cours de construction et les réformes structurelles nécessaires. L'Allemagne - et avec elle des Etats comme les Pays-Bas ou la Finlande - attend des Etats du Sud qu'ils démontrent leur capacité à renoncer à une économie sous perfusion d'endettement public et privé et qu'ils procèdent aux réformes de structure qui leur permettront de lutter contre l'évasion fiscale, la corruption et le corporatisme. L'Allemagne veut soumettre les budgets nationaux à un contrôle indépendant, pour que politique ne signifie pas clientélisme. La France attend de la BCE qu'elle prenne ses responsabilités de prêteur en dernier ressort, pour rassurer les marchés financiers, et ainsi protéger ses conditions d'emprunt et ses banques. Elle veut un gouvernement européen capable de réagir aux crises et de mener une politique contracyclique. Les pays du Sud de l'Europe fragilisés par la crise de la dette espèrent la solidarité financière de leurs partenaires. Ils demandent des obligations européennes (eurobonds) qui allègeraient la charge des intérêts d'emprunt.
Et si pourtant chacun détenait une part de la vérité ? Et si au lieu que chacun attende que les autres fassent le premier pas, nous le faisions ensemble ? Tous pourraient y trouver plus d'avantages que d'inconvénients et l'Europe sortirait par le haut de la crise. Une part importante des attentes de l'Allemagne a d'ores et déjà été entendue : les mécanismes de supervision économique commun ont été très largement renforcés. Le Pacte budgétaire a confirmé l'engagement des Etats membres en ce sens. Mais si la supervision est utile pour éviter de répéter les erreurs du passé (endettement excessif et divergence de compétitivité), elle ne peut résoudre à elle seule la crise actuelle. Il faut donc aller plus loin. Tout d'abord, un Trésor européen doit être créé pour gérer des émissions de dette communes à la zone euro, avec une ressource fiscale propre pour assurer sa crédibilité (par exemple un impôt sur les sociétés européen se substituant à leurs équivalents nationaux décrédibilisés par la concurrence fiscale). La dette mise en commun serait limitée aux bons du trésor, c'est-à-dire à la dette de court terme (eurobills), à hauteur de 10% de leur PIB, comme proposé récemment par Thomas Philippon et Christian Hellwig. Le Trésor européen pourrait également émettre, avec l'accord des institutions politiques européennes, des emprunts de long-terme pour financer - aux côtés des fonds structurels partiellement transformés en fonds conjoncturels contracycliques - un programme d'investissement européen. Enfin, le Mécanisme de stabilité européen, dont l'entrée en vigueur a été avancée à début juillet 2012, serait conçu comme un réel fonds monétaire européen capable d'organiser le défaut ordonné d'un Etat ou d'une banque européenne : sa première mission serait d'organiser le défaut de la Grèce, en servant de médiateur entre la Grèce et ses créanciers privés.
Le second pilier viserait à assurer la légitimité politique de l'Union et de la zone euro. Un président pilotant à la fois la Commission et le Conseil serait élu au suffrage universel direct. La zone euro serait dotée d'un ministre des finances lui donnant une seule voix dans les enceintes économiques internationales. Le contrôle budgétaire serait de nature à la fois technique (par la Commission) et politique (par l'assemblée parlementaire réunissant des représentants des parlements européens et nationaux prévue par le Pacte budgétaire). Enfin, la légitimité démocratique du Parlement européen serait accrue en adoptant une représentation plus proportionnelle à la population et en lui confiant un pouvoir d'initiative législative. Troisième pilier, la BCE, rassurée par la mise en place de cette union budgétaire plus efficace, plus crédible et plus légitime, reconnaitrait son rôle de prêteur en dernier ressort. Pour éviter néanmoins que ceci crée un effet d'aubaine, la BCE annoncerait simultanément qu'elle refuserait à l'avenir (en dehors des périodes de récession) de prendre en collatéral les nouvelles obligations émises par les Etats lorsque ceux-ci ne respectent pas les règles budgétaires communes. Chacun des acteurs du psychodrame européen actuel a une partie du puzzle, il est temps de l'assembler : à la crise systémique, proposons une réponse systémique.
Retrouvez l'article sur : http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20120209trib000682484/trois-condi
tions-pour-sortir-de-la-crise-europeenne.html
Trois conditions pour sortir de la crise européenne
Février 14, 2012, 2:55 pmAppel d’une nouvelle génération engagée pour un autre projet européen
Janvier 30, 2012, 10:14 am
A l’initiative du think-tank EuropaNova, une nouvelle génération de citoyens appelle les dirigeants européens à prendre leurs responsabilités pour sortir l’Europe de la crise et s’engager résolument pour une fédération européenne. Les premiers signataires de cet appel sont des responsables associatifs et politiques, chefs d’entreprise, journalistes ou intellectuels, essentiellement trentenaires et issus de 15 pays de l’Union européenne.
Appel d’une Nouvelle génération engagée pour un autre projet européen
Signez la pétition ici : http://www.ipetitions.com/petition/europanova/
C’est maintenant et pas dans dix ans que se jouent le destin d’un demi-milliard d’Européens et l’avenir de notre modèle de civilisation. Nous, Européens, allons-nous enfin avoir le courage, la détermination et l’énergie de faire de l’Europe une grande puissance démocratique ? Voilà le défi que nous devons relever alors que le monde est l’objet d’un rééquilibrage accéléré.
En une décennie, l’Occident a perdu le leadership sur la mondialisation. De nouvelles interdépendances planétaires sont apparues dans un monde en mutation où de nouvelles puissances, souvent des fédérations de taille quasi-continentale, ont changé l’équilibre mondial. C’est donc un monde nouveau qui s’éveille. Et avec lui, une nouvelle génération d’Européens engagés prend conscience de la nécessité de penser ensemble l'avenir et l’intérêt général européen.
Allons-nous, nous Européens, prouver que des peuples voisins partageant les mêmes valeurs fondamentales, sont capables de se réinventer et de penser ensemble leur unité de manière démocratique pour sortir de la crise ?
Trouverons-nous les moyens d’orienter le capitalisme au service de la société ?
Serons-nous capables de réinventer nos systèmes de production et d’innovation ?
Parviendrons-nous à relever les défis du changement climatique et du développement durable?
Saurons-nous inventer une société juste qui intègre tout au long de leurs vies des femmes et des hommes de plusieurs générations ?
Réussirons-nous à mettre les jeunes, la culture, la connaissance mutuelle au cœur de notre projet?
L’enjeu est majeur: rien moins qu’une nouvelle vision de l’Europe et du monde.
Pour remplir cette mission historique, il s’agit d’abord de faire face à l’urgence: apporter une solution durable à la crise qui touche le Vieux Continent, annihile la confiance, nourrit les populismes et menace la démocratie et soixante ans de construction européenne.
Cette crise met en lumière l’inadéquation de nos modes de décision intergouvernementaux européens ainsi que l'impréparation, le manque de leadership et de vision partagée de trop nombreux dirigeants. Il est urgent de créer ensemble une nouvelle souveraineté – cette fois-ci collective – qui redonne tout son sens à l’action politique.
Pour ce faire, décidons maintenant de mettre en œuvre un gouvernement de la zone euro associant d'emblée tous les pays qui voudront le rejoindre. Un gouvernement qui ne se limite pas à surveiller les budgets nationaux et à gérer les crises mais qui comprenne une ambition concrète de convergence fiscale et sociale, de croissance, d’innovation et d’emplois ainsi qu’une véritable capacité d’investissement collective.
Ce gouvernement préfigurera une fédération européenne qui rassemblera le moment venu tous les Etats de l’Union qui le souhaiteront. Il devra être contrôlé de manière démocratique. Dans l’immédiat, nous préconisons une association véritable du Parlement européen, de la Commission européenne et des parlements nationaux, à parité avec les Etats-membres, à la gestion de crise.
Au delà de l’urgence, le moment est aussi venu de réinventer la démocratie européenne et d’engager enfin les peuples et les citoyens de l’Union dans cette refonte. La civilisation européenne a inventé l’Etat nation, la République, la coopération intergouvernementale institutionnalisée.
Il est temps d’inventer une démocratie européenne transnationale respectant la diversité de nos cultures et les différences de chacun. Partout en Europe, des voix s'élèvent pour signifier l’inadaptation de nos modèles actuels.
Aujourd’hui, les Européens sont mûrs pour inventer une nouvelle page positive de leur histoire et ouvrir le débat sur la constitution d'un véritable espace politique européen qui place l’Homme à son cœur et le capitalisme sur de bons rails.
Nous souhaitons que les prochaines élections européennes soient l’occasion d’élire une assemblée constituante qui dote l’Union européenne d’une nouvelle loi fondamentale. Organisées pour la première fois le même jour dans toute l’Union, ces élections devront également faire l’objet d’une campagne où chaque grand parti européen présentera son candidat à la présidence de la Commission européenne.
La Loi fondamentale européenne devra entrer en vigueur dans les pays qui décideront librement de la ratifier et de prendre la voie d’une véritable démocratie fédérale.
A ces conditions, le projet européen redeviendra une source d’inspiration non seulement pour nos concitoyens mais aussi pour le reste du monde.
Nous appelons tous ceux qui partagent notre engagement à se joindre à nous en signant et en relayant ce manifeste.
[ encore.. ]
Appel d’une Nouvelle génération engagée pour un autre projet européen
Signez la pétition ici : http://www.ipetitions.com/petition/europanova/
C’est maintenant et pas dans dix ans que se jouent le destin d’un demi-milliard d’Européens et l’avenir de notre modèle de civilisation. Nous, Européens, allons-nous enfin avoir le courage, la détermination et l’énergie de faire de l’Europe une grande puissance démocratique ? Voilà le défi que nous devons relever alors que le monde est l’objet d’un rééquilibrage accéléré.
En une décennie, l’Occident a perdu le leadership sur la mondialisation. De nouvelles interdépendances planétaires sont apparues dans un monde en mutation où de nouvelles puissances, souvent des fédérations de taille quasi-continentale, ont changé l’équilibre mondial. C’est donc un monde nouveau qui s’éveille. Et avec lui, une nouvelle génération d’Européens engagés prend conscience de la nécessité de penser ensemble l'avenir et l’intérêt général européen.
Allons-nous, nous Européens, prouver que des peuples voisins partageant les mêmes valeurs fondamentales, sont capables de se réinventer et de penser ensemble leur unité de manière démocratique pour sortir de la crise ?
Trouverons-nous les moyens d’orienter le capitalisme au service de la société ?
Serons-nous capables de réinventer nos systèmes de production et d’innovation ?
Parviendrons-nous à relever les défis du changement climatique et du développement durable?
Saurons-nous inventer une société juste qui intègre tout au long de leurs vies des femmes et des hommes de plusieurs générations ?
Réussirons-nous à mettre les jeunes, la culture, la connaissance mutuelle au cœur de notre projet?
L’enjeu est majeur: rien moins qu’une nouvelle vision de l’Europe et du monde.
Pour remplir cette mission historique, il s’agit d’abord de faire face à l’urgence: apporter une solution durable à la crise qui touche le Vieux Continent, annihile la confiance, nourrit les populismes et menace la démocratie et soixante ans de construction européenne.
Cette crise met en lumière l’inadéquation de nos modes de décision intergouvernementaux européens ainsi que l'impréparation, le manque de leadership et de vision partagée de trop nombreux dirigeants. Il est urgent de créer ensemble une nouvelle souveraineté – cette fois-ci collective – qui redonne tout son sens à l’action politique.
Pour ce faire, décidons maintenant de mettre en œuvre un gouvernement de la zone euro associant d'emblée tous les pays qui voudront le rejoindre. Un gouvernement qui ne se limite pas à surveiller les budgets nationaux et à gérer les crises mais qui comprenne une ambition concrète de convergence fiscale et sociale, de croissance, d’innovation et d’emplois ainsi qu’une véritable capacité d’investissement collective.
Ce gouvernement préfigurera une fédération européenne qui rassemblera le moment venu tous les Etats de l’Union qui le souhaiteront. Il devra être contrôlé de manière démocratique. Dans l’immédiat, nous préconisons une association véritable du Parlement européen, de la Commission européenne et des parlements nationaux, à parité avec les Etats-membres, à la gestion de crise.
Au delà de l’urgence, le moment est aussi venu de réinventer la démocratie européenne et d’engager enfin les peuples et les citoyens de l’Union dans cette refonte. La civilisation européenne a inventé l’Etat nation, la République, la coopération intergouvernementale institutionnalisée.
Il est temps d’inventer une démocratie européenne transnationale respectant la diversité de nos cultures et les différences de chacun. Partout en Europe, des voix s'élèvent pour signifier l’inadaptation de nos modèles actuels.
Aujourd’hui, les Européens sont mûrs pour inventer une nouvelle page positive de leur histoire et ouvrir le débat sur la constitution d'un véritable espace politique européen qui place l’Homme à son cœur et le capitalisme sur de bons rails.
Nous souhaitons que les prochaines élections européennes soient l’occasion d’élire une assemblée constituante qui dote l’Union européenne d’une nouvelle loi fondamentale. Organisées pour la première fois le même jour dans toute l’Union, ces élections devront également faire l’objet d’une campagne où chaque grand parti européen présentera son candidat à la présidence de la Commission européenne.
La Loi fondamentale européenne devra entrer en vigueur dans les pays qui décideront librement de la ratifier et de prendre la voie d’une véritable démocratie fédérale.
A ces conditions, le projet européen redeviendra une source d’inspiration non seulement pour nos concitoyens mais aussi pour le reste du monde.
Nous appelons tous ceux qui partagent notre engagement à se joindre à nous en signant et en relayant ce manifeste.
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Il faut créer un gouvernement de la zone euro
Octobre 26, 2011, 3:21 pm
Quand va-t-on enfin cesser de qualifier la crise européenne de crise bancaire, de crise de la dette ou de crise de l'euro ? Va-t-on enfin réaliser que cette crise est d'abord et avant tout une crise d'absence de perspectives de croissance annoncée de longue date ?
Au-delà du renforcement du fonds européen de stabilité financière, tout l'enjeu du Conseil européen de mercredi 26 octobre, c'est de définir les conditions d'un retour à une croissance forte et durable. La crise financière a eu deux conséquences majeures pour l'Europe.
D'une part, elle a accéléré le processus de rééquilibrage économique et financier mondial en faveur des grands pays émergents et mis fin, avec l'institutionnalisation du G20, au monopole de l'Occident sur la mondialisation. D'autre part, elle a conduit à un accroissement massif de l'endettement européen à des niveaux jusque-là inconnus et mis en lumière la faiblesse du potentiel de croissance de l'Union européenne et de ses Etats membres.
C'est cette absence structurelle de perspectives de croissance à long terme des Etats européens qui rend problématique le remboursement de la dette et que sanctionnent aujourd'hui les marchés. Ceux-ci considèrent en effet que les Européens, faute de stratégie économique fédérale et de capacité de décision rapide, n'auront pas les moyens économiques et politiques de faire face à leur endettement.
Chose nouvelle, ils font peser une prime de risque sur l'économie européenne. A contrario, ils accordent une prime de confiance aux économies des Etats-continents que sont l'Inde, la Chine ou encore le Brésil : les grands pays émergents disposent de gisements de croissance plus forts et plus sains, à la fois parce qu'ils ont mis en oeuvre de véritables stratégies industrielles de long terme, mais aussi parce qu'ils sont encore en situation de rattrapage économique accéléré. L'Europe devient ainsi aux yeux du monde une zone à risque.
Cette crise structurelle n'est pas une surprise, elle est annoncée de longue date. Dès 2000, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Europe des quinze réunis en Conseil à Lisbonne prennent conscience que la décennie 2010-2020 sera critique pour l'Europe. Ce qui est nouveau, c'est qu'ils doutent de la crédibilité des décisions européennes qui, une fois prises, même dans l'urgence, nécessitent l'accord des Parlements des Etats membres et prennent des mois à être mises en oeuvre. La vérité, c'est que le système de décision européen, largement intergouvernemental, n'est pas adapté à la gestion de crise.
Or, comme le souligne régulièrement Jean-Claude Trichet, l'Europe est entrée dans un cycle de crises durable auquel aucun Etat membre ne peut faire face seul et auquel la zone euro, parce qu'elle n'est pas une union économique et sociale, n'est pas préparée.
Dès lors, il ne s'agit pas seulement d'une crise de l'euro ou de l'Union européenne, mais bien d'une crise du système européen dans sa globalité, Etats membres, zone euro, Union européenne. C'est à cette crise qu'il faut apporter une solution globale qui soit également crédible et légitime.
Il serait faux de dire que les Etats européens n'ont pas pressenti cette nouvelle donne économique et géopolitique. La stratégie de Lisbonne décidée en 2000 par les chefs d'Etat et de gouvernement prévoyait que chaque Etat membre sur une base volontaire mettrait en place des réformes structurelles lui permettant de retrouver de la compétitivité ainsi qu'une politique d'investissement permettant de doper l'innovation. Faute de mesures contraignantes, ces engagements n'ont été tenus que par l'Allemagne et les pays de l'Europe du Nord, ce qui explique en partie la réindustrialisation de ces pays et le déclin industriel des autres.
Il est en revanche juste de dire que l'Union européenne a refusé de faire face à l'hypothèse d'une crise systémique dans la mesure où accepter cette hypothèse, c'était reconnaître la nécessité de mettre en place des mécanismes de décision de nature fédérale pour un certain nombre de sujets au moins pour la zone euro : prévention et gestion de crise financière et monétaire, architecture européenne de supervision bancaire et assurantielle, politique d'investissement, convergence sociale et fiscale.
Si le Conseil européen de mercredi veut être décisif pour l'avenir de l'Europe, il doit engager trois mouvements de fond : renforcer le fonds européen de stabilité financière pour être en mesure de faire face à l'urgence grecque et prévenir une crise de la dette italienne ou espagnole, crédibiliser les perspectives de croissance des Etats les plus fragiles, France comprise, initier le processus conduisant à la création d'un gouvernement économique et social pour la zone euro disposant d'une capacité d'action rapide et donc largement autonome, ce qui pose la question d'un contrôle démocratique de ce gouvernement.
Sans cette triple dynamique, le scepticisme va continuer à se généraliser et l'Europe s'enfoncer dans la crise.
[ encore.. ]
Au-delà du renforcement du fonds européen de stabilité financière, tout l'enjeu du Conseil européen de mercredi 26 octobre, c'est de définir les conditions d'un retour à une croissance forte et durable. La crise financière a eu deux conséquences majeures pour l'Europe.
D'une part, elle a accéléré le processus de rééquilibrage économique et financier mondial en faveur des grands pays émergents et mis fin, avec l'institutionnalisation du G20, au monopole de l'Occident sur la mondialisation. D'autre part, elle a conduit à un accroissement massif de l'endettement européen à des niveaux jusque-là inconnus et mis en lumière la faiblesse du potentiel de croissance de l'Union européenne et de ses Etats membres.
C'est cette absence structurelle de perspectives de croissance à long terme des Etats européens qui rend problématique le remboursement de la dette et que sanctionnent aujourd'hui les marchés. Ceux-ci considèrent en effet que les Européens, faute de stratégie économique fédérale et de capacité de décision rapide, n'auront pas les moyens économiques et politiques de faire face à leur endettement.
Chose nouvelle, ils font peser une prime de risque sur l'économie européenne. A contrario, ils accordent une prime de confiance aux économies des Etats-continents que sont l'Inde, la Chine ou encore le Brésil : les grands pays émergents disposent de gisements de croissance plus forts et plus sains, à la fois parce qu'ils ont mis en oeuvre de véritables stratégies industrielles de long terme, mais aussi parce qu'ils sont encore en situation de rattrapage économique accéléré. L'Europe devient ainsi aux yeux du monde une zone à risque.
Cette crise structurelle n'est pas une surprise, elle est annoncée de longue date. Dès 2000, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Europe des quinze réunis en Conseil à Lisbonne prennent conscience que la décennie 2010-2020 sera critique pour l'Europe. Ce qui est nouveau, c'est qu'ils doutent de la crédibilité des décisions européennes qui, une fois prises, même dans l'urgence, nécessitent l'accord des Parlements des Etats membres et prennent des mois à être mises en oeuvre. La vérité, c'est que le système de décision européen, largement intergouvernemental, n'est pas adapté à la gestion de crise.
Or, comme le souligne régulièrement Jean-Claude Trichet, l'Europe est entrée dans un cycle de crises durable auquel aucun Etat membre ne peut faire face seul et auquel la zone euro, parce qu'elle n'est pas une union économique et sociale, n'est pas préparée.
Dès lors, il ne s'agit pas seulement d'une crise de l'euro ou de l'Union européenne, mais bien d'une crise du système européen dans sa globalité, Etats membres, zone euro, Union européenne. C'est à cette crise qu'il faut apporter une solution globale qui soit également crédible et légitime.
Il serait faux de dire que les Etats européens n'ont pas pressenti cette nouvelle donne économique et géopolitique. La stratégie de Lisbonne décidée en 2000 par les chefs d'Etat et de gouvernement prévoyait que chaque Etat membre sur une base volontaire mettrait en place des réformes structurelles lui permettant de retrouver de la compétitivité ainsi qu'une politique d'investissement permettant de doper l'innovation. Faute de mesures contraignantes, ces engagements n'ont été tenus que par l'Allemagne et les pays de l'Europe du Nord, ce qui explique en partie la réindustrialisation de ces pays et le déclin industriel des autres.
Il est en revanche juste de dire que l'Union européenne a refusé de faire face à l'hypothèse d'une crise systémique dans la mesure où accepter cette hypothèse, c'était reconnaître la nécessité de mettre en place des mécanismes de décision de nature fédérale pour un certain nombre de sujets au moins pour la zone euro : prévention et gestion de crise financière et monétaire, architecture européenne de supervision bancaire et assurantielle, politique d'investissement, convergence sociale et fiscale.
Si le Conseil européen de mercredi veut être décisif pour l'avenir de l'Europe, il doit engager trois mouvements de fond : renforcer le fonds européen de stabilité financière pour être en mesure de faire face à l'urgence grecque et prévenir une crise de la dette italienne ou espagnole, crédibiliser les perspectives de croissance des Etats les plus fragiles, France comprise, initier le processus conduisant à la création d'un gouvernement économique et social pour la zone euro disposant d'une capacité d'action rapide et donc largement autonome, ce qui pose la question d'un contrôle démocratique de ce gouvernement.
Sans cette triple dynamique, le scepticisme va continuer à se généraliser et l'Europe s'enfoncer dans la crise.
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L'Europe peut-elle se passer d'un gouvernement économique?
Septembre 29, 2011, 9:14 am
Le remède de la crise économique européenne passe par l'abandon partiel de la souveraineté budgétaire des Etats membres de l'UE, estime l'économiste Jean-François Jamet.
Evoquée par François Mitterrand dans les années 90, la proposition a été reprise par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel cet été dans une version très minimaliste.
Pourtant cette nouvelle étape vers le fédéralisme pourrait bien sauver l'Europe. En effet, la création d'un gouvernement économique à l'échelle de l'Union semble être la condition nécessaire à la mise en place des mécanismes susceptibles d'enrayer la crise européenne. Les explications de Jean-François Jamet, auteur de "L'Europe peut-elle se passer d'un gouvernement économique ?".
Pourquoi faut-il un gouvernement économique européen ?
- Pour avoir une politique européenne qui soit à la fois lisible et réactive, ce qui est d'autant plus nécessaire en temps de crise.
Quelles seraient les missions de ce gouvernement ?
- Il serait en charge du budget européen mais aussi des orientations budgétaires des Etats membres. Les budgets nationaux seraient adoptés avec l'accord des parlements nationaux mais aussi de ce gouvernement européen.
Comment le mettre en place politiquement ?
- Il faudrait organiser la fusion du poste de président du Conseil européen (actuellement Herman Van Rompuy) et celui du président de la Commission européenne (actuellement José Manuel Barroso). Comme le président de la Commission aujourd'hui, ce président serait élu par le Parlement européen, ce qui lui donnerait une légitimité démocratique.
Par ailleurs, il y aurait une fusion du poste de Commissaire aux affaires économiques (actuellement Olli Rehn) avec celui du président du Conseil Ecofin, (tournant pour l'Union européenne, Jean-Claude Juncker pour l'eurogroupe).
Enfin, pour s'assurer de la légitimité démocratique de l'action de ce gouvernement, le parlement européen serait associé à l'examen des budgets nationaux. Cela permettrait ainsi à l'Allemagne, par exemple, de dire que le budget grec ne lui convient pas.
Que ferait un tel gouvernement dans la crise actuelle ?
- Tout d'abord il pourrait accepter le défaut grec. Aujourd'hui le plan de restructuration de la dette grecque propose de l'alléger de 15% environ, alors que le marché semble en demander au moins 50%. Le risque est évidemment la contagion de cette restructuration qui pourrait semer la panique dans toute l'Europe. Un gouvernement économique européen permettrait de légitimer l'ensemble des mécanismes qui permettraient d'accompagner le défaut d'un pays.
Quels sont ces mécanismes ?
- Premièrement une recapitalisation coordonnée des banques exposées aux pertes sur la Grèce ou un autre pays.
Deuxièmement, ce gouvernement légitimerait la création d'un système d'eurobonds, qui ne sont concevables que si l'on accepte l'abandon partiel de la souveraineté budgétaire des Etats membres. Les Allemands ne sont pas prêts à payer plus chers leurs taux d'intérêts. Mais de même que les Etats-Unis ont de faibles taux parce qu'ils émettent beaucoup d'obligations, les eurobonds permettraient une économie du fait du changement d'échelle. Le gain obtenu serait à répartir en fonction de la bonne gestion des Etats membres.
Les Allemands pourraient ainsi conserver des taux bas grâce à un système de bonus-malus incitatif, qui récompenserait les états vertueux du point de vue de leurs finances publiques. Cela est possible s'il y a un contrôle des budgets nationaux par un gouvernement économique.
La rigueur budgétaire ne suffit pas à rétablir les finances grecques. Comment créer la croissance nécessaire ?
- Il faut mettre en place un Plan Marshall européen à travers la création d'un nouvel outil, les "project bonds" qui permettraient des investissements dans les pays en difficulté. C'est ce qui a le plus manqué depuis le déclenchement de la crise : entre 2007 et 2010, on enregistre une chute de 61% des investissements en Irlande, de 30% en Espagne et de 50% en Lettonie. Sur l'ensemble de la zone euro, cette chute est de 13%, alors que l'Allemagne enregistre une hausse.
Pour remédier à cette inégalité de potentiel de croissance, il faut des investissements avec des taux d'intérêts faibles.
On dit ainsi à la Grèce : "Faites des efforts dans vos finances publiques. En échange, vous avez accès à des emprunts aux taux d'intérêts décents grâce aux eurobonds et à des investissements qui permet de relancer votre croissance".
Comme les Etats membre vont demander un suivi de ces investissements, là aussi un contrôle est nécessaire.
Quelle chance à l'Europe de se tourner vers le fédéralisme que vous décrivez ?
- Ce scénario est de plus en plus évoqué. Pour l'instant de manière contrainte et forcée. Il n'y a pas encore de consensus. Cette indécision participe d'ailleurs largement à l'incertitude des marchés financiers et explique en partie leur volatilité.
Cependant la crise pousse les Etats réticents à envisager ces solutions. Il faut encore convaincre la Finlande, les Pays-Bas et l'Allemagne. Etonnamment, les Etats-Unis et le Royaume-Uni soutiennent ce fédéralisme.
Et la France ?
- Les Français sont les promoteurs du fédéralisme, mais dans leurs actes ils encouragent les prises de décisions entre Etats. Ils ont du mal à abandonner leur souveraineté.
Et si le fédéralisme ne se fait pas ?
- Dans ce cas on ne peut pas exclure un éclatement de la zone euro.
Interview de Jean-François Jamet* par Donald Hebert - Le Nouvel Observateur
(Le 14 septembre 2011)
*Jean-François Jamet est économiste à la fondation Robert Schuman, enseignant à Sciences-Po et porte-parole du think tank Europa Nova. Il a écrit "L'Europe peut-elle se passer d'un gouvernement économique" (La Documentation française, à paraître le 10 octobre 2011).
Evoquée par François Mitterrand dans les années 90, la proposition a été reprise par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel cet été dans une version très minimaliste.
Pourtant cette nouvelle étape vers le fédéralisme pourrait bien sauver l'Europe. En effet, la création d'un gouvernement économique à l'échelle de l'Union semble être la condition nécessaire à la mise en place des mécanismes susceptibles d'enrayer la crise européenne. Les explications de Jean-François Jamet, auteur de "L'Europe peut-elle se passer d'un gouvernement économique ?".
Pourquoi faut-il un gouvernement économique européen ?
- Pour avoir une politique européenne qui soit à la fois lisible et réactive, ce qui est d'autant plus nécessaire en temps de crise.
Quelles seraient les missions de ce gouvernement ?
- Il serait en charge du budget européen mais aussi des orientations budgétaires des Etats membres. Les budgets nationaux seraient adoptés avec l'accord des parlements nationaux mais aussi de ce gouvernement européen.
Comment le mettre en place politiquement ?
- Il faudrait organiser la fusion du poste de président du Conseil européen (actuellement Herman Van Rompuy) et celui du président de la Commission européenne (actuellement José Manuel Barroso). Comme le président de la Commission aujourd'hui, ce président serait élu par le Parlement européen, ce qui lui donnerait une légitimité démocratique.
Par ailleurs, il y aurait une fusion du poste de Commissaire aux affaires économiques (actuellement Olli Rehn) avec celui du président du Conseil Ecofin, (tournant pour l'Union européenne, Jean-Claude Juncker pour l'eurogroupe).
Enfin, pour s'assurer de la légitimité démocratique de l'action de ce gouvernement, le parlement européen serait associé à l'examen des budgets nationaux. Cela permettrait ainsi à l'Allemagne, par exemple, de dire que le budget grec ne lui convient pas.
Que ferait un tel gouvernement dans la crise actuelle ?
- Tout d'abord il pourrait accepter le défaut grec. Aujourd'hui le plan de restructuration de la dette grecque propose de l'alléger de 15% environ, alors que le marché semble en demander au moins 50%. Le risque est évidemment la contagion de cette restructuration qui pourrait semer la panique dans toute l'Europe. Un gouvernement économique européen permettrait de légitimer l'ensemble des mécanismes qui permettraient d'accompagner le défaut d'un pays.
Quels sont ces mécanismes ?
- Premièrement une recapitalisation coordonnée des banques exposées aux pertes sur la Grèce ou un autre pays.
Deuxièmement, ce gouvernement légitimerait la création d'un système d'eurobonds, qui ne sont concevables que si l'on accepte l'abandon partiel de la souveraineté budgétaire des Etats membres. Les Allemands ne sont pas prêts à payer plus chers leurs taux d'intérêts. Mais de même que les Etats-Unis ont de faibles taux parce qu'ils émettent beaucoup d'obligations, les eurobonds permettraient une économie du fait du changement d'échelle. Le gain obtenu serait à répartir en fonction de la bonne gestion des Etats membres.
Les Allemands pourraient ainsi conserver des taux bas grâce à un système de bonus-malus incitatif, qui récompenserait les états vertueux du point de vue de leurs finances publiques. Cela est possible s'il y a un contrôle des budgets nationaux par un gouvernement économique.
La rigueur budgétaire ne suffit pas à rétablir les finances grecques. Comment créer la croissance nécessaire ?
- Il faut mettre en place un Plan Marshall européen à travers la création d'un nouvel outil, les "project bonds" qui permettraient des investissements dans les pays en difficulté. C'est ce qui a le plus manqué depuis le déclenchement de la crise : entre 2007 et 2010, on enregistre une chute de 61% des investissements en Irlande, de 30% en Espagne et de 50% en Lettonie. Sur l'ensemble de la zone euro, cette chute est de 13%, alors que l'Allemagne enregistre une hausse.
Pour remédier à cette inégalité de potentiel de croissance, il faut des investissements avec des taux d'intérêts faibles.
On dit ainsi à la Grèce : "Faites des efforts dans vos finances publiques. En échange, vous avez accès à des emprunts aux taux d'intérêts décents grâce aux eurobonds et à des investissements qui permet de relancer votre croissance".
Comme les Etats membre vont demander un suivi de ces investissements, là aussi un contrôle est nécessaire.
Quelle chance à l'Europe de se tourner vers le fédéralisme que vous décrivez ?
- Ce scénario est de plus en plus évoqué. Pour l'instant de manière contrainte et forcée. Il n'y a pas encore de consensus. Cette indécision participe d'ailleurs largement à l'incertitude des marchés financiers et explique en partie leur volatilité.
Cependant la crise pousse les Etats réticents à envisager ces solutions. Il faut encore convaincre la Finlande, les Pays-Bas et l'Allemagne. Etonnamment, les Etats-Unis et le Royaume-Uni soutiennent ce fédéralisme.
Et la France ?
- Les Français sont les promoteurs du fédéralisme, mais dans leurs actes ils encouragent les prises de décisions entre Etats. Ils ont du mal à abandonner leur souveraineté.
Et si le fédéralisme ne se fait pas ?
- Dans ce cas on ne peut pas exclure un éclatement de la zone euro.
Interview de Jean-François Jamet* par Donald Hebert - Le Nouvel Observateur
(Le 14 septembre 2011)
*Jean-François Jamet est économiste à la fondation Robert Schuman, enseignant à Sciences-Po et porte-parole du think tank Europa Nova. Il a écrit "L'Europe peut-elle se passer d'un gouvernement économique" (La Documentation française, à paraître le 10 octobre 2011).
Trois propositions concrètes pour l'avenir de la zone euro
Juillet 28, 2011, 4:22 pm
Les chefs d'Etat ont agi le 21 juillet en pompier. Ils ont éteint l'incendie avant qu'il ne s'embrase sur toute la zone euro. Il faut s'en féliciter. Mais la zone euro a besoin d'une architecture plus solide, car d'autres étincelles viendront fragiliser l'édifice. Des initiatives simples et structurantes peuvent être mises en œuvre rapidement. Pour être lisible de tous, il faut envisager une architecture à trois étages...
[ encore.. ]
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Nucléaire : dépasser la divergence entre la France et l'Allemagne
Juillet 7, 2011, 10:11 am
Au moment où les relations franco-allemandes ne semblent pas toujours au beau fixe comme l'illustrent la difficile mise en œuvre d'un dispositif de soutien à la Grèce ou la réelle divergence sur la guerre en Libye, la décision des autorités allemandes de sortir du nucléaire dans les dix ans appuyée par tous les partis outre-Rhin ouvre un nouveau front, cette fois sur la politique énergétique.
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Thomas Houdaille "L'Europe, what else?!"
Mai 6, 2011, 8:36 am
Le monde traverse une zone de turbulence alimentée par des déséquilibres économiques et financiers qui touchent en particulier l'Europe, continent historiquement dominant, en perte de vitesse. Au niveau national, cela se traduit par une perte de confiance de nos concitoyens, un repli sur soi et une montée des populismes et autres nationalismes...
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Sandro Gozi « Un président de l’Europe ? Voici comment. »
Mars 16, 2011, 6:46 pmDans le discours qu’il a prononcé au Lingotto, Veltroni a relancé de façon pertinante notre proposition d’élire un « président de l’Europe ». En Europe, il y a des peuples à «unir dans la diversité», mais nous n’avons pas d’élections européennes ou de tout vrai «gouvernement européen». La raison de cela, n’est pas uniquement l’existence de lacunes institutionnelles, mais plutôt une absence à la fois de détermination et de courage politique de la part des dirigeants des gouvernements nationaux et européens comme des partis politiques.
Il serait actuellement possible d’associer plus directement les élections européennes à l’élection du chef de l’exécutif européen, avec l’objectif d’élire un « président de l’Europe» à travers des élections véritablement européenne impliquant des partis transnationaux. Une tentative en ce sens a été faite en 2009, avec le Parti démocrate européen qui aurait proposé Guy Verhofstadt ou Mario Monti comme candidats. A l’époque, l’obstacle était le scepticisme du PSE qui depuis a apparemment changé sa position. En tout cas, c’est la campagne, « nous, socialistes, devons nous engager en vue des prochaines européennes de 2014 » qui est en cohérence avec la logique du Parti démocrate, à savoir sortir du carcan de la politique du 20e siècle en Italie et de proposer une politique et une alternative démocratique en Europe.
Le traité de Lisbonne permet effectivement d’élire un « président de l’Europe » sans qu’il soit nécessaire de recourir à des modifications constitutionnelles. Voyons comment cela peut être fait.
Dans le premier cas, en parlant d’un « président de l’Europe » nous pensons à président disposant de l’ensemble des pouvoirs exécutifs. Dans l’Union européenne, qui n’était pas initialement fondée sur le principe de la séparation des pouvoirs mais d’un mélange des fonctions, cela signifie devoir rechercher les fonctions exécutives au sein des différentes institutions. Dans le cas du président, nous avons à prendre en considération le Conseil européen et la Commission européenne : afin d’avoir un « Président de l’Europe » les fonctions de «président du Conseil européen » (actuellement exercées par Herman Van Rompuy) et ceux du « Président de la Commission européenne » (José Manuel Durao Barroso) devrait être attribué à la même personne. Est-ce possible? Oui, certainement.
Selon le traité de Lisbonne « le président du Conseil européen ne peut pas avoir de mandat national ». Ceci établit donc une incompatibilité explicite entre ce mandat européen et les mandats nationaux.
D’autre part, il autorise le Président du Conseil européen a cumuler avec la fonction de Président de la Commission européenne. Cette formulation est le résultat d’une lutte sur le choix de l’adjectif (« national » mais non « européen ») qui, sous la présidence de Romano Prodi, avait été menée avec succès en 2003 lors des travaux de la Convention sur l’avenir de l’Europe, ainsi que avec les commissaires Michel Barnier et Antonio Vitorino et Giuliano Amato, vice-président de la Convention. Si les deux fonctions été fusionnées, il s’agirait d’assurer une plus grande cohérence, un meilleur contrôle démocratique et moins de fragmentation du pouvoir exécutif qui serait effectivement exercé par un Président de l’Union européenne.
Nous devons choisir la personne qui occupera le poste de président de l’Union européenne par le moyen des élections européennes, invitant tous ceux qui s’intéressent dans le travail à participer aux élections européennes, ceci accentue la « parlementarisation » du système politique européen, « parlementarisation » en cours depuis quelques temps maintenant. Encore une fois, sur la base du traité de Lisbonne, le Parlement européen doit « élire » le Président de la Commission : les différents partis politiques européens pourraient donc indiquer leur propre candidat. Cela pourrait se faire sur la base d’un accord (entre les groupes politiques et les gouvernements) afin d’élire comme président de la Commission, le candidat du parti ou de la coalition de partis qui remporterait les élections européennes de 2014. Il serait effectivement très difficile pour les chefs d’Etat et de gouvernement réunis en Conseil européen (qui doit « tenir compte » des élections européennes lors de la désignation du Président de la Commission) de choisir en tant que Président de la Commission ensuite soumis à un vote parlementaire, une personne autre que celle légitimée par le vote populaire (personne qu’ ils auraient alors à désigner aussi comme président du Conseil européen afin de faire de lui un véritable «président de l’Union européenne»).
Toutefois, la question de la légitimation démocratique de ce président reste une question ouverte. Il ne peut pas s’appuyer sur des solutions institutionnelles, mais exige un espace politique européen plus robuste ainsi que de réels partis politiques européens qui ne soient pas des confédérations fragiles de partis politiques nationaux telles qu’elles existent aujourd’hui en Europe.
C’est pourquoi ce choix doit être accompagne d’un changement du système électoral du Parlement européen. Ce changement devrait se faire en faveur d’un système électoral véritablement uniforme dans tous les États de l’Union et s’assurant qu’un pourcentage croissant de candidats ne sont pas élus à partir des listes de parti nationaux, mais depuis des listes européennes transnationales qui sont totalement découplées de la nationalité du territoire et qui partagent une vision politique commune et qui présentent un candidat commun pour la présidence. Andrew Duff, eurodéputé libéral, travaille à une réforme première réforme en ce sens en ajoutant aux listes nationales, un petit nombre de candidats élus sur des listes transnationales. Non seulement cette proposition doit être vigoureusement soutenue, mais il est également nécessaire d’imaginer un système permette d’augmenter progressivement le pourcentage de candidats élus sur les listes transnationales et de réduire ceux des listes nationales.
Une double réforme de cette nature – Président de l’Union européenne élus sur des listes transnationales – permettrait vraiment de briser les croisements entre les 27 au niveau médiatique, politique et culturel. Ces mêmes barrières qui ont déclassées les élections européennes en une sorte de test de la (non) popularité des gouvernements en exercice. Avant tout, une telle réforme permettrait de révéler à tous les lacunes et les faiblesses des « partis politiques européens » actuels, ainsi que la nécessité de rompre avec les divisions du 20ème siècle pour construire de nouvelles forces et les alliances autour, à la fois, d’un projet pour l’Europe mais aussi de la figure politique qu’ils vont porter comme «Président de l’Europe ». Cela aboutirait à un visage familier à tous les Européens, à une idée choisie par les Européens, et à une action responsables devant les parlements et des citoyens européens dans une Europe plus démocratique.
1er FORUM DES THINK TANKS LE 6 NOVEMBRE
Octobre 27, 2010, 9:32 am
A l’heure des rendez-vous internationaux majeurs et à l’approche d’échéances nationales décisives, les think tanks français se retrouvent le samedi 6 novembre en Sorbonne pour une journée inédite de débats sur les enjeux politiques, sociaux, économiques et environnementaux auxquels la France, l’Europe et le monde de demain vont devoir faire face.
Forts de leur expertise, une vingtaine de laboratoires d’idées et de propositions, dont EuropaNova, y présenteront les pistes de réflexion et les solutions dont les décideurs politiques
ont besoin pour affronter les défis que constituent la sortie de crise, l’avenir de l’euro, les déficits publics, la construction européenne, la sécurité alimentaires ou encore le changement climatique.
Les participants, issus de tous les horizons de pensée, se veulent les porteurs de nouvelles initiatives venues de la societé civile et d’un renouvellement du débat public, dans un contexte qui peut s’avérer une opportunité pour un changement de fond de nos societés contemporaines.
Venez nombreux les rencontrer, échanger et débattre !
Site web:
www.forumdesthinktanks.fr
Pour vous inscrire :
Inscription@forumdesthinktanks.fr
Forts de leur expertise, une vingtaine de laboratoires d’idées et de propositions, dont EuropaNova, y présenteront les pistes de réflexion et les solutions dont les décideurs politiques
ont besoin pour affronter les défis que constituent la sortie de crise, l’avenir de l’euro, les déficits publics, la construction européenne, la sécurité alimentaires ou encore le changement climatique.
Les participants, issus de tous les horizons de pensée, se veulent les porteurs de nouvelles initiatives venues de la societé civile et d’un renouvellement du débat public, dans un contexte qui peut s’avérer une opportunité pour un changement de fond de nos societés contemporaines.
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60 ans après, l'Europe se cherche encore
Mai 20, 2010, 4:07 pm
60 ans après, l'Europe se cherche encore
Par Pierre Rousselin
Article paru le 07/05/2010 | Le Figaro.
L'association EuropaNova avance soixante propositions pour fonder une «puissance européenne».
Le 9 mai 1950, la déclaration de Robert Schuman lançait la construction européenne. Soixante ans après, notre continent traverse une phase critique née, entre autres, de la crise financière internationale. Le traité de Lisbonne était censé faciliter la prise de décision dans une Union à vingt-sept et l'aider à trouver sa place dans le monde. Près de six mois après son entrée en vigueur tant attendue, ce nouvel instrument s'avère très décevant. Et l'histoire de ces six dernières décennies montre que c'est souvent dans les crises que l'Europe a trouvé un souffle nouveau.
Pour répondre à la paralysie actuelle, une nouvelle impulsion s'impose. Le rapport des sages, présidé par l'ancien président du gouvernement espagnol Felipe Gonzalez, formule ses recommandations , qui ont été nourries par un autre rapport, celui de l'association EuropaNova, présidée par Guillaume Klossa, également conseiller du groupe des sages. L'approche de ce document qui présente «soixante propositions pour fonder une puissance européenne» se veut nouvelle. «Au lieu de présenter la construction européenne en termes de défi, nous avons préféré examiner comment l'Europe peut projeter ses intérêts dans le monde. Tel est le véritable enjeu des prochaines décennies», explique Guillaume Klossa.
Le rapport pose la question de la culture et de l'identité européenne en proposant notamment la mise en chantier d'un manuel d'histoire européen sur le modèle adopté dans le cadre franco-allemand. Il suggère également un curriculum européen qui jetterait les bases d'une connaissance partagée.
Vers un Fonds monétaire européen
Compte tenu du vieillissement rapide de la population européenne, EuropaNova propose de faire de la santé un axe de développement prioritaire, en réfléchissant à la formation, au travail et à l'intégration sociale, tout au long de la vie.
La crise grecque a montré la nécessité de «bâtir une politique économique durable plus efficace, plus anticipatrice et moins naïve, aboutissant à la création d'un gouvernement économique». La mise en place d'un Fonds monétaire européen est préconisée pour «renforcer la crédibilité de la zone euro en matière budgétaire en précisant le cadre institutionnel dans lequel elle entend gérer les risques de défaut en son sein ». Cela ne devrait pas impliquer une renégociation des traités existants. Un accord gouvernemental devrait suffire, comme cela fut le cas pour la création de l'espace Schengen.
Le rapport préconise une réforme du système monétaire international en misant sur un partenariat euro-japonais. Sur le plan de la défense, il suggère une «clause de défense collective» et propose, en cette période de réductions budgétaires dans les États membres, l'ouverture d'un débat sur la notion d'armée européenne.
L'anniversaire de la déclaration Schuman suscite un florilège de propositions. Reste à savoir si les gouvernements auront la volonté politique de relancer une construction européenne dont les insuffisances alimentent le scepticisme des opinions.
Par Pierre Rousselin
Article paru le 07/05/2010 | Le Figaro.
L'association EuropaNova avance soixante propositions pour fonder une «puissance européenne».
Le 9 mai 1950, la déclaration de Robert Schuman lançait la construction européenne. Soixante ans après, notre continent traverse une phase critique née, entre autres, de la crise financière internationale. Le traité de Lisbonne était censé faciliter la prise de décision dans une Union à vingt-sept et l'aider à trouver sa place dans le monde. Près de six mois après son entrée en vigueur tant attendue, ce nouvel instrument s'avère très décevant. Et l'histoire de ces six dernières décennies montre que c'est souvent dans les crises que l'Europe a trouvé un souffle nouveau.
Pour répondre à la paralysie actuelle, une nouvelle impulsion s'impose. Le rapport des sages, présidé par l'ancien président du gouvernement espagnol Felipe Gonzalez, formule ses recommandations , qui ont été nourries par un autre rapport, celui de l'association EuropaNova, présidée par Guillaume Klossa, également conseiller du groupe des sages. L'approche de ce document qui présente «soixante propositions pour fonder une puissance européenne» se veut nouvelle. «Au lieu de présenter la construction européenne en termes de défi, nous avons préféré examiner comment l'Europe peut projeter ses intérêts dans le monde. Tel est le véritable enjeu des prochaines décennies», explique Guillaume Klossa.
Le rapport pose la question de la culture et de l'identité européenne en proposant notamment la mise en chantier d'un manuel d'histoire européen sur le modèle adopté dans le cadre franco-allemand. Il suggère également un curriculum européen qui jetterait les bases d'une connaissance partagée.
Vers un Fonds monétaire européen
Compte tenu du vieillissement rapide de la population européenne, EuropaNova propose de faire de la santé un axe de développement prioritaire, en réfléchissant à la formation, au travail et à l'intégration sociale, tout au long de la vie.
La crise grecque a montré la nécessité de «bâtir une politique économique durable plus efficace, plus anticipatrice et moins naïve, aboutissant à la création d'un gouvernement économique». La mise en place d'un Fonds monétaire européen est préconisée pour «renforcer la crédibilité de la zone euro en matière budgétaire en précisant le cadre institutionnel dans lequel elle entend gérer les risques de défaut en son sein ». Cela ne devrait pas impliquer une renégociation des traités existants. Un accord gouvernemental devrait suffire, comme cela fut le cas pour la création de l'espace Schengen.
Le rapport préconise une réforme du système monétaire international en misant sur un partenariat euro-japonais. Sur le plan de la défense, il suggère une «clause de défense collective» et propose, en cette période de réductions budgétaires dans les États membres, l'ouverture d'un débat sur la notion d'armée européenne.
L'anniversaire de la déclaration Schuman suscite un florilège de propositions. Reste à savoir si les gouvernements auront la volonté politique de relancer une construction européenne dont les insuffisances alimentent le scepticisme des opinions.
La génération des "Enfants d'Erasmus" veut prendre ses responsabilités
Avril 21, 2010, 2:56 pmArticle paru dans le Monde| 16.04.10 | 14h24
A plus d'un titre, la crise européenne qu'a ouverte le très laborieux sauvetage financier de la Grèce nous interpelle. Elle nous enseigne que les gouvernements de l'Union, lorsqu'il s'agit de venir en aide à l'un des leurs, quand bien même le problème est inédit et les solutions à inventer, peuvent manquer d'un certain courage politique. Que les Vingt-Sept ne se précipitent pas au secours d'un Etat dont le précédent gouvernement a bafoué les règles de transparence budgétaire est certes compréhensible, mais est-on conscient du prix à payer pour un manque de solidarité collective ?
Outre l'étirement du peloton de la zone euro qui en résulterait, le vrai risque réside dans une perte de confiance sans précédent dans le système communautaire, dans sa monnaie et dans la construction européenne dans son ensemble.
Quelle leçon tirer des atermoiements de ces dernières semaines, si ce n'est que l'Union européenne, si elle est conduite par des responsables politiques hésitants à l'aube d'une nouvelle ère institutionnelle, doit aussi compter avec l'interpellation constructive de citoyens impliqués ?
C'est ce que souhaite notre génération d'Européens, celle des "enfants d'Erasmus", la première à avoir bénéficié du programme de mobilité étudiante européenne dès la fin des années 1980 et qui a pris position voilà tout juste un an dans ces mêmes colonnes pour en appeler au courage et à la mobilisation de nos dirigeants (Le Monde du 28 mars 2009).
Adolescents lors de la chute du mur de Berlin, nous avons grandi avec l'évidence européenne et sommes soucieux de voir disparaître la conviction et l'énergie politiques qui ont inspiré notre engagement.
Il y a en effet dans l'air du temps une sorte de schizophrénie collective. D'une part, la plupart des citoyens ont conscience que le monde change, qu'il faut se rassembler pour défendre nos intérêts mais aussi que l'Europe est la mieux à même de penser une gouvernance mondiale juste et efficace dont elle est le laboratoire naturel ; d'autre part, ils sont empêtrés dans la tentation nationale, qui est celle de la seule proximité, des intérêts à court terme et parfois même d'une certaine forme de populisme.
Les forces vives que représente cette génération d'Européens dans les secteurs de la société civile organisée, des médias, de la recherche, du monde de l'entreprise, dans les institutions ou plus largement dans la vie économique, sociale et intellectuelle de notre continent doivent se réveiller et saisir les opportunités qu'offre aussi la crise actuelle.
Mais cette génération pourra-t-elle s'appuyer sur les relais nécessaires dans toute démocratie ? Les partis politiques, mais aussi les médias et le système éducatif, ont une responsabilité particulière, puisqu'ils participent au système de démocratie raisonnée qui est désormais le propre des pays de l'Union européenne. Or, ce sont aujourd'hui les lieux où l'Europe est peut-être la plus absente et où ces enfants d'Erasmus ont du mal à trouver leur place.
N'est-ce pas là le véritable sujet d'inquiétude ? Deux générations qui se côtoient, l'une qui a grandi bercée par le rêve européen et qui s'investit plutôt dans la société civile, une autre qui gravit les échelons des partis et des médias nationaux, en s'appuyant parfois sur l'euroscepticisme ambiant pour avancer. Sans oublier que la mobilité européenne et l'idéal européen ne sont pas, pour tous les jeunes, une priorité, voire une évidence, quand ils ont déjà du mal à "affronter" leur vie quotidienne.
L'héritage le plus précieux des pères fondateurs, celui que nous devons à tout prix préserver, est peut-être tout simplement le courage. Valeur morale avant d'être politique, le courage isole toujours celui qui le pratique, avant de recréer du lien collectif, à un niveau supérieur. C'est pourquoi les situations inconnues effraient. Or la crise actuelle bouleverse l'ensemble des structures connues, déroute les certitudes les plus ancrées et les habitudes les plus tenaces.
En tant qu'il engage entièrement celui qui le pratique, le courage implique la responsabilité, sur les plans individuel et collectif. Pour qu'une communauté politique comme l'Europe, soixante ans après son acte fondateur, évite la dispersion et que son leadership ne sombre pas dans la dissolution, il est impératif que cette génération de citoyens européens s'implique collectivement et courageusement dans un projet qui ne peut plus progresser sans eux.
C'est le message que véhiculent les Etats généraux de l'Europe, rassemblement de la société civile, dont la troisième édition aura lieu samedi 17 avril, sur le thème de la responsabilité des Européens pour sortir de la crise mais aussi créer un monde meilleur. Après Lille et Lyon, c'est à Strasbourg que se retrouveront plusieurs milliers de citoyens, pour échanger et dialoguer avec de grands témoins et acteurs de la construction européenne.
Des dizaines d'associations, de nombreuses personnalités politiques, intellectuelles, économiques ou syndicales, de simples citoyens de tous horizons se retrouveront le temps d'une journée. Avec un objectif partagé : se rencontrer, débattre, contester, proposer, dans un esprit d'ouverture et de partage qui, justement, sont les valeurs qui ont présidé aux premiers pas de la construction européenne. Et puis - qui sait - poser un acte citoyen courageux : une première initiative citoyenne qui encouragerait les Etats membres à prendre les décisions qui les engageront désormais au sein d'une véritable Union politique, économique et sociale.
________________________________________
Aymeric Bourdin, délégué général d'Europa Nova ; Cynthia Fleury, philosophe, vice-présidente d'EuropaNova ; Pauline Gessant, secrétaire général du Mouvement européen ; Sandro Gozi, député, ancien conseiller de Romano Prodi, président de la Commission européenne ; Thomas Klau, directeur de l'ECFR Paris ; Guillaume Klossa, fondateur des Etats généraux de l'Europe, président d'EuropaNova ; Christian Mandl, fondateur de SkyEurope ; Joaquin Munoz, directeur général de Max Haavelar ; Gaétane Ricard-Nihoul, cofondatrice des Etats généraux de l'Europe, secrétaire générale de Notre Europe ; Ivan Stefunko, directeur du réseau européen d'Euractiv.
Paru dans le Monde, http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/04/16/la-generation-des-enfants-d-erasmus-veut-prendre-ses-responsabilites_1334836_3232.html
ETATS GENERAUX DE L'EUROPE III et fierté européenne
Avril 16, 2010, 9:06 am
Fiers d'être Européens !
Article paru sur touteleurope.fr
La fierté se porte bien en Europe au vu du dernier sondage commandé par les organisateurs des Etats Généraux de l'Europe. Ce sondage croisé réalisé en France et en Allemagne révèle un attachement fort des citoyens de ces deux pays à leur identité nationale mais aussi, une fierté assumée en leur identité européenne.
On apprend ainsi que les Français sont un peu plus fiers de leur nationalité que les Allemands (87 % contre 82 %) mais que les Allemands sont de leur côté plus fiers d'être Européens que les Français (84 % contre 78 %).
En revanche, l'avenir du couple franco-allemand est au beau fixe dans l'opinion publique avec une symétrie parfaite dans les résultats. 79 % des Français et des Allemands estiment que le couple franco-allemand continuera d'être le moteur du projet européen pour les 10 années à venir. Les divergences au sommet sur les politiques européennes ne semblent pas inquiéter les citoyens, confiants dans l'avenir de la coopération franco-allemand.
Seul bémol dans cette harmonie européenne est l'appréciation divergente de la solidarité européenne. Interrogés sur la réaction de la zone euro vis-à-vis de la crise grecque, 67% d'Allemands contre 59% de Français trouvent que la zone euro a fait preuve de solidarité. Etant donné les positions nationales et les différences de culture économique, ce résultat n'a rien d'étonnant. La rigueur budgétaire étant un principe très prisé outre Rhin, les Allemands estiment l'effort de solidarité suffisant, alors que les Français semblent s'identifier plus aux difficultés que connait la Grèce. Le déferlement médiatique dans certains journaux allemands contre une Grèce laxiste pourrait également expliquer cette différence d'opinion.
Invitée d'honneur cette année, l'Allemagne sera au cœur des débats des Etats Généraux de l'Europe ce weekend à Strasbourg.
Les Etats Généraux sont organisés depuis 2007 par EuropaNova, le Mouvement européen et Notre Europe.
En savoir plus :
www.etatsgeneraux-europe.eu
Article paru sur touteleurope.fr
La fierté se porte bien en Europe au vu du dernier sondage commandé par les organisateurs des Etats Généraux de l'Europe. Ce sondage croisé réalisé en France et en Allemagne révèle un attachement fort des citoyens de ces deux pays à leur identité nationale mais aussi, une fierté assumée en leur identité européenne.
On apprend ainsi que les Français sont un peu plus fiers de leur nationalité que les Allemands (87 % contre 82 %) mais que les Allemands sont de leur côté plus fiers d'être Européens que les Français (84 % contre 78 %).
En revanche, l'avenir du couple franco-allemand est au beau fixe dans l'opinion publique avec une symétrie parfaite dans les résultats. 79 % des Français et des Allemands estiment que le couple franco-allemand continuera d'être le moteur du projet européen pour les 10 années à venir. Les divergences au sommet sur les politiques européennes ne semblent pas inquiéter les citoyens, confiants dans l'avenir de la coopération franco-allemand.
Seul bémol dans cette harmonie européenne est l'appréciation divergente de la solidarité européenne. Interrogés sur la réaction de la zone euro vis-à-vis de la crise grecque, 67% d'Allemands contre 59% de Français trouvent que la zone euro a fait preuve de solidarité. Etant donné les positions nationales et les différences de culture économique, ce résultat n'a rien d'étonnant. La rigueur budgétaire étant un principe très prisé outre Rhin, les Allemands estiment l'effort de solidarité suffisant, alors que les Français semblent s'identifier plus aux difficultés que connait la Grèce. Le déferlement médiatique dans certains journaux allemands contre une Grèce laxiste pourrait également expliquer cette différence d'opinion.
Invitée d'honneur cette année, l'Allemagne sera au cœur des débats des Etats Généraux de l'Europe ce weekend à Strasbourg.
Les Etats Généraux sont organisés depuis 2007 par EuropaNova, le Mouvement européen et Notre Europe.
En savoir plus :
www.etatsgeneraux-europe.eu
L’UNITÉ EUROPÉENNE ÀL’ÉPREUVE
Février 18, 2010, 3:17 pm
Par Guillaume Klossa Président fondateur
d’Europanova. Tribune publiée dans Métro, jeudi 11 février 2010.
Le Conseil européen doit prendre des décisions importantes pour assurer l’avenir économique
et social de l’Europe au moment la Grèce et l’Espagne connaissent une crise d’endettement.
C’est aujourd’hui qu’Herman Van Rompuy, le nouveau président du Conseil européen,
animera sa première réunion des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union.
Il voulait conduire à cette occasion une réflexion sur l’avenir économique et social
de l’Europe. L’actualité le sert au delà de tout espoir avec la crise sévère de l’endettement qui sévit en
Grèce et qui menace de se propager à d’autres pays de l’Union. Pour Van Rompuy, c’est le moment de faire ses preuves de patron des chefs d’Etat et de gouvernement.
Premier défi : mettre fin à la spéculation contre l’euro. Van Rompuy doit affirmer la solidarité totale
du Conseil européen en coordination avec la Banque centrale européenne. Cela devrait suffire à court
terme à rassurer les marchés pour peu que la Grèce y mette du sien, ce qui signifie qu’elle accepte de réduire drastiquement son déficit budgétaire et sa dette publique. Mais pour prévenir des crises spéculatives futures, le Conseil devra proposer une solution plus innovante, la création à terme d’un
Fonds monétaire européen qui joue le rôle du FMI pour les pays de la zone euro. Second défi : s’attaquer
aux racines du mal. Le problème de l’Espagne ou de la Grèce est moins le niveau d’endettement élevé
que l’incapacité à rembourser à l’avenir en raison d’un potentiel de croissance durablement affaibli.
Cette faiblesse concerne l’ensemble des Etats membres. C’est le résultat du vieillissement des populations
européennes, d’une concurrence mondiale accrue et d’un euro durablement surévalué. Pour y faire face, il faut mettre en oeuvre une meilleure coordination des politiques économiques des Etats membres,
une véritable stratégie de change mais aussi une stratégie d’investissement à long terme dans les industries et services du futur et dans la formation. Dernier défi : une solidarité budgétaire durable.
L’Europe connaîtra d’autres crises. La France ou l’Italie pourraient à leur tour être menacées. Deux économistes. Sylvain Broyer et Costa Brunner préconisent la mise en place d’un fédéralisme fiscal qui aurait des bénéfices immenses en autorisant une croissance potentielle plus forte et en accélérant la convergence des économies européennes. C’est audacieux, mais voilà le type de débat qui devrait occuper les chefs d’Etat et de gouvernement.
d’Europanova. Tribune publiée dans Métro, jeudi 11 février 2010.
Le Conseil européen doit prendre des décisions importantes pour assurer l’avenir économique
et social de l’Europe au moment la Grèce et l’Espagne connaissent une crise d’endettement.
C’est aujourd’hui qu’Herman Van Rompuy, le nouveau président du Conseil européen,
animera sa première réunion des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union.
Il voulait conduire à cette occasion une réflexion sur l’avenir économique et social
de l’Europe. L’actualité le sert au delà de tout espoir avec la crise sévère de l’endettement qui sévit en
Grèce et qui menace de se propager à d’autres pays de l’Union. Pour Van Rompuy, c’est le moment de faire ses preuves de patron des chefs d’Etat et de gouvernement.
Premier défi : mettre fin à la spéculation contre l’euro. Van Rompuy doit affirmer la solidarité totale
du Conseil européen en coordination avec la Banque centrale européenne. Cela devrait suffire à court
terme à rassurer les marchés pour peu que la Grèce y mette du sien, ce qui signifie qu’elle accepte de réduire drastiquement son déficit budgétaire et sa dette publique. Mais pour prévenir des crises spéculatives futures, le Conseil devra proposer une solution plus innovante, la création à terme d’un
Fonds monétaire européen qui joue le rôle du FMI pour les pays de la zone euro. Second défi : s’attaquer
aux racines du mal. Le problème de l’Espagne ou de la Grèce est moins le niveau d’endettement élevé
que l’incapacité à rembourser à l’avenir en raison d’un potentiel de croissance durablement affaibli.
Cette faiblesse concerne l’ensemble des Etats membres. C’est le résultat du vieillissement des populations
européennes, d’une concurrence mondiale accrue et d’un euro durablement surévalué. Pour y faire face, il faut mettre en oeuvre une meilleure coordination des politiques économiques des Etats membres,
une véritable stratégie de change mais aussi une stratégie d’investissement à long terme dans les industries et services du futur et dans la formation. Dernier défi : une solidarité budgétaire durable.
L’Europe connaîtra d’autres crises. La France ou l’Italie pourraient à leur tour être menacées. Deux économistes. Sylvain Broyer et Costa Brunner préconisent la mise en place d’un fédéralisme fiscal qui aurait des bénéfices immenses en autorisant une croissance potentielle plus forte et en accélérant la convergence des économies européennes. C’est audacieux, mais voilà le type de débat qui devrait occuper les chefs d’Etat et de gouvernement.
Tony Blair, président de l’Europe ?
Octobre 6, 2009, 2:59 pm
par Guillaume Klossa, paru dans Métro, le 6 octobre 2009.
Qui sera le premier président stable de l’Union européenne prévu par le traité de Lisbonne ? Depuis que le vote irlandais est acquis, c’est la question qui est désormais au cœur des discussions des chancelleries des 27 Etats membres. Et si la Pologne et la République tchèque doivent encore signer le traité, nul ne doute que les nouvelles institutions entreront en vigueur dans l’année qui vient. Le président polonais s’apprête à signer le texte tandis que le gouvernement tchèque vient de renouveler son engagement à ratifier « Lisbonne » d’ici la fin de l’année. Il faut dire que l’enjeu est important.
Celui ou celle qui sera désigné premier président stable de l’Union par le vote des chefs d’Etat et de gouvernement incarnera, aux yeux du monde, la puissance européenne avec son demi-milliard d’habitants. Président du Conseil européen qui rassemble les 27 chefs d’Etat et de gouvernement et qui décide de fait des priorités politiques de l’Union, il aura un rôle d’impulsion majeur. Enfin et surtout il sera l’incarnation des intérêts communs des Européens qui ne peuvent se résumer à la simple juxtaposition des intérêts nationaux. Son choix est donc déterminant pour l’avenir du continent. La mission est exaltante.
Paradoxalement, peu de candidats se sont officiellement déclarés. Et aujourd’hui un seul homme mène une campagne active et déterminée, Tony Blair si bien que beaucoup parient sur sa nomination. Mais peut-on choisir le futur président de l’Europe en catimini dans le secret du Conseil européen sans un débat démocratique et ouvert, sans au moins une audition publique qui permette aux candidats de présenter leur vision de leur mandat européen ? Et peut-on se limiter à un seul candidat déclaré fût-ce le très charismatique Tony Blair, ressortissant d’un pays eurosceptique qui plus est non membre de la zone euro ?
Il y a d’autres candidats potentiels qui ont les qualités nécessaires, la capacité de négociation, l’engagement européen comme par exemple Felipe Gonzalez, le président du groupe des sages, ou encore le premier ministre Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Mais encore faut-il qu’ils aient le désir mais aussi le courage de se déclarer plutôt que d’espérer qu’on vienne les chercher !
Qui sera le premier président stable de l’Union européenne prévu par le traité de Lisbonne ? Depuis que le vote irlandais est acquis, c’est la question qui est désormais au cœur des discussions des chancelleries des 27 Etats membres. Et si la Pologne et la République tchèque doivent encore signer le traité, nul ne doute que les nouvelles institutions entreront en vigueur dans l’année qui vient. Le président polonais s’apprête à signer le texte tandis que le gouvernement tchèque vient de renouveler son engagement à ratifier « Lisbonne » d’ici la fin de l’année. Il faut dire que l’enjeu est important.
Celui ou celle qui sera désigné premier président stable de l’Union par le vote des chefs d’Etat et de gouvernement incarnera, aux yeux du monde, la puissance européenne avec son demi-milliard d’habitants. Président du Conseil européen qui rassemble les 27 chefs d’Etat et de gouvernement et qui décide de fait des priorités politiques de l’Union, il aura un rôle d’impulsion majeur. Enfin et surtout il sera l’incarnation des intérêts communs des Européens qui ne peuvent se résumer à la simple juxtaposition des intérêts nationaux. Son choix est donc déterminant pour l’avenir du continent. La mission est exaltante.
Paradoxalement, peu de candidats se sont officiellement déclarés. Et aujourd’hui un seul homme mène une campagne active et déterminée, Tony Blair si bien que beaucoup parient sur sa nomination. Mais peut-on choisir le futur président de l’Europe en catimini dans le secret du Conseil européen sans un débat démocratique et ouvert, sans au moins une audition publique qui permette aux candidats de présenter leur vision de leur mandat européen ? Et peut-on se limiter à un seul candidat déclaré fût-ce le très charismatique Tony Blair, ressortissant d’un pays eurosceptique qui plus est non membre de la zone euro ?
Il y a d’autres candidats potentiels qui ont les qualités nécessaires, la capacité de négociation, l’engagement européen comme par exemple Felipe Gonzalez, le président du groupe des sages, ou encore le premier ministre Luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Mais encore faut-il qu’ils aient le désir mais aussi le courage de se déclarer plutôt que d’espérer qu’on vienne les chercher !
La réunion de Pittsburgh ou le sommet de la dernière chance
Septembre 23, 2009, 10:23 am
par Christian de Boissieu et Jean-Hervé Lorenzi, LE MONDE | 18.09.09
Rien n'est joué. Par-delà l'accord de principe sur quelques points saillants, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne restent hésitants et partagés à la veille de Pittsburgh. D'un côté, la détresse de leurs banques et la mobilisation de l'opinion publique les poussent à rejoindre les initiatives du couple franco-allemand. De l'autre côté, le souci de la compétitivité de New York et de Londres comme places financières les conduit à tendre une oreille complaisante aux doléances des professionnels. La tentation du "business as usual" demeure vivace alors que nous traversons depuis 2007 une crise d'une exceptionnelle gravité
Pourtant, le G20 de Pittsburgh reste pratiquement la dernière chance de tirer ensemble les leçons, pour les régulations bancaire et financière, de cette crise. La dernière, non pas parce que le G20 sera présidé en 2010 par la Corée du Sud, ce qui traduit un rééquilibrage incontournable et même souhaitable, mais parce qu'avec la stabilisation de la situation économique mondiale et une reprise modérée attendue pour la fin de l'année, l'appétit de réformes va retomber comme un soufflet. Nous n'avons pas su tirer les leçons de l'affaire Enron et des autres scandales du début des années 2000. Cette fois-ci, nous n'avons pas le droit de rater le coche.
Depuis le G20 d'avril à Londres, nous sommes passés des intentions générales aux décisions concrètes sur un petit nombre de points. Une brèche a été ouverte dans les paradis fiscaux, mais il faut l'élargir. Le FMI, qui n'a pas été spécialement glorieux face à cette crise, est remis au centre du dispositif et voit ses ressources tripler. Reste le plus important : modifier son système de gouvernance et souhaiter de sa part plus de transparence et de pragmatisme. Pittsburgh va consacrer certaines convergences. Parmi elles, figurent en bonne place le lissage des bonus par des dispositifs de bonus-malus, des exigences accrues en fonds propres pour les banques, des règles de provisionnement moins déstabilisantes (moins"pro-cycliques"pour ces mêmes banques avec l'idée de constituer des provisions quand tout va bien pour ne pas avoir à le faire lorsque tout va mal... Des désaccords non négligeables subsisteront, y compris entre pays européens, sur les normes comptables et tout spécialement l'application du principe de la fair value, sur la régulation des hedge funds et des instruments dérivés, sur la surveillance des agences de notation, sur l'idée de plafonnement des bonus, sur la réalisation concrète des exigences de transparence et de bonne gouvernance des sociétés, sur la façon de combiner trois modes complémentaires d'intervention : l'auto-régulation, la réglementation et la voie intermédiaire des codes de bonne conduite (comme ceux applicables aux agences de notation ou bientôt aux fonds souverains).
Formidable nouvelle pour l'avenir du monde, la crise aura catalysé l'affirmation du G20 sur la scène mondiale. Coordonner les réponses des uns et des autres en matière de régulations économique et financière est une absolue nécessité. Clairement, cela n'est pas suffisant. Nous rappelons ici les principales propositions faites par le Cercle des économistes en juillet dernier.
Phénomène unique au cours des deux derniers siècles, le monde a été frappé par quatre chocs économiques aux effets cumulatifs : crise monétaire ; apparition de conflits latents entre pays émergents et pays de l'OCDE ; transformation d'une ampleur inattendue des demandes des consommateurs ; vieillissement de la population mondiale qui s'accompagne de transformations du marché du travail, des conditions de collecte et de gestion de l'épargne, du fonctionnement du marché des biens et services et évidemment des équilibres de protection sociale.
Tout cela marque du sceau de l'incertain le scénario de reprise au cours de l'année prochaine. L'assainissement des banques a été insuffisamment réalisé, et aucune régulation à l'échelle mondiale ne permet de penser que l'on puisse éviter une réédition de chocs systémiques.
Les plans de soutien et les effets d'un arrêt temporaire du déstockage entraînent un rebond mécanique des économies américaine et européenne au deuxième semestre 2009 et au premier trimestre 2010.
Au-delà, rien ne garantit une croissance à nouveau auto-entretenue de l'économie mondiale, que l'on peut souhaiter, mais dont on ne peut affirmer avec certitude qu'elle s'imposera.
Le G20 doit être institutionnalisé, avec un secrétariat permanent, et être instauré comme l'instance de coordination économique à l'échelle mondiale à la place du G7-G8. Il devra être réformé, y compris en ce qui concerne le nombre de ses membres, pour être plus efficace et prendre en charge les problèmes de commerce, de change et de stabilisation du prix des matières premières. Sur le plan du commerce, face aux nouvelles menaces protectionnistes, le G20 doit demander à l'OMC de relancer le cycle de Doha avec un agenda modifié qui intègre notamment les transferts de technologie ainsi que les clauses sociales et environnementales. En ce qui concerne les matières premières, le marché à terme du pétrole doit être régulé plus étroitement. La volatilité du marché du pétrole est le serpent de mer des sommets du G8 ; personne ne s'y attaque sérieusement et c'est un risque majeur pour la reprise.
Il faut installer plus explicitement, dans leurs fonctions d'anticipation et de résolution des déséquilibres financiers, le FMI et le Conseil de stabilité financière. Malgré les réticences des pays les plus avancés, le FMI doit aussi modifier la répartition de ses droits de vote en l'alignant sur la réalité du poids des différentes économies. Tout cela nous conduit, en premier lieu, à appeler solennellement à la tenue, avant la fin du premier semestre 2010, et cela à un tournant conjoncturel crucial, d'une conférence internationale refondant les règles de la gouvernance mondiale.
Pour préparer cette conférence, le G20 doit lancer les travaux d'analyse des besoins mondiaux à l'horizon 2015 en matière énergétique et agroalimentaire, et mettre en place des dispositifs de production améliorant l'équilibre offre-demande ; concevoir de nouveaux mécanismes de transfert des flux publics de financement vers les pays du Sud avec pour objectif de doubler en cinq ans l'aide publique au développement ; prendre en charge la mise en oeuvre des engagements qui seront pris pour l'après-Kyoto lors de la conférence de Copenhague en décembre, notamment sur le plan financier.
Au plan conjoncturel, le G20 doit veiller à ce que soit respecté un impératif : ne pas relever les taux d'intérêt avant que la croissance ne soit revenue durablement au-dessus de son niveau potentiel, c'est-à-dire au plus tôt fin 2010. Deux risques pourraient peser sur la reprise : un prix du pétrole qui retrouverait brutalement les niveaux du premier semestre 2008 ou un dollar de nouveau faible. Le G20 ne saurait donc négliger ni les défis énergétiques ni la question monétaire, liée à la persistance des déséquilibres internationaux (déficits américains, excédents chinois...) et aux privilèges du dollar. Vaste programme qui ne pourra évidemment qu'être esquissé à Pittsburgh. Mais, si cette ambition n'est pas là, la reprise aura été de courte durée...
________________________________________
Christian de Boissieu est président du Conseil d'analyse économique ;
Jean-Hervé Lorenzi est président du Cercle des économistes.
Rien n'est joué. Par-delà l'accord de principe sur quelques points saillants, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne restent hésitants et partagés à la veille de Pittsburgh. D'un côté, la détresse de leurs banques et la mobilisation de l'opinion publique les poussent à rejoindre les initiatives du couple franco-allemand. De l'autre côté, le souci de la compétitivité de New York et de Londres comme places financières les conduit à tendre une oreille complaisante aux doléances des professionnels. La tentation du "business as usual" demeure vivace alors que nous traversons depuis 2007 une crise d'une exceptionnelle gravité
Pourtant, le G20 de Pittsburgh reste pratiquement la dernière chance de tirer ensemble les leçons, pour les régulations bancaire et financière, de cette crise. La dernière, non pas parce que le G20 sera présidé en 2010 par la Corée du Sud, ce qui traduit un rééquilibrage incontournable et même souhaitable, mais parce qu'avec la stabilisation de la situation économique mondiale et une reprise modérée attendue pour la fin de l'année, l'appétit de réformes va retomber comme un soufflet. Nous n'avons pas su tirer les leçons de l'affaire Enron et des autres scandales du début des années 2000. Cette fois-ci, nous n'avons pas le droit de rater le coche.
Depuis le G20 d'avril à Londres, nous sommes passés des intentions générales aux décisions concrètes sur un petit nombre de points. Une brèche a été ouverte dans les paradis fiscaux, mais il faut l'élargir. Le FMI, qui n'a pas été spécialement glorieux face à cette crise, est remis au centre du dispositif et voit ses ressources tripler. Reste le plus important : modifier son système de gouvernance et souhaiter de sa part plus de transparence et de pragmatisme. Pittsburgh va consacrer certaines convergences. Parmi elles, figurent en bonne place le lissage des bonus par des dispositifs de bonus-malus, des exigences accrues en fonds propres pour les banques, des règles de provisionnement moins déstabilisantes (moins"pro-cycliques"pour ces mêmes banques avec l'idée de constituer des provisions quand tout va bien pour ne pas avoir à le faire lorsque tout va mal... Des désaccords non négligeables subsisteront, y compris entre pays européens, sur les normes comptables et tout spécialement l'application du principe de la fair value, sur la régulation des hedge funds et des instruments dérivés, sur la surveillance des agences de notation, sur l'idée de plafonnement des bonus, sur la réalisation concrète des exigences de transparence et de bonne gouvernance des sociétés, sur la façon de combiner trois modes complémentaires d'intervention : l'auto-régulation, la réglementation et la voie intermédiaire des codes de bonne conduite (comme ceux applicables aux agences de notation ou bientôt aux fonds souverains).
Formidable nouvelle pour l'avenir du monde, la crise aura catalysé l'affirmation du G20 sur la scène mondiale. Coordonner les réponses des uns et des autres en matière de régulations économique et financière est une absolue nécessité. Clairement, cela n'est pas suffisant. Nous rappelons ici les principales propositions faites par le Cercle des économistes en juillet dernier.
Phénomène unique au cours des deux derniers siècles, le monde a été frappé par quatre chocs économiques aux effets cumulatifs : crise monétaire ; apparition de conflits latents entre pays émergents et pays de l'OCDE ; transformation d'une ampleur inattendue des demandes des consommateurs ; vieillissement de la population mondiale qui s'accompagne de transformations du marché du travail, des conditions de collecte et de gestion de l'épargne, du fonctionnement du marché des biens et services et évidemment des équilibres de protection sociale.
Tout cela marque du sceau de l'incertain le scénario de reprise au cours de l'année prochaine. L'assainissement des banques a été insuffisamment réalisé, et aucune régulation à l'échelle mondiale ne permet de penser que l'on puisse éviter une réédition de chocs systémiques.
Les plans de soutien et les effets d'un arrêt temporaire du déstockage entraînent un rebond mécanique des économies américaine et européenne au deuxième semestre 2009 et au premier trimestre 2010.
Au-delà, rien ne garantit une croissance à nouveau auto-entretenue de l'économie mondiale, que l'on peut souhaiter, mais dont on ne peut affirmer avec certitude qu'elle s'imposera.
Le G20 doit être institutionnalisé, avec un secrétariat permanent, et être instauré comme l'instance de coordination économique à l'échelle mondiale à la place du G7-G8. Il devra être réformé, y compris en ce qui concerne le nombre de ses membres, pour être plus efficace et prendre en charge les problèmes de commerce, de change et de stabilisation du prix des matières premières. Sur le plan du commerce, face aux nouvelles menaces protectionnistes, le G20 doit demander à l'OMC de relancer le cycle de Doha avec un agenda modifié qui intègre notamment les transferts de technologie ainsi que les clauses sociales et environnementales. En ce qui concerne les matières premières, le marché à terme du pétrole doit être régulé plus étroitement. La volatilité du marché du pétrole est le serpent de mer des sommets du G8 ; personne ne s'y attaque sérieusement et c'est un risque majeur pour la reprise.
Il faut installer plus explicitement, dans leurs fonctions d'anticipation et de résolution des déséquilibres financiers, le FMI et le Conseil de stabilité financière. Malgré les réticences des pays les plus avancés, le FMI doit aussi modifier la répartition de ses droits de vote en l'alignant sur la réalité du poids des différentes économies. Tout cela nous conduit, en premier lieu, à appeler solennellement à la tenue, avant la fin du premier semestre 2010, et cela à un tournant conjoncturel crucial, d'une conférence internationale refondant les règles de la gouvernance mondiale.
Pour préparer cette conférence, le G20 doit lancer les travaux d'analyse des besoins mondiaux à l'horizon 2015 en matière énergétique et agroalimentaire, et mettre en place des dispositifs de production améliorant l'équilibre offre-demande ; concevoir de nouveaux mécanismes de transfert des flux publics de financement vers les pays du Sud avec pour objectif de doubler en cinq ans l'aide publique au développement ; prendre en charge la mise en oeuvre des engagements qui seront pris pour l'après-Kyoto lors de la conférence de Copenhague en décembre, notamment sur le plan financier.
Au plan conjoncturel, le G20 doit veiller à ce que soit respecté un impératif : ne pas relever les taux d'intérêt avant que la croissance ne soit revenue durablement au-dessus de son niveau potentiel, c'est-à-dire au plus tôt fin 2010. Deux risques pourraient peser sur la reprise : un prix du pétrole qui retrouverait brutalement les niveaux du premier semestre 2008 ou un dollar de nouveau faible. Le G20 ne saurait donc négliger ni les défis énergétiques ni la question monétaire, liée à la persistance des déséquilibres internationaux (déficits américains, excédents chinois...) et aux privilèges du dollar. Vaste programme qui ne pourra évidemment qu'être esquissé à Pittsburgh. Mais, si cette ambition n'est pas là, la reprise aura été de courte durée...
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Christian de Boissieu est président du Conseil d'analyse économique ;
Jean-Hervé Lorenzi est président du Cercle des économistes.
Une Europe, des histoires
Août 31, 2009, 5:22 pm
Une Europe, des histoires
Marion Van Renterghem
Article paru dans le Monde du 10.05.09
Une exposition itinérante sur l'histoire européenne, inaugurée en 2007 à Bruxelles, s'est établie en Pologne après quelques aménagements
Sur la photo de famille, ils semblent unis et ils nous regardent : vingt-sept Européens, un par pays membre de l'Union, hommes et femmes, sagement assis sur deux rangées, face à nous. La photo, qui occupe tout le pan du mur, au fond d'une salle plongée dans le noir et au son de quelques notes de piano lentes et très mystérieuses, est une photo animée. Les vingt-sept ont l'air immobile, ils sont en fait filmés en train de prendre la pose pour nous, en silence, le regard fixe, sans sourire et quasiment sans bouger.
De tout petits détails nous rappellent qu'ils sont en mouvement : un battement de cil, un genou qui se déplace, la nervosité d'un doigt, l'impatience d'un regard. Il se passe là quelque chose d'inouï. On ne se lasse pas de les dévisager un à un, de détailler ces têtes d'Européens, d'essayer de deviner qui vient d'où, de s'interroger sur leur vie, de penser aux histoires et à l'Histoire qui les ont conduits là, ensemble. De se demander si, nous Européens, nous avons oui ou non une conscience commune.
Ainsi commence l'exposition « L'Europe, c'est notre histoire » qui vient d'arriver dans la ville polonaise de Wroclaw. C'est une exposition nomade. Créée par le Musée de l'Europe de Bruxelles, elle a été inaugurée en 2007 dans la capitale belgo-européenne pour le cinquantenaire du traité de Rome. La voilà en Pologne, pour le vingtième anniversaire des premières élections libres du pays et les cinq ans de son entrée dans l'Union européenne. L'Espagne, la Hongrie, la Lettonie sont maintenant intéressées. La France a décliné l'offre.
C'est aussi une exposition modulable, « in progress » : à l'Ouest ou à l'Est, ce n'est pas la même histoire. L'équipe de concepteurs, dont Benoît Remiche et les intellectuels-historiens Elie Barnavi et Krzysztof Pomian, ces deux derniers pourtant nés à l'Est, se sont laissé surprendre : en passant d'un pays européen à l'autre, il a fallu faire des aménagements. Prendre en compte les expériences et les regards respectifs sur l'Histoire. Rappeler, derrière le destin collectif, les perceptions nationales singulières. Mettre en scène cette bataille des mémoires qui construit, tout en la rendant difficile, l'identité de l'Union européenne.
Le jeune maire de Wroclaw, Rafal Dutkiewicz, était allé voir l'exposition à Bruxelles. Il a eu, dit-il, « le coup de foudre ». D'une salle à l'autre, il a suivi le chemin de la lente construction européenne depuis 1945. Il a traversé cette succession d'espaces qui commence par une urgence, un fil rouge : en finir avec la guerre. Il est passé devant l'installation faite de paires de godillots, symbole d'une armée en marche et d'une terre de cataclysmes guerriers. Il a regardé, à côté, la multitude des traités de paix européens gravés sur du laiton : un rappel de leur inanité et de la nécessité, après la seconde guerre mondiale, de faire l'Europe autrement, sans traité de paix, en invitant les vaincus à la table des vainqueurs, en inventant un nouveau genre de politique. Il s'est laissé dévisager longtemps, comme nous, par les vingt-sept Européens en train de prendre la pose, par l'énigme de leurs regards presque fixes.
Quelques salles plus tard, le maire polonais a tiqué. L'histoire représentée n'était pas celle qu'il avait vécue. Après avoir passé sans encombre 1945, « l'année zéro », champ de ruines matériel et moral, il est arrivé dans l'espace consacré aux divers pères fondateurs et à la « révolution européenne » dont son pays, mis sous tutelle de l'Union soviétique, fut exclu. A côté du chancelier Konrad Adenauer, de Jean Monnet ou de l'Italien Alcide De Gasperi, des alcôves abritaient à Bruxelles les « pères indirects » de l'Europe : Churchill, Truman, Marshall, Keynes ou... Staline. Staline, explique Elie Barnavi, « le père négatif, le Père Fouettard dont l'ombre menaçante a hâté l'unification e uropéenne ».
Staline chez les pères fondateurs de l'Europe ! A Bruxelles, les visiteurs baltes, polonais ou tchèques en ont avalé leur chapeau. Le Musée de l'Europe a été assailli de mails et de commentaires. Selon M. Dutkiewicz, les justifications avancées pour installer le dictateur rouge à côté des bienfaiteurs étaient « trop sophistiquées et choquan tes ». A Wroclaw, Staline a donc été remis à sa place : dans une salle à part, tout en lumière rouge, clairement séparé des pères fondateurs.
Un peu plus loin, après avoir franchi plusieurs chapitres - l'Europe divisée des deux côtés du rideau de fer, la décolonisation, l'optimisme de l'Ouest et ses objets des années 1950 ou 1960, le premier choc pétrolier, la fin des dictatures espagnole, grecque et portugaise -, le maire polonais a traversé Checkpoint Charlie. Le principal point de passage du mur de Berlin, dans le secteur américain de la ville, est reconstitué avec son réverbère pâle et son poste de police.
Entre gens d'Est et d'Ouest, c'est l'occasion d'un nouveau malentendu. On quitte l'Ouest avec une dernière image : la reconstitution d'une chambre de torture de la dictature franquiste. Cruelle et si vraie, avec ses chaînes et ses garrots accrochés au mur. Une ancienne victime, le vice-président du Parlement européen, Miguel Angel Martinez Martinez, qui, depuis, ne porte plus jamais de cravate, en a pleuré.
Par comparaison, de l'autre côté de Checkpoint Charlie, la représentation de la dictature communiste a semblé à ses victimes sous-estimer ce qu'ils avaient souffert : racontée dans son ampleur, mais de manière plus intellectuelle, moins « physique » que ne l'était la dictature espagnole.
« Pour vous, le communisme, c'est somme toute une promenade de campagne ! », a dit un visiteur de l'Est aux organisateurs. « On n'allait pas refaire une chambre de torture, on racontait le totalitarisme autrement », plaide Elie Barnavi. A Wroclaw, il ne fut pas rajouté de chambre de torture. Mais la partie consacrée à l'Est et au communisme est encore plus étendue.
De Bruxelles à Wroclaw, c'est surtout l'histoire de la chute du mur de Berlin qui n'est plus la même. Côté Ouest, elle est considérable, puissance symbolique de l'Europe divisée. En Pologne, on s'agace fortement du ramdam que l'Ouest consacre à l'épisode. « Ce n'est pas conforme à l'Histoire que nous avons vécue ici, explique M. Dutkiewicz. La fin du communisme n'a pas commencé à la chute du mur de Berlin [le 9 novembre 1989], mais bien avant, chez nous, grâce au syndicat Solidarnosc, à l'Eglise catholique, au pape Jean Paul II... » Quelques mois avant la chute du mur de Berlin, les Hongrois avaient démantelé leur rideau de fer avec l'Autriche, et le premier gouvernement non communiste du bloc soviétique était apparu en Pologne. A Wroclaw, donc, on ne s'attarde pas sur l'affaire de Berlin. Juste quelques panneaux explicatifs. Rien, comparé à la grande salle consacrée aux luttes polonaises pour la liberté.
« La mémoire occidentale retient les événements spectaculaires, pas le lent processus des dominos qui tombent », convient Krzysztof Pomian, né en Pologne. « Il y a surtout cette fracture fondamentale, poursuit Elie Barnavi, né en Roumanie. Pour l'Ouest, la grande affaire, c'est Hitler. Pour l'Est, la grande affaire, c'est Staline - même s'ils ont eu les deux. »
Pour marier l'Histoire et les histoires, celles de tout un chacun, les vingt-sept Européens de la photo de famille nous accompagnent un à un au long du parcours, dans des films vidéo où ils se racontent. A lui seul, le casting fut une épopée. Trouver un Tchèque, un Hongrois ou un Roumain qui représente le drame de son histoire nationale n'est pas trop compliqué. C'est moins évident en Suède ou au Luxembourg...
Existe-t-il une histoire parfaite de la construction européenne ? Elie Barnavi : « On ajuste, on concilie les points de vue. La mémoire de l'Europe est dans ces fractures. A Wroclaw, on s'approche le plus de ce que peut être une exposition équilibrée. Nous n'irons pas au-delà. » Krzysztof Pomian : « Il ne faut pas aller au-delà. Même si la gauche française n'a pas assez fait le deuil du stalinisme, la division des mémoires est irréductible. Il ne faut pas la gommer dans un consensus artificiel. Entre la mémoire des juifs et celle des antisémites, il n'y a pas d'entente possible. On ne la cherche pas. »
Marion Van Renterghem
Marion Van Renterghem
Article paru dans le Monde du 10.05.09
Une exposition itinérante sur l'histoire européenne, inaugurée en 2007 à Bruxelles, s'est établie en Pologne après quelques aménagements
Sur la photo de famille, ils semblent unis et ils nous regardent : vingt-sept Européens, un par pays membre de l'Union, hommes et femmes, sagement assis sur deux rangées, face à nous. La photo, qui occupe tout le pan du mur, au fond d'une salle plongée dans le noir et au son de quelques notes de piano lentes et très mystérieuses, est une photo animée. Les vingt-sept ont l'air immobile, ils sont en fait filmés en train de prendre la pose pour nous, en silence, le regard fixe, sans sourire et quasiment sans bouger.
De tout petits détails nous rappellent qu'ils sont en mouvement : un battement de cil, un genou qui se déplace, la nervosité d'un doigt, l'impatience d'un regard. Il se passe là quelque chose d'inouï. On ne se lasse pas de les dévisager un à un, de détailler ces têtes d'Européens, d'essayer de deviner qui vient d'où, de s'interroger sur leur vie, de penser aux histoires et à l'Histoire qui les ont conduits là, ensemble. De se demander si, nous Européens, nous avons oui ou non une conscience commune.
Ainsi commence l'exposition « L'Europe, c'est notre histoire » qui vient d'arriver dans la ville polonaise de Wroclaw. C'est une exposition nomade. Créée par le Musée de l'Europe de Bruxelles, elle a été inaugurée en 2007 dans la capitale belgo-européenne pour le cinquantenaire du traité de Rome. La voilà en Pologne, pour le vingtième anniversaire des premières élections libres du pays et les cinq ans de son entrée dans l'Union européenne. L'Espagne, la Hongrie, la Lettonie sont maintenant intéressées. La France a décliné l'offre.
C'est aussi une exposition modulable, « in progress » : à l'Ouest ou à l'Est, ce n'est pas la même histoire. L'équipe de concepteurs, dont Benoît Remiche et les intellectuels-historiens Elie Barnavi et Krzysztof Pomian, ces deux derniers pourtant nés à l'Est, se sont laissé surprendre : en passant d'un pays européen à l'autre, il a fallu faire des aménagements. Prendre en compte les expériences et les regards respectifs sur l'Histoire. Rappeler, derrière le destin collectif, les perceptions nationales singulières. Mettre en scène cette bataille des mémoires qui construit, tout en la rendant difficile, l'identité de l'Union européenne.
Le jeune maire de Wroclaw, Rafal Dutkiewicz, était allé voir l'exposition à Bruxelles. Il a eu, dit-il, « le coup de foudre ». D'une salle à l'autre, il a suivi le chemin de la lente construction européenne depuis 1945. Il a traversé cette succession d'espaces qui commence par une urgence, un fil rouge : en finir avec la guerre. Il est passé devant l'installation faite de paires de godillots, symbole d'une armée en marche et d'une terre de cataclysmes guerriers. Il a regardé, à côté, la multitude des traités de paix européens gravés sur du laiton : un rappel de leur inanité et de la nécessité, après la seconde guerre mondiale, de faire l'Europe autrement, sans traité de paix, en invitant les vaincus à la table des vainqueurs, en inventant un nouveau genre de politique. Il s'est laissé dévisager longtemps, comme nous, par les vingt-sept Européens en train de prendre la pose, par l'énigme de leurs regards presque fixes.
Quelques salles plus tard, le maire polonais a tiqué. L'histoire représentée n'était pas celle qu'il avait vécue. Après avoir passé sans encombre 1945, « l'année zéro », champ de ruines matériel et moral, il est arrivé dans l'espace consacré aux divers pères fondateurs et à la « révolution européenne » dont son pays, mis sous tutelle de l'Union soviétique, fut exclu. A côté du chancelier Konrad Adenauer, de Jean Monnet ou de l'Italien Alcide De Gasperi, des alcôves abritaient à Bruxelles les « pères indirects » de l'Europe : Churchill, Truman, Marshall, Keynes ou... Staline. Staline, explique Elie Barnavi, « le père négatif, le Père Fouettard dont l'ombre menaçante a hâté l'unification e uropéenne ».
Staline chez les pères fondateurs de l'Europe ! A Bruxelles, les visiteurs baltes, polonais ou tchèques en ont avalé leur chapeau. Le Musée de l'Europe a été assailli de mails et de commentaires. Selon M. Dutkiewicz, les justifications avancées pour installer le dictateur rouge à côté des bienfaiteurs étaient « trop sophistiquées et choquan tes ». A Wroclaw, Staline a donc été remis à sa place : dans une salle à part, tout en lumière rouge, clairement séparé des pères fondateurs.
Un peu plus loin, après avoir franchi plusieurs chapitres - l'Europe divisée des deux côtés du rideau de fer, la décolonisation, l'optimisme de l'Ouest et ses objets des années 1950 ou 1960, le premier choc pétrolier, la fin des dictatures espagnole, grecque et portugaise -, le maire polonais a traversé Checkpoint Charlie. Le principal point de passage du mur de Berlin, dans le secteur américain de la ville, est reconstitué avec son réverbère pâle et son poste de police.
Entre gens d'Est et d'Ouest, c'est l'occasion d'un nouveau malentendu. On quitte l'Ouest avec une dernière image : la reconstitution d'une chambre de torture de la dictature franquiste. Cruelle et si vraie, avec ses chaînes et ses garrots accrochés au mur. Une ancienne victime, le vice-président du Parlement européen, Miguel Angel Martinez Martinez, qui, depuis, ne porte plus jamais de cravate, en a pleuré.
Par comparaison, de l'autre côté de Checkpoint Charlie, la représentation de la dictature communiste a semblé à ses victimes sous-estimer ce qu'ils avaient souffert : racontée dans son ampleur, mais de manière plus intellectuelle, moins « physique » que ne l'était la dictature espagnole.
« Pour vous, le communisme, c'est somme toute une promenade de campagne ! », a dit un visiteur de l'Est aux organisateurs. « On n'allait pas refaire une chambre de torture, on racontait le totalitarisme autrement », plaide Elie Barnavi. A Wroclaw, il ne fut pas rajouté de chambre de torture. Mais la partie consacrée à l'Est et au communisme est encore plus étendue.
De Bruxelles à Wroclaw, c'est surtout l'histoire de la chute du mur de Berlin qui n'est plus la même. Côté Ouest, elle est considérable, puissance symbolique de l'Europe divisée. En Pologne, on s'agace fortement du ramdam que l'Ouest consacre à l'épisode. « Ce n'est pas conforme à l'Histoire que nous avons vécue ici, explique M. Dutkiewicz. La fin du communisme n'a pas commencé à la chute du mur de Berlin [le 9 novembre 1989], mais bien avant, chez nous, grâce au syndicat Solidarnosc, à l'Eglise catholique, au pape Jean Paul II... » Quelques mois avant la chute du mur de Berlin, les Hongrois avaient démantelé leur rideau de fer avec l'Autriche, et le premier gouvernement non communiste du bloc soviétique était apparu en Pologne. A Wroclaw, donc, on ne s'attarde pas sur l'affaire de Berlin. Juste quelques panneaux explicatifs. Rien, comparé à la grande salle consacrée aux luttes polonaises pour la liberté.
« La mémoire occidentale retient les événements spectaculaires, pas le lent processus des dominos qui tombent », convient Krzysztof Pomian, né en Pologne. « Il y a surtout cette fracture fondamentale, poursuit Elie Barnavi, né en Roumanie. Pour l'Ouest, la grande affaire, c'est Hitler. Pour l'Est, la grande affaire, c'est Staline - même s'ils ont eu les deux. »
Pour marier l'Histoire et les histoires, celles de tout un chacun, les vingt-sept Européens de la photo de famille nous accompagnent un à un au long du parcours, dans des films vidéo où ils se racontent. A lui seul, le casting fut une épopée. Trouver un Tchèque, un Hongrois ou un Roumain qui représente le drame de son histoire nationale n'est pas trop compliqué. C'est moins évident en Suède ou au Luxembourg...
Existe-t-il une histoire parfaite de la construction européenne ? Elie Barnavi : « On ajuste, on concilie les points de vue. La mémoire de l'Europe est dans ces fractures. A Wroclaw, on s'approche le plus de ce que peut être une exposition équilibrée. Nous n'irons pas au-delà. » Krzysztof Pomian : « Il ne faut pas aller au-delà. Même si la gauche française n'a pas assez fait le deuil du stalinisme, la division des mémoires est irréductible. Il ne faut pas la gommer dans un consensus artificiel. Entre la mémoire des juifs et celle des antisémites, il n'y a pas d'entente possible. On ne la cherche pas. »
Marion Van Renterghem
Elections européennes: Quels résultats et quelles perspectives ?
Juin 16, 2009, 11:20 am
Par Samir MATHIEU, Fenêtre sur l'Europe.
[le 8 juin au] soir s’est tenue à Sciences Po à Paris, à l’initiative d’Europanova et de Terra Nova, une rencontre débat autour des élections européennes. Que retenir du scrutin ? Quelles conclusions tirer du taux d’abstention, de la victoire de l’UMP, des scores exceptionnels des écologistes, des désastres du PS et du Modem ?
Devant une centaine de personnes, Jean-Philippe Moinet, fondateur de la Revue Civique et Européenne a mené le débat. Des échanges alimentés par les réflexions de Guillaume Klossa, président-fondateur d’Europanova, Olivier Ferrand, président de Terra Nova, Yves Bertoncini, enseignant à Sciences Po Paris et Bruno Jeanbart, directeur des études politiques de l’institut de sondage Opinion Way.
Des apparences trompeuses…
Dans un premier temps, chacun des intervenants a donné sa vision de ces dernières élections européennes.
Pour Olivier Ferrand, le président de Terra Nova, les gagnants ne sont pas si puissants que ça et inversement, les perdants ne sont pas si faibles. Pour lui, cette élection est un "trompe l’œil". "La droite a bien résisté mais on ne peut pas dire qu’elle a gagné car le système d’élection proportionnelle intégrale à un tour empêche les coalitions. Or, on constate que la droite n’a pas progressé et la gauche n’a pas régressée. Aujourd’hui en Europe, il y a majorité de coalition arc-en-ciel. C’est même plus net en France où la gauche obtient 48 % des voix et la droite 35 %. Le balancier a plutôt nettement basculé à gauche. Mais les voix se sont éparpillées à gauche." Pour Olivier Ferrand, cela ne fait pas de doute, "à bien des égards, la situation politique actuelle ressemble à celle de 2002."
Tout est question de stratégie. Guillaume Klossa, président fondateur d’Europa Nova : "La présidentialisation de cette élection a été faite par quasiment tous les partis à l’exception des écologistes. L’enjeu au PS visait à rétablir la paix au sein du parti et préparer les enjeux ultérieurs. Le PS n’a pas mis alors la pression sur l’UMP, qui fait tout pour ne pas mobiliser contre soi les camps adverses. Et de mobiliser son propre camp. Satisfaire l’UMP en interne et canaliser les petits partis. Sarkozy a su gérer le tempo en démarrant la campagne le plus tard possible.
Les Verts ont eu une stratégie très intéressante en jouant l’ouverture au maximum et l’unité derrière un projet européen. Bayrou a fait une erreur de débutant en faisant une répétition de l’élection présidentielle de 2012. Il a attaqué les autres avant de rassembler son camp.
Bilan : très bonne campagne des Verts, bonne stratégie de l’UMP, mauvaise campagne du PS et grosse erreur de stratégie de François Bayrou."
Yves Bertoncini, enseignant à Sciences Po, regarde lui avec attention les évolutions des groupes parlementaires : "Le PPE a quelque peu progressé mais le retrait des conservateurs progressistes britanniques les amène à stagner en nombre de sièges. Le PSE va bénéficier, malgré un fort recul, de l’ajout du Parti démocrate italien. Les libéraux en léger recul car ils vont perdre la délégation européenne des démocrates italiens. Donc on ne peut pas parler de séisme, mais plutôt de stabilité des groupes.
Un séisme n’est pourtant pas à exclure sur la nomination de Barroso. Car il faut que le PPE aille chercher une centaine de députés supplémentaires. Mission compliquée…"
Pour Bruno Jeanbart, le directeur des études politiques d’Opinion Way, il y a une trop grande volatilité des voix des militants socialistes : "Les électeurs socialistes depuis plusieurs années ne suivent pas leur candidat. En 2007, beaucoup ont voté Bayrou à la présidentielle. Et 25 % des électeurs de Ségolène Royal en 2007 ont voté Cohn Bendit aux européennes."
L’abstentionnisme, véritable fléau ?
Dans un deuxième temps, a été abordé le thème récurrent de l’abstentionnisme. Le faible taux de participation, même s’il est décevant, n’a pas semblé non plus effrayer outre mesure les débateurs présents.
Pour Guillaume Klossa, l’abstention est un "problème de pouvoir". Selon lui, "le problème c’est que personne ne connaissait les programmes européens du PS, de l’UMP et du Modem. Seul les Verts ont exposé leur programme européen." Mais le président d’Europanova voit d’un bon œil le vote irlandais : "Les Irlandais ont voté favorablement pour des candidats europhiles, c’est donc de bonne augure pour le traité de Lisbonne. Une fois adopté, ce traité structurera l’Europe politique et institutionnelle, et ainsi intéressera plus les eurocitoyens."
Selon Olivier Ferrand, "l’abstention n’est pas due à l’absence d’enjeux. Il manque simplement la compétence principale qu’ont les Parlements dans les démocraties modernes, celle d’investir et de censurer le gouvernement. Il y a des enjeux. Mais ils ne sont pas exprimés, explicités. Il n’existe pas d’espace politico-médiatique européen."
Bruno Jeanbart tempère les données de l’abstention. Chiffres à l’appui, le directeur des études politiques d’Opinion Way se veut prudent : "On exagère la montée de l’abstention, car elle était plus importante entre 1999 et 2004. Mais il y a des choses qui ne sont pas normales. 75 % des jeunes qui n’ont pas été voter. Les hommes ont beaucoup moins voté que les femmes, les ouvriers moins que les cadres. Il y a des écarts sociologiques trop importants. 27 % des Français seulement se sont dits intéressés par la campagne.
Il y a de plus un problème de partis qui ne parlent jamais d’Europe, sauf ceux qui la critiquent. Et puis la lâcheté des représentants nationaux avec les discours du ‘quand ça va c’est grâce à nous, et quand ça va pas c’est la faute à l’Europe’.
La montée des droites et centres droits européens
Enfin, les spécialistes des questions européennes se sont penchés sur la montée des droites et centres droit en Europe. Une situation qui a entraîné le renouvellement de la confiance des électeurs à de nombreux partis de droite au pouvoir que ce soit en Allemagne, Italie, France, Pologne, et renforcée les droites d’opposition en Espagne et au Royaume-Uni.
Pour Guillaume Klossa, "les droites se sont plutôt bien comportées en reprenant leur thèmes propres et en se social-démocratisant. La gauche a elle, l’antécédent d’avoir libéralisé dans plusieurs pays." Cela a été notamment le cas en France dans les années 1980, dans le Royaume-Uni blairiste et l’Espagne des années 1990. Ce qui fait dire à Guillaume Klossa que "les droites ont été plus crédibles par rapport à l’opinion publique et ont su mobiliser leur électorat pour ces élections."
Olivier Ferrand estime lui que l’adage "on ne vire pas le capitaine quand le bateau coule" a profité aux gouvernements en place. Sauf au Royaume-Uni où le New Labour est au bout du rouleau et a subi un cuisant échec. Le pire résultat du New Labour depuis 1918 !
La question que se pose le président de Terra Nova est de savoir "pourquoi les sociaux démocrates et la gauche ne bénéficient pas plus du retour des valeurs d’arrière plan des idées européennes comme le compromis social démocrate de l’Etat providence." Il explique que "ce compromis a explosé avec le début de la crise de l’Etat providence au début des années 1980. Dans le premier temps, en France les socialistes ont résisté. Au Royaume-Uni, les blairistes l’ont accepté et se sont transformé en caution sociale d’un équilibre idéologique plutôt penché à droite. En Scandinavie la gauche a chercher à se renouveller. Et dans le modèle néerlandais, le parti social démocrate est devenu populiste."
La crise actuelle a fait revenir très brutalement le curseur idéologique autour de la social démocratie. Pour lui deux raisons à la non traduction dans les urnes de ce retour à gauche du curseur idéologique : "l’absence idéologique avec un modèle pas crédible (problème de rénovation idéologique) de la gauche européenne ; et les nombreux problèmes de leadership. Il y a un vrai problème de renouvellement des élites politique de la social démocratie."
Yves Bertoncini confirme ces propos, nuançant que les socialistes français n’avaient pas "voté les mesures de libéralisation adoptées par la gauche européenne ces dernières années." Le professeur de Sciences Po a rajouté à l’explication du boom écologiste en France par le fait que "les Français ont le sentiment que la problématique environnementale ne peut être réglée qu’au niveau européen."
Bruno Jeanbart reste sur la même analyse constatant toutefois que " l’intensité de la crise a joué aussi sur les votes sanctions contre les gouvernements en place comme en Espagne, Irlande et au Royaume-Uni. Excepté en Allemagne qui subit la crise de plein fouet mais où les élections générales ont lieu à la fin de l’année et où il y a un système de coalition gauche-droite au pouvoir."
[le 8 juin au] soir s’est tenue à Sciences Po à Paris, à l’initiative d’Europanova et de Terra Nova, une rencontre débat autour des élections européennes. Que retenir du scrutin ? Quelles conclusions tirer du taux d’abstention, de la victoire de l’UMP, des scores exceptionnels des écologistes, des désastres du PS et du Modem ?
Devant une centaine de personnes, Jean-Philippe Moinet, fondateur de la Revue Civique et Européenne a mené le débat. Des échanges alimentés par les réflexions de Guillaume Klossa, président-fondateur d’Europanova, Olivier Ferrand, président de Terra Nova, Yves Bertoncini, enseignant à Sciences Po Paris et Bruno Jeanbart, directeur des études politiques de l’institut de sondage Opinion Way.
Des apparences trompeuses…
Dans un premier temps, chacun des intervenants a donné sa vision de ces dernières élections européennes.
Pour Olivier Ferrand, le président de Terra Nova, les gagnants ne sont pas si puissants que ça et inversement, les perdants ne sont pas si faibles. Pour lui, cette élection est un "trompe l’œil". "La droite a bien résisté mais on ne peut pas dire qu’elle a gagné car le système d’élection proportionnelle intégrale à un tour empêche les coalitions. Or, on constate que la droite n’a pas progressé et la gauche n’a pas régressée. Aujourd’hui en Europe, il y a majorité de coalition arc-en-ciel. C’est même plus net en France où la gauche obtient 48 % des voix et la droite 35 %. Le balancier a plutôt nettement basculé à gauche. Mais les voix se sont éparpillées à gauche." Pour Olivier Ferrand, cela ne fait pas de doute, "à bien des égards, la situation politique actuelle ressemble à celle de 2002."
Tout est question de stratégie. Guillaume Klossa, président fondateur d’Europa Nova : "La présidentialisation de cette élection a été faite par quasiment tous les partis à l’exception des écologistes. L’enjeu au PS visait à rétablir la paix au sein du parti et préparer les enjeux ultérieurs. Le PS n’a pas mis alors la pression sur l’UMP, qui fait tout pour ne pas mobiliser contre soi les camps adverses. Et de mobiliser son propre camp. Satisfaire l’UMP en interne et canaliser les petits partis. Sarkozy a su gérer le tempo en démarrant la campagne le plus tard possible.
Les Verts ont eu une stratégie très intéressante en jouant l’ouverture au maximum et l’unité derrière un projet européen. Bayrou a fait une erreur de débutant en faisant une répétition de l’élection présidentielle de 2012. Il a attaqué les autres avant de rassembler son camp.
Bilan : très bonne campagne des Verts, bonne stratégie de l’UMP, mauvaise campagne du PS et grosse erreur de stratégie de François Bayrou."
Yves Bertoncini, enseignant à Sciences Po, regarde lui avec attention les évolutions des groupes parlementaires : "Le PPE a quelque peu progressé mais le retrait des conservateurs progressistes britanniques les amène à stagner en nombre de sièges. Le PSE va bénéficier, malgré un fort recul, de l’ajout du Parti démocrate italien. Les libéraux en léger recul car ils vont perdre la délégation européenne des démocrates italiens. Donc on ne peut pas parler de séisme, mais plutôt de stabilité des groupes.
Un séisme n’est pourtant pas à exclure sur la nomination de Barroso. Car il faut que le PPE aille chercher une centaine de députés supplémentaires. Mission compliquée…"
Pour Bruno Jeanbart, le directeur des études politiques d’Opinion Way, il y a une trop grande volatilité des voix des militants socialistes : "Les électeurs socialistes depuis plusieurs années ne suivent pas leur candidat. En 2007, beaucoup ont voté Bayrou à la présidentielle. Et 25 % des électeurs de Ségolène Royal en 2007 ont voté Cohn Bendit aux européennes."
L’abstentionnisme, véritable fléau ?
Dans un deuxième temps, a été abordé le thème récurrent de l’abstentionnisme. Le faible taux de participation, même s’il est décevant, n’a pas semblé non plus effrayer outre mesure les débateurs présents.
Pour Guillaume Klossa, l’abstention est un "problème de pouvoir". Selon lui, "le problème c’est que personne ne connaissait les programmes européens du PS, de l’UMP et du Modem. Seul les Verts ont exposé leur programme européen." Mais le président d’Europanova voit d’un bon œil le vote irlandais : "Les Irlandais ont voté favorablement pour des candidats europhiles, c’est donc de bonne augure pour le traité de Lisbonne. Une fois adopté, ce traité structurera l’Europe politique et institutionnelle, et ainsi intéressera plus les eurocitoyens."
Selon Olivier Ferrand, "l’abstention n’est pas due à l’absence d’enjeux. Il manque simplement la compétence principale qu’ont les Parlements dans les démocraties modernes, celle d’investir et de censurer le gouvernement. Il y a des enjeux. Mais ils ne sont pas exprimés, explicités. Il n’existe pas d’espace politico-médiatique européen."
Bruno Jeanbart tempère les données de l’abstention. Chiffres à l’appui, le directeur des études politiques d’Opinion Way se veut prudent : "On exagère la montée de l’abstention, car elle était plus importante entre 1999 et 2004. Mais il y a des choses qui ne sont pas normales. 75 % des jeunes qui n’ont pas été voter. Les hommes ont beaucoup moins voté que les femmes, les ouvriers moins que les cadres. Il y a des écarts sociologiques trop importants. 27 % des Français seulement se sont dits intéressés par la campagne.
Il y a de plus un problème de partis qui ne parlent jamais d’Europe, sauf ceux qui la critiquent. Et puis la lâcheté des représentants nationaux avec les discours du ‘quand ça va c’est grâce à nous, et quand ça va pas c’est la faute à l’Europe’.
La montée des droites et centres droits européens
Enfin, les spécialistes des questions européennes se sont penchés sur la montée des droites et centres droit en Europe. Une situation qui a entraîné le renouvellement de la confiance des électeurs à de nombreux partis de droite au pouvoir que ce soit en Allemagne, Italie, France, Pologne, et renforcée les droites d’opposition en Espagne et au Royaume-Uni.
Pour Guillaume Klossa, "les droites se sont plutôt bien comportées en reprenant leur thèmes propres et en se social-démocratisant. La gauche a elle, l’antécédent d’avoir libéralisé dans plusieurs pays." Cela a été notamment le cas en France dans les années 1980, dans le Royaume-Uni blairiste et l’Espagne des années 1990. Ce qui fait dire à Guillaume Klossa que "les droites ont été plus crédibles par rapport à l’opinion publique et ont su mobiliser leur électorat pour ces élections."
Olivier Ferrand estime lui que l’adage "on ne vire pas le capitaine quand le bateau coule" a profité aux gouvernements en place. Sauf au Royaume-Uni où le New Labour est au bout du rouleau et a subi un cuisant échec. Le pire résultat du New Labour depuis 1918 !
La question que se pose le président de Terra Nova est de savoir "pourquoi les sociaux démocrates et la gauche ne bénéficient pas plus du retour des valeurs d’arrière plan des idées européennes comme le compromis social démocrate de l’Etat providence." Il explique que "ce compromis a explosé avec le début de la crise de l’Etat providence au début des années 1980. Dans le premier temps, en France les socialistes ont résisté. Au Royaume-Uni, les blairistes l’ont accepté et se sont transformé en caution sociale d’un équilibre idéologique plutôt penché à droite. En Scandinavie la gauche a chercher à se renouveller. Et dans le modèle néerlandais, le parti social démocrate est devenu populiste."
La crise actuelle a fait revenir très brutalement le curseur idéologique autour de la social démocratie. Pour lui deux raisons à la non traduction dans les urnes de ce retour à gauche du curseur idéologique : "l’absence idéologique avec un modèle pas crédible (problème de rénovation idéologique) de la gauche européenne ; et les nombreux problèmes de leadership. Il y a un vrai problème de renouvellement des élites politique de la social démocratie."
Yves Bertoncini confirme ces propos, nuançant que les socialistes français n’avaient pas "voté les mesures de libéralisation adoptées par la gauche européenne ces dernières années." Le professeur de Sciences Po a rajouté à l’explication du boom écologiste en France par le fait que "les Français ont le sentiment que la problématique environnementale ne peut être réglée qu’au niveau européen."
Bruno Jeanbart reste sur la même analyse constatant toutefois que " l’intensité de la crise a joué aussi sur les votes sanctions contre les gouvernements en place comme en Espagne, Irlande et au Royaume-Uni. Excepté en Allemagne qui subit la crise de plein fouet mais où les élections générales ont lieu à la fin de l’année et où il y a un système de coalition gauche-droite au pouvoir."
Législation communautaire: briser le mythe des 80%, par Yves Bertoncini
Juin 2, 2009, 3:12 pm
L’idée selon laquelle 80% du droit ou des lois en vigueur au niveau national est d’« origine communautaire»
s’est récemment diffusée à une vitesse telle qu’elle semble parfois relever de la vérité d’évidence,
pour les contempteurs de la construction européenne comme pour certains de ses zélateurs.
Pourtant, une telle assertion a-t-elle jamais été sérieusement étayée ? Qui pourrait aujourd’hui citer ces 80% de lois nationales présumées « d’origine communautaire », alors même qu’en France, il semble à première vue difficile d’en désigner ne serait-ce qu’une dizaine parmi la centaine de lois adoptées chaque année au cours des législatures récentes ?
Retrouver la totalité du document en cliquant ici.
Pourtant, une telle assertion a-t-elle jamais été sérieusement étayée ? Qui pourrait aujourd’hui citer ces 80% de lois nationales présumées « d’origine communautaire », alors même qu’en France, il semble à première vue difficile d’en désigner ne serait-ce qu’une dizaine parmi la centaine de lois adoptées chaque année au cours des législatures récentes ?
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Les enfants d’Erasmus ne veulent pas voir L’Europe abdiquer devant la crise
Mai 15, 2009, 11:43 am
Parmi les signataires : Cynthia Fleury, Guillaume Klossa, Sandro Gozi, Christian Mandl, Gaëtane Ricard-Nihoul
Article paru dans l'édition du Monde du 28.03.09
Avec une acuité inconnue depuis les lendemains de la seconde guerre mondiale, les crises actuelles posent la question d'une nouvelle gouvernance mondiale qui favorise plus d'équité, de justice et de responsabilité à l'égard des générations futures. L'Europe constitue le seul laboratoire concret de cette future gouvernance.
La responsabilité des Européens, celle des chefs d'Etat et de gouvernement et plus largement la nôtre, en tant que citoyens de l'Union, est donc immense. Soit nous prouvons que des Etats dont les valeurs et les modèles politiques, socioculturels et économiques sont proches, et qui ont institutionnalisé leur coopération dans le cadre de l'Union européenne (UE), sont capables de faire preuve d'unité et d'apporter des réponses efficaces aux crises présentes. Soit nous échouons et abdiquons en connaissance de cause toute influence sur la définition du monde à venir.
Une génération d'Européens s'inquiète. Elle a entre 30 et 45 ans. Pour elle, l'événement politique majeur aura été la chute du mur de Berlin il y a tout juste vingt ans. C'est également la génération Erasmus, la première à avoir bénéficié du programme européen qui a permis à plus de 1,5 million d'étudiants de prendre conscience de la puissance collective que représente l'Union européenne.
La crainte de cette génération, la nôtre, c'est que, faute de leadership, de sens de l'intérêt général et d'ambition, l'Europe fasse le choix de l'abdication. L'insuffisance de visions politiques des institutions européennes et des Etats-membres nous préoccupe à un moment où, pour être influents, les Européens devraient faire le choix de l'exemplarité et préparer une relance durable. Les décisions trop souvent nationales qui sont prises sont coûteuses et inefficaces. Elles contribuent à un endettement massif des générations futures.
Notre conviction, c'est que l'Europe d'après la crise se prépare maintenant. Les Européens doivent se mettre en ordre de marche et être en mesure de dépasser intérêts de court terme et orgueils nationaux. A moyen terme, des institutions plus fortes, mieux incarnées avec un vrai capitaine à la tête de l'Europe sont indispensables. C'est chose possible avec les institutions du traité de Lisbonne, si sa ratification est enfin achevée. C'est à notre avis la condition pour qu'un leadership politique émerge.
A court terme, la première urgence, à la veille du G20, est de définir une stratégie européenne pour réguler le secteur financier et organiser la relance économique. Cela passe par une régulation financière plus efficace et moins pro-cyclique, la création d'une autorité de supervision bancaire européenne, un code éthique européen garantissant la transparence des rémunérations les plus élevées. Une action coordonnée pour baisser temporairement la TVA et plus largement les taxes pesant sur les services de proximité non intensifs en importations est aussi essentielle pour préserver des dizaines de milliers d'emploi de proximité en Europe.
CAPACITÉ D'EMPRUNTS COLLECTIVE
Mais l'enjeu économique, c'est aussi que les Européens, à l'instar des Américains, soient en mesure d'investir l'avenir et donnent toute la priorité politique à la recherche et au développement et en particulier au développement durable, ce qui passe par la nomination d'un vice-président de la Commission européenne en charge du développement durable ainsi que la mise en chantier d'un plan européen de formation aux métiers favorisant la croissance verte. Pour être en mesure de faire les investissements nécessaires, l'Europe doit se doter d'une capacité d'emprunts collective qui requiert une solidarité financière renforcée.
Ces initiatives supposent une exemplarité franco-allemande retrouvée : sans être suffisante, elle demeure indispensable. La vertu principale du couple franco-allemand, c'est sa capacité à entraîner l'ensemble des autres pays de l'UE. Français et Allemands doivent avoir le courage de renforcer la coordination de leurs politiques économiques, fiscales et sociales, et associer étroitement leurs Parlements respectifs.
Ils devraient également prendre de nouvelles initiatives spectaculaires - ouvertes à tous les pays qui en partagent les objectifs et la méthode - comme elles l'ont fait il y a près de soixante ans avec la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier. A cet égard, un rapprochement des directions du Trésor française et allemande en favorisant une gestion commune de la dette publique des deux pays serait de nature à accélérer la coordination de deux économies et permettrait de mettre en place un embryon de gouvernance économique pour la zone euro.
A l'approche des élections européennes, ces enjeux doivent donner lieu à un débat ouvert et ambitieux, capable de rassembler tous ceux qui, dans la société civile, dans les administrations nationales et européennes, les médias, les syndicats et le monde politique, partagent notre conviction. Une conviction qui est l'héritière d'Erasmus, de l'humanisme et des Lumières.
Avec une acuité inconnue depuis les lendemains de la seconde guerre mondiale, les crises actuelles posent la question d'une nouvelle gouvernance mondiale qui favorise plus d'équité, de justice et de responsabilité à l'égard des générations futures. L'Europe constitue le seul laboratoire concret de cette future gouvernance.
La responsabilité des Européens, celle des chefs d'Etat et de gouvernement et plus largement la nôtre, en tant que citoyens de l'Union, est donc immense. Soit nous prouvons que des Etats dont les valeurs et les modèles politiques, socioculturels et économiques sont proches, et qui ont institutionnalisé leur coopération dans le cadre de l'Union européenne (UE), sont capables de faire preuve d'unité et d'apporter des réponses efficaces aux crises présentes. Soit nous échouons et abdiquons en connaissance de cause toute influence sur la définition du monde à venir.
Une génération d'Européens s'inquiète. Elle a entre 30 et 45 ans. Pour elle, l'événement politique majeur aura été la chute du mur de Berlin il y a tout juste vingt ans. C'est également la génération Erasmus, la première à avoir bénéficié du programme européen qui a permis à plus de 1,5 million d'étudiants de prendre conscience de la puissance collective que représente l'Union européenne.
La crainte de cette génération, la nôtre, c'est que, faute de leadership, de sens de l'intérêt général et d'ambition, l'Europe fasse le choix de l'abdication. L'insuffisance de visions politiques des institutions européennes et des Etats-membres nous préoccupe à un moment où, pour être influents, les Européens devraient faire le choix de l'exemplarité et préparer une relance durable. Les décisions trop souvent nationales qui sont prises sont coûteuses et inefficaces. Elles contribuent à un endettement massif des générations futures.
Notre conviction, c'est que l'Europe d'après la crise se prépare maintenant. Les Européens doivent se mettre en ordre de marche et être en mesure de dépasser intérêts de court terme et orgueils nationaux. A moyen terme, des institutions plus fortes, mieux incarnées avec un vrai capitaine à la tête de l'Europe sont indispensables. C'est chose possible avec les institutions du traité de Lisbonne, si sa ratification est enfin achevée. C'est à notre avis la condition pour qu'un leadership politique émerge.
A court terme, la première urgence, à la veille du G20, est de définir une stratégie européenne pour réguler le secteur financier et organiser la relance économique. Cela passe par une régulation financière plus efficace et moins pro-cyclique, la création d'une autorité de supervision bancaire européenne, un code éthique européen garantissant la transparence des rémunérations les plus élevées. Une action coordonnée pour baisser temporairement la TVA et plus largement les taxes pesant sur les services de proximité non intensifs en importations est aussi essentielle pour préserver des dizaines de milliers d'emploi de proximité en Europe.
CAPACITÉ D'EMPRUNTS COLLECTIVE
Mais l'enjeu économique, c'est aussi que les Européens, à l'instar des Américains, soient en mesure d'investir l'avenir et donnent toute la priorité politique à la recherche et au développement et en particulier au développement durable, ce qui passe par la nomination d'un vice-président de la Commission européenne en charge du développement durable ainsi que la mise en chantier d'un plan européen de formation aux métiers favorisant la croissance verte. Pour être en mesure de faire les investissements nécessaires, l'Europe doit se doter d'une capacité d'emprunts collective qui requiert une solidarité financière renforcée.
Ces initiatives supposent une exemplarité franco-allemande retrouvée : sans être suffisante, elle demeure indispensable. La vertu principale du couple franco-allemand, c'est sa capacité à entraîner l'ensemble des autres pays de l'UE. Français et Allemands doivent avoir le courage de renforcer la coordination de leurs politiques économiques, fiscales et sociales, et associer étroitement leurs Parlements respectifs.
Ils devraient également prendre de nouvelles initiatives spectaculaires - ouvertes à tous les pays qui en partagent les objectifs et la méthode - comme elles l'ont fait il y a près de soixante ans avec la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier. A cet égard, un rapprochement des directions du Trésor française et allemande en favorisant une gestion commune de la dette publique des deux pays serait de nature à accélérer la coordination de deux économies et permettrait de mettre en place un embryon de gouvernance économique pour la zone euro.
A l'approche des élections européennes, ces enjeux doivent donner lieu à un débat ouvert et ambitieux, capable de rassembler tous ceux qui, dans la société civile, dans les administrations nationales et européennes, les médias, les syndicats et le monde politique, partagent notre conviction. Une conviction qui est l'héritière d'Erasmus, de l'humanisme et des Lumières.
Après le "non" : discutons!
Juin 16, 2008, 1:00 pmLes Irlandais ont donc majoritairement choisi de rejeter le "Traité de Lisbonne", dont l'entrée en vigueur en l'état est devenue bien incertaine.
Ce nouveau "non" suscite nombre de commentaires sur la meilleure façon de sauver ce Traité ou sur les conséquences directes d'un tel rejet pour la prochaine "présidence française" de l'UE : il faut espérer qu'au-delà de ces contingences immédiates, ce "non" pourra aussi nourrir des analyses plus approfondies sur les motivations réelles des Irlandais, et dont des conséquences concrètes pourront être tirées.
Même si tous les référendums européens récents n'ont pas donné lieu à des votes négatifs (qu'on se souvienne des "oui" espagnols et luxembourgeois à la "Constitution européenne"
Ce n'est pas en disant que ceux qui votent "non" sont des égoistes qu'on réduira ce décrochage...
C'est d'une part en redonnant un sens clair à la construction européenne, qui a permis d'établir un espace de paix et de prospérité dont les Irlandais ont l'air de se contenter, mais qui doit aujourd'hui clarifier sa valeur ajoutée dans la mondialisation. D'autre part en démocratisant le fonctionnement de l'Union européenne, afin que ses citoyens n'aient pas l'impression que seuls les référendums leur permettent d'exercer une influence réelle - moyenne en quoi ces référendums prennent une dimension protestataire aigüe.
Les Etats généraux organisés à Lyon le 21 juin prochain seront une excellente occasion d'échanges sur de tels enjeux. La perspective des élections européennes de juin 2009 fait quant à elle office de rendez-vous essentiel entre l'Union européenne et ses citoyens. Faisons en sorte de faire vivre le débat entre ces deux dates charnières, afin qu'il ne soit pas tout entier marqué par la nécessité de sauver un Traité certes très utile, mais dont l'éventuelle entrée en vigueur ne suffira pas à restaurer le lien aujourd'hui bien fragile entre l'UE et ses peuples.
Que penser des résultats du palmares des Européens préféres des Français?
Mai 9, 2008, 8:32 am
Avant tout essai d’interprétation, rappelons qu’un sondage est un instrument de fabrication de l’opinion publique, en rien scientifique, sa méthodologie et autres clés de redressement, la pseudo représentativité de ses panels, l’imposition de ses questions fermées,… étant profondément discutables – pour le dire de la façon la plus indulgente possible. Alors pourquoi en user ? Parce qu’un sondage peut se révéler aussi un excellent instrument politique de stimulation du débat public, et partant, avant même de « fabriquer » l’opinion, un moyen de provoquer une prise de conscience et des envies de débattre. Et tel est l’objet du palmarès des personnalités européennes préférées des Français, indépendamment de son caractère ludique, bien qu’il témoigne aussi de l’ignorance dont font preuve les Français (dont je suis) à l’égard de la diversité des personnalités européennes absentes de ce classement. En cette année anniversaire, on aurait apprécié un Adam Michnik, directeur du quotidien polonais Gazeta Wyborcza, et au passage, cher complice de Daniel Cohn-Bendit. Ou, en ces temps de conflit social larvé, un John Monks, Secrétaire Général de la Confédération Européenne des Syndicats. Sans parler des sociologues « européens », comme Slavoj Žižek, Peter Sloterdijk, Ulrich Beck…, pourtant habitués des tribunes des journaux français, aimant à débattre de l’avenir du modèle social européen et de l’Europe cosmopolitique. L’Académie du peuple ne leur est pas encore ouverte !
Quelques leçons à tirer néanmoins de ce palmarès : même si l’Europe des citoyens est définitivement sportive et artistique, le palmarès 2008 marque le retour des personnalités politiques ou des grandes figures de la société civile. Angela Merkel, La Reine Elisabeth et le Pape sont classés dans les dix premiers. Faut-il y voir l’attente d’une Europe « politique » et « morale » plus incarnée ? Ou encore, une prime aux valeurs sûres et à une certaine forme de « continuité » dans les parcours ? On notera le bond spectaculaire de la chancelière allemande Angela Merkel par rapport à l’ancien classement. C’est la grande gagnante du palmarès. Si les relations sont réputées difficiles avec le président Nicolas Sarkozy, elles s’avèrent au contraire idylliques avec les Français. Les Français plébiscitent Angela autant qu’ils désavouent Nicolas. Là aussi, prime à l’efficacité, au sens du collectif, au sens du politique et du public qui prévaut sur le privé ? On saluera également l’entrée de Felipe Gonzalez, président du comité des sages, chargé de réfléchir à l’avenir de l’Union Européenne à horizon 2020-2030.
La présence de telles personnalités européennes (Angela Merkel, la Reine Elisabeth, le Pape) en tête du classement souligne, par opposition, la préférence des Français pour les personnalités policés, non histrioniques, à l’image médiatique maîtrisée, associées aux valeurs du consensus et de la compétence, soucieuses de l’intérêt collectif. Peut-être une prime à l’anti-bling bling et aux postures politiques trop égotiques ?
Autre leçon à tirer ? Le palmarès fait la part belle aux femmes. Mis à part la première place attribuée à Michaël Schumacher, les personnalités qui le talonnent sont toutes des femmes, et ce dans tous les domaines : emmenées par la Reine Elisabeth, on trouve Angela Merkel (politique), Monica Belluci (artistique), Ellen Mac Arthur (sportif). Sans aller jusqu’à conforter les valeurs féministes de l’Europe, le choix des Français témoigne d’une popularité désormais paritaire entre les femmes et les hommes, voire d’une prime à la féminité.
Au regard de l’actualité politico-peopleisé, Carla Bruni fait une belle entrée dans le palmarès. Elle est la deuxième artiste européenne préférée des Français. Une première dame, qui ne serait donc pas la victime collatérale de la dégringolade présidentielle dans les sondages ? Les hommes la classent mieux que les femmes. La droite également. La gauche lui en voudrait-elle d’avoir changé de camp ? Entre Roger Federer (Suisse) et Rafael Nadal (Espagnol), le combat continue. Toujours au coude à coude… L’Espagnol (8e) l’emportant d’une place sur le Suisse (9e). On notera par ailleurs l’arrivée de Gordon Brown (23e), dont le classement renvoie à celui de Tony Blair (24e en 2006), logiquement sorti du classement. On notera l’arrivée de Silvio Berlusconi, en bas du classement des hommes politiques. Il obtient le plus grand pourcentage de mauvaise opinion (58%). Personnalité, par ailleurs, extrêmement clivante, qui obtient le plus gros différentiel bonnes opinions/mauvaises opinions. On notera que la droite classe Silvio Berlusconi bien mieux que la gauche et… les partisans du modem. Serait-ce là une façon d’entériner le glissement à gauche du modem !?
Vous inviter à participer à ce jeu des interprétations du palmarès des personnalités européennes préférées des Français, c’est aussi pour Europanova une manière de vous inviter à prendre connaissance – sur le site et grâce à tous nos partenaires – des enjeux de la Présidence Française de l’Union Européenne (Énergie, Immigration, Climat, Défense) comme ceux de la mise en œuvre du nouveau cadre institutionnel du Traité de Lisbonne (Défendant une Europe politique et sociale, riche d’une société civile organisée, pesant dans le débat public, Europanova se réjouit plus particulièrement du renforcement des rôles des parlements européen et nationaux, du recours accru à la procédure de co-décision avec le Conseil, de la création du droit d’initiative populaire, de la dotation d’une personnalité juridique unique à l’Union…). L’appropriation citoyenne de l’Europe ne fait que commencer.
Quelques leçons à tirer néanmoins de ce palmarès : même si l’Europe des citoyens est définitivement sportive et artistique, le palmarès 2008 marque le retour des personnalités politiques ou des grandes figures de la société civile. Angela Merkel, La Reine Elisabeth et le Pape sont classés dans les dix premiers. Faut-il y voir l’attente d’une Europe « politique » et « morale » plus incarnée ? Ou encore, une prime aux valeurs sûres et à une certaine forme de « continuité » dans les parcours ? On notera le bond spectaculaire de la chancelière allemande Angela Merkel par rapport à l’ancien classement. C’est la grande gagnante du palmarès. Si les relations sont réputées difficiles avec le président Nicolas Sarkozy, elles s’avèrent au contraire idylliques avec les Français. Les Français plébiscitent Angela autant qu’ils désavouent Nicolas. Là aussi, prime à l’efficacité, au sens du collectif, au sens du politique et du public qui prévaut sur le privé ? On saluera également l’entrée de Felipe Gonzalez, président du comité des sages, chargé de réfléchir à l’avenir de l’Union Européenne à horizon 2020-2030.
La présence de telles personnalités européennes (Angela Merkel, la Reine Elisabeth, le Pape) en tête du classement souligne, par opposition, la préférence des Français pour les personnalités policés, non histrioniques, à l’image médiatique maîtrisée, associées aux valeurs du consensus et de la compétence, soucieuses de l’intérêt collectif. Peut-être une prime à l’anti-bling bling et aux postures politiques trop égotiques ?
Autre leçon à tirer ? Le palmarès fait la part belle aux femmes. Mis à part la première place attribuée à Michaël Schumacher, les personnalités qui le talonnent sont toutes des femmes, et ce dans tous les domaines : emmenées par la Reine Elisabeth, on trouve Angela Merkel (politique), Monica Belluci (artistique), Ellen Mac Arthur (sportif). Sans aller jusqu’à conforter les valeurs féministes de l’Europe, le choix des Français témoigne d’une popularité désormais paritaire entre les femmes et les hommes, voire d’une prime à la féminité.
Au regard de l’actualité politico-peopleisé, Carla Bruni fait une belle entrée dans le palmarès. Elle est la deuxième artiste européenne préférée des Français. Une première dame, qui ne serait donc pas la victime collatérale de la dégringolade présidentielle dans les sondages ? Les hommes la classent mieux que les femmes. La droite également. La gauche lui en voudrait-elle d’avoir changé de camp ? Entre Roger Federer (Suisse) et Rafael Nadal (Espagnol), le combat continue. Toujours au coude à coude… L’Espagnol (8e) l’emportant d’une place sur le Suisse (9e). On notera par ailleurs l’arrivée de Gordon Brown (23e), dont le classement renvoie à celui de Tony Blair (24e en 2006), logiquement sorti du classement. On notera l’arrivée de Silvio Berlusconi, en bas du classement des hommes politiques. Il obtient le plus grand pourcentage de mauvaise opinion (58%). Personnalité, par ailleurs, extrêmement clivante, qui obtient le plus gros différentiel bonnes opinions/mauvaises opinions. On notera que la droite classe Silvio Berlusconi bien mieux que la gauche et… les partisans du modem. Serait-ce là une façon d’entériner le glissement à gauche du modem !?
Vous inviter à participer à ce jeu des interprétations du palmarès des personnalités européennes préférées des Français, c’est aussi pour Europanova une manière de vous inviter à prendre connaissance – sur le site et grâce à tous nos partenaires – des enjeux de la Présidence Française de l’Union Européenne (Énergie, Immigration, Climat, Défense) comme ceux de la mise en œuvre du nouveau cadre institutionnel du Traité de Lisbonne (Défendant une Europe politique et sociale, riche d’une société civile organisée, pesant dans le débat public, Europanova se réjouit plus particulièrement du renforcement des rôles des parlements européen et nationaux, du recours accru à la procédure de co-décision avec le Conseil, de la création du droit d’initiative populaire, de la dotation d’une personnalité juridique unique à l’Union…). L’appropriation citoyenne de l’Europe ne fait que commencer.
Joyeux anniversaire, l'euro!
Mai 9, 2008, 7:43 am
Voilà 10 ans que l’euro nous est utile, qu’il nous protège, et pourtant il n’a pas bonne presse ! 10 ans qu’une douzaine de pays (et désormais 15) ont décidé d’adopter cette « monnaie unique », mise en circulation début 2002 et qui a investi nos poches à défaut de conquérir nos cœurs.
Disons le d’emblée : l’euro n’est pas parfait, pas plus que l’Union européenne ne l’est – y a-t-il d’ailleurs un exemple évident de perfection politique ? Mais l’euro ne mérite pas non plus tous les procès qui lui sont fait en France, beaucoup plus que dans d’autres pays l’ayant adoptés ou souhaitant le faire à brève échéance - ce qui, au passage, en dit long sur le malaise de notre pays. En cette « journée de l’Europe » au nom évocateur, la parole est donc à la défense.
Le passage à l’euro a-t-il permis une hausse indue des prix de certains produits ? Oui, probablement, comme dans d’autres pays. Mais, dans tous ces pays, et par exemple en Allemagne, l’équation euro = inflation s’est peu à peu estompée, alors qu’elle a la vie dure en France. Il est vrai que si nous continuons à traduire en franc (comme jadis en anciens francs) tous les prix actuels, nous obtiendrons fatalement des résultats supérieurs aux dernières références disponibles dans notre vieille monnaie, puisque ces références datent de 2001 (en 7 ans, les prix augmentent, c’est fatal…).
Le cours élevé de l’euro est problématique pour certaines industries, c’est incontestable, et par exemple pour vendre des Airbus (autre belle réussite européenne). L’Allemagne n’en souffre pourtant guère (9% des exportations mondiales à elle toute seule), dès lors qu’elle mise sur des créneaux productifs porteurs, conformément à une stratégie dont notre pays doit mieux s’inspirer. Et ce cours élevé de l’euro nous permet aussi d’acheter moins cher les produits que nous importons, et par exemple le pétrole : si le taux de change de l’euro était aujourd’hui conforme à son cours d’introduction, le litre de super ne coûterait pas 9 francs (c’est à dire environ 1,30 euros) mais plus de 15 ! Combien de Français le souhaitent-ils ?
Surtout, l’existence de l’euro a préservé notre pays de troubles monétaires considérables – en clair des dévaluations qu’il a jadis connues : si le Franc existait encore, il est probable que notre pays aurait été fortement sanctionné sur le marché des changes, vu ses performances économiques très moyennes, son déficit budgétaire chronique, et les crises politiques et sociales qu’il a récemment connues…
Que ceux qui cherchent à mettre en valeur « l’Europe- concrète-ayant-un-impact-direct-dans-la–vie-quotidienne-des-Français » cessent donc de ne chercher une raison d’espérer et d’argumenter que dans des projets pour demain ou après demain. Et qu’ils s’avisent que « l’euro » est sans doute l’une des réalisations les plus concrètes jamais réalisées, et que c’est d’abord elle qu’il faut s’échiner à promouvoir si l’on souhaite promouvoir la belle idée de construction européenne.
Disons le d’emblée : l’euro n’est pas parfait, pas plus que l’Union européenne ne l’est – y a-t-il d’ailleurs un exemple évident de perfection politique ? Mais l’euro ne mérite pas non plus tous les procès qui lui sont fait en France, beaucoup plus que dans d’autres pays l’ayant adoptés ou souhaitant le faire à brève échéance - ce qui, au passage, en dit long sur le malaise de notre pays. En cette « journée de l’Europe » au nom évocateur, la parole est donc à la défense.
Le passage à l’euro a-t-il permis une hausse indue des prix de certains produits ? Oui, probablement, comme dans d’autres pays. Mais, dans tous ces pays, et par exemple en Allemagne, l’équation euro = inflation s’est peu à peu estompée, alors qu’elle a la vie dure en France. Il est vrai que si nous continuons à traduire en franc (comme jadis en anciens francs) tous les prix actuels, nous obtiendrons fatalement des résultats supérieurs aux dernières références disponibles dans notre vieille monnaie, puisque ces références datent de 2001 (en 7 ans, les prix augmentent, c’est fatal…).
Le cours élevé de l’euro est problématique pour certaines industries, c’est incontestable, et par exemple pour vendre des Airbus (autre belle réussite européenne). L’Allemagne n’en souffre pourtant guère (9% des exportations mondiales à elle toute seule), dès lors qu’elle mise sur des créneaux productifs porteurs, conformément à une stratégie dont notre pays doit mieux s’inspirer. Et ce cours élevé de l’euro nous permet aussi d’acheter moins cher les produits que nous importons, et par exemple le pétrole : si le taux de change de l’euro était aujourd’hui conforme à son cours d’introduction, le litre de super ne coûterait pas 9 francs (c’est à dire environ 1,30 euros) mais plus de 15 ! Combien de Français le souhaitent-ils ?
Surtout, l’existence de l’euro a préservé notre pays de troubles monétaires considérables – en clair des dévaluations qu’il a jadis connues : si le Franc existait encore, il est probable que notre pays aurait été fortement sanctionné sur le marché des changes, vu ses performances économiques très moyennes, son déficit budgétaire chronique, et les crises politiques et sociales qu’il a récemment connues…
Que ceux qui cherchent à mettre en valeur « l’Europe- concrète-ayant-un-impact-direct-dans-la–vie-quotidienne-des-Français » cessent donc de ne chercher une raison d’espérer et d’argumenter que dans des projets pour demain ou après demain. Et qu’ils s’avisent que « l’euro » est sans doute l’une des réalisations les plus concrètes jamais réalisées, et que c’est d’abord elle qu’il faut s’échiner à promouvoir si l’on souhaite promouvoir la belle idée de construction européenne.
La ratification du Traité de Lisbonne, et après ?
Février 13, 2008, 4:56 am
Comme tout traité européen et international, le Traité de Lisbonne aurait pu être ratifié en France suite à un référendum, qui aurait permis un large et utile débat public, à l’instar de ceux qui ont eu lieu en 1992 et 2005. Il ne l’a pas été car le Président de la République a privilégié la voie parlementaire, comme il s’y était clairement engagé lors de la campagne présidentielle. La Constitution française lui laisse ce choix – alors même qu’elle impose désormais un référendum pour les futurs « élargissements » de l’UE.
Ce choix parlementaire a été contesté par ceux qui auraient préféré un nouveau référendum, sur l’air de « ce que le peuple a fait, seul le peuple peut le défaire ».
Ils ont eu raison de souligner qu’il y avait une possibilité de « contraindre » le Président de la République à recourir au référendum : si la ratification du Traité de Lisbonne supposait une majorité simple aisément identifiable à l’Assemblée et au Sénat, la révision préalable de la Constitution française supposait quant à elle une majorité des 3/5 que l’actuelle majorité ne réunissait pas à elle seule, et qui supposait donc le ralliement ou l’abstention d’une partie de l’opposition. En l’absence d’une telle majorité, la seule façon de réviser la Constitution eut été de recourir à un référendum (qui n’aurait pas porté directement sur le Traité de Lisbonne mais sur ses conséquences d’ailleurs limitées sur notre Constitution nationale).
Cette majorité des 3/5 a finalement été réunie, la révision de la Constitution entérinée puis la ratification du Traité effectuée, le tout en un temps record et suite à un débat beaucoup moins approfondi que celui du printemps 2005, d’où la perplexité assez compréhensible de maints observateurs.
Ce n’est pas en se perdant en arguties sur les raisons politiciennes ou idéologiques ayant permis de réunir une telle majorité des 3/5 qu’on parviendra le mieux à dissiper une telle perplexité, mais en assumant plus clairement quelques évidences :
- évidence juridique : lorsqu’un pays dit « non » à un Traité européen, cela ne signifie pas qu’il ne puisse plus signer ou ratifier aucun nouveau Traité européen par la suite ;
- évidence politique : puisque le Traité de Lisbonne diffère substantiellement de la Constitution européenne rejetée en 2005 (voir post précédent), rien n’obligeait à recourir à la même procédure pour le ratifier ;
- évidences diplomatiques : si les autorités gouvernementales et nombre de parlementaires de droite et de gauche ont souhaité ratifier rapidement le Traité de Lisbonne, c’est parce qu’ils ont jugé urgent de sortir du blocage européen engendré par les non français et néerlandais de 2005, mais aussi de remettre la France au centre du jeu européen alors qu’elle s’apprête à présider l’UE au deuxième semestre 2008 ;
- dernière évidence, à fois juridique, politique et diplomatique : le Traité de Lisbonne étant l’unique « plan B » ayant émergé au niveau européen depuis 2005, est-il vraiment raisonnable d’en rejeter les avancées institutionnelles non négligeables, au prétexte qu’elles ne sont pas suffisantes et qu’on pourrait faire mieux (mais quand et avec qui ? ) ?
De telles évidences ne suffiront sans doute pas à apaiser le dépit de ceux qui auraient souhaité qu le Traité de Lisbonne soit ratifié par référendum. Il faut dès lors rappeler pour conclure que le débat public sur l’UE ne saurait se réduire à quelques référendums ponctuels, et qu’il repose d’ores et déjà sur d’autres éléments. Il y a une vie démocratique après la ratification du Traité de Lisbonne !
On suggérera à cet égard de se concentrer sur les prochaines échéances européennes importantes, à savoir la « Présidence française » du deuxième semestre 2008 et surtout les élections européennes de juin 2009, qui permettront beaucoup mieux qu’un « Traité constitutionnel » ou « simplifié » de peser concrètement sur les décisions quotidiennes de l’UE.
Ce choix parlementaire a été contesté par ceux qui auraient préféré un nouveau référendum, sur l’air de « ce que le peuple a fait, seul le peuple peut le défaire ».
Ils ont eu raison de souligner qu’il y avait une possibilité de « contraindre » le Président de la République à recourir au référendum : si la ratification du Traité de Lisbonne supposait une majorité simple aisément identifiable à l’Assemblée et au Sénat, la révision préalable de la Constitution française supposait quant à elle une majorité des 3/5 que l’actuelle majorité ne réunissait pas à elle seule, et qui supposait donc le ralliement ou l’abstention d’une partie de l’opposition. En l’absence d’une telle majorité, la seule façon de réviser la Constitution eut été de recourir à un référendum (qui n’aurait pas porté directement sur le Traité de Lisbonne mais sur ses conséquences d’ailleurs limitées sur notre Constitution nationale).
Cette majorité des 3/5 a finalement été réunie, la révision de la Constitution entérinée puis la ratification du Traité effectuée, le tout en un temps record et suite à un débat beaucoup moins approfondi que celui du printemps 2005, d’où la perplexité assez compréhensible de maints observateurs.
Ce n’est pas en se perdant en arguties sur les raisons politiciennes ou idéologiques ayant permis de réunir une telle majorité des 3/5 qu’on parviendra le mieux à dissiper une telle perplexité, mais en assumant plus clairement quelques évidences :
- évidence juridique : lorsqu’un pays dit « non » à un Traité européen, cela ne signifie pas qu’il ne puisse plus signer ou ratifier aucun nouveau Traité européen par la suite ;
- évidence politique : puisque le Traité de Lisbonne diffère substantiellement de la Constitution européenne rejetée en 2005 (voir post précédent), rien n’obligeait à recourir à la même procédure pour le ratifier ;
- évidences diplomatiques : si les autorités gouvernementales et nombre de parlementaires de droite et de gauche ont souhaité ratifier rapidement le Traité de Lisbonne, c’est parce qu’ils ont jugé urgent de sortir du blocage européen engendré par les non français et néerlandais de 2005, mais aussi de remettre la France au centre du jeu européen alors qu’elle s’apprête à présider l’UE au deuxième semestre 2008 ;
- dernière évidence, à fois juridique, politique et diplomatique : le Traité de Lisbonne étant l’unique « plan B » ayant émergé au niveau européen depuis 2005, est-il vraiment raisonnable d’en rejeter les avancées institutionnelles non négligeables, au prétexte qu’elles ne sont pas suffisantes et qu’on pourrait faire mieux (mais quand et avec qui ? ) ?
De telles évidences ne suffiront sans doute pas à apaiser le dépit de ceux qui auraient souhaité qu le Traité de Lisbonne soit ratifié par référendum. Il faut dès lors rappeler pour conclure que le débat public sur l’UE ne saurait se réduire à quelques référendums ponctuels, et qu’il repose d’ores et déjà sur d’autres éléments. Il y a une vie démocratique après la ratification du Traité de Lisbonne !
On suggérera à cet égard de se concentrer sur les prochaines échéances européennes importantes, à savoir la « Présidence française » du deuxième semestre 2008 et surtout les élections européennes de juin 2009, qui permettront beaucoup mieux qu’un « Traité constitutionnel » ou « simplifié » de peser concrètement sur les décisions quotidiennes de l’UE.
Le Traité de Lisbonne n’est pas la Constitution européenne !
Février 13, 2008, 4:54 am
Les débats ayant entouré la ratification du Traité de Lisbonne en France se sont souvent fondés sur l’idée que le Traité de Lisbonne était un « copié collé » de la Constitution européenne rejetée en 2005 par les Français. Cette idée a été exprimée aussi bien par les adversaires des deux textes que par leurs promoteurs, au premier rang desquels Valery Giscard d’Estaing. Mais c’est une idée fausse, au moins sur deux points.
D’une part parce que le fameux « Titre 3 de la Partie 3 » de la Constitution européenne ne figure pas dans le Traité de Lisbonne. Cela mérite d’autant plus d’être souligné qu’il couvrait près de 300 des 450 articles de la Constitution européenne ! Et aussi parce que ces articles avaient cristallisé une bonne part du rejet de ceux qui se refusaient à « graver dans le marbre » par voie référendaire des politiques jugées trop « libérales ».
Les autres changements notables apportés par le Traité de Lisbonne par rapport à la Constitution européenne découlent de la suppression de tous les éléments laissant à penser qu’il s’agit d’établir l’UE comme une nouvelle entité politique calquée sur le modèle des Etats nations : d’où la suppression du terme même de « Constitution » », des symboles relatifs à l’UE (drapeau, hymne, etc.) ou encore du titre de « Ministre des Affaires étrangères de l’UE » - autant de modifications supposées atténuer les craintes des « souverainistes ».
Ces deux types de changements sont substantiels et déplaisent d’ailleurs aux tenants du libéralisme comme à ceux du fédéralisme européen. Ils indiquent que, comme tous les Traités européens précédents et à venir, le Traité de Lisbonne est un compromis tenant compte du contexte politique de l’heure, en l’espèce marqué par les deux « non » français et néerlandais du printemps 2005.
Pour le reste, il est tout à fait juste de souligner que le Traité de Lisbonne reprend la quasi-totalité des dispositions institutionnelles de la Constitution européenne : accroissement des pouvoirs des parlementaires européens et nationaux, transparence des votes du Conseil des ministres et passage à la majorité qualifiée pour une trentaine de sujets, création d’un poste de Président de l’UE ou d’un « droit d’initiative populaire » pour 1 millions de citoyens de l’UE etc. Voilà les avancées essentielles du Traité de Lisbonne, dont certaines permettront de démocratiser davantage le fonctionnement de l’UE : qui s’en est vraiment plaint, en 2005 comme tout récemment ?
D’une part parce que le fameux « Titre 3 de la Partie 3 » de la Constitution européenne ne figure pas dans le Traité de Lisbonne. Cela mérite d’autant plus d’être souligné qu’il couvrait près de 300 des 450 articles de la Constitution européenne ! Et aussi parce que ces articles avaient cristallisé une bonne part du rejet de ceux qui se refusaient à « graver dans le marbre » par voie référendaire des politiques jugées trop « libérales ».
Les autres changements notables apportés par le Traité de Lisbonne par rapport à la Constitution européenne découlent de la suppression de tous les éléments laissant à penser qu’il s’agit d’établir l’UE comme une nouvelle entité politique calquée sur le modèle des Etats nations : d’où la suppression du terme même de « Constitution » », des symboles relatifs à l’UE (drapeau, hymne, etc.) ou encore du titre de « Ministre des Affaires étrangères de l’UE » - autant de modifications supposées atténuer les craintes des « souverainistes ».
Ces deux types de changements sont substantiels et déplaisent d’ailleurs aux tenants du libéralisme comme à ceux du fédéralisme européen. Ils indiquent que, comme tous les Traités européens précédents et à venir, le Traité de Lisbonne est un compromis tenant compte du contexte politique de l’heure, en l’espèce marqué par les deux « non » français et néerlandais du printemps 2005.
Pour le reste, il est tout à fait juste de souligner que le Traité de Lisbonne reprend la quasi-totalité des dispositions institutionnelles de la Constitution européenne : accroissement des pouvoirs des parlementaires européens et nationaux, transparence des votes du Conseil des ministres et passage à la majorité qualifiée pour une trentaine de sujets, création d’un poste de Président de l’UE ou d’un « droit d’initiative populaire » pour 1 millions de citoyens de l’UE etc. Voilà les avancées essentielles du Traité de Lisbonne, dont certaines permettront de démocratiser davantage le fonctionnement de l’UE : qui s’en est vraiment plaint, en 2005 comme tout récemment ?
« Traité modificatif européen » : le vrai débat
Janvier 30, 2008, 12:46 pm
Le « Traité modificatif » sur lequel les chefs d’Etat et de gouvernements européens se sont entendus à Lisbonne, et qui devrait être ratifié par les 27 pays de l’Union européenne courant 2008, va susciter un double débat dans les prochaines semaines.
Il s’agira d’abord de savoir si le contenu de ce Traité est positif – et nous pensons que oui, puisqu’il apporte des réponses intéressantes, sinon complètes, aux défis institutionnels qu’affronte l’UE depuis une quinzaine d’années, et notamment celui de l’accroissement constant du nombre de ses pays membres d’une part, celui de sa démocratisation d’autre part, dès lors que l’UE intervient désormais dans de plus en plus de domaines sans que ses citoyens aient le sentiment d’avoir prise sur ses décisions.
Ce deuxième défi doit être d’autant plus évoqué que les autorités françaises ont annoncé que ce Traité serait ratifié par l’Assemblée nationale et le Sénat réunis en Congrès, privilégiant ainsi une méthode retenue par la quasi totalité des gouvernements de l’UE, mais qui suscitera d’inévitables critiques dans notre pays puisque le précédent Traité européen y avait été soumis à un référendum.
Plutôt que de pester de manière stérile, et parfois cynique, contre ce choix prétendument anti-démocratique, il nous semble essentiel d’insister sur le fait que le « Traité modificatif » est avant tout un cadre juridique et institutionnel à l’intérieur duquel le débat politique doit et peut d’ores et déjà se dérouler : la démocratie européenne est certes imparfaite, mais elle ne se réduit pas à un référendum ! Le Gouvernement français peut d’ores et déjà être sollicité et surveillé par les citoyens que nous sommes, et il exercera la Présidence de l’UE au deuxième semestre 2008. Les parlementaires européens sont nos relais naturels au niveau communautaire, et nous aurons l’occasion de désigner leurs successeurs lors des élections de juin 2009. Nos députés nationaux devraient voir leur pouvoir de contrôle sur la politique européenne de notre pays renforcé à la faveur de la « révision constitutionnelle » en cours. Les syndicats, associations et ONG à vocation européenne s’emploient à faire vivre le débat sur l’Europe de manière constante et régulière.
Il faut en outre souligner que le Traité modificatif prévoit un net accroissement des pouvoirs de décision et de contrôle des parlementaires européens, une transparence complète au Conseil des ministres lorsqu’il adopte des décisions législatives, une capacité de contrôle nouvelle des parlementaires nationaux sur les initiatives lancées par « Bruxelles », ainsi qu’un droit d’initiative populaire permettant à 1 millions de citoyens européens de demander à la Commission européenne de faire une proposition législative.
C’est bel et bien en soutenant le « Traité modificatif », quelque soit son mode de ratification, et en s’efforçant de faire vivre dès maintenant le « débat politique européen » qu’il sera possible de démocratiser l’UE et de peser efficacement sur son fonctionnement quotidien, bien davantage qu’en se limitant à appeler à un référendum à la fois réducteur et improbable.
Il s’agira d’abord de savoir si le contenu de ce Traité est positif – et nous pensons que oui, puisqu’il apporte des réponses intéressantes, sinon complètes, aux défis institutionnels qu’affronte l’UE depuis une quinzaine d’années, et notamment celui de l’accroissement constant du nombre de ses pays membres d’une part, celui de sa démocratisation d’autre part, dès lors que l’UE intervient désormais dans de plus en plus de domaines sans que ses citoyens aient le sentiment d’avoir prise sur ses décisions.
Ce deuxième défi doit être d’autant plus évoqué que les autorités françaises ont annoncé que ce Traité serait ratifié par l’Assemblée nationale et le Sénat réunis en Congrès, privilégiant ainsi une méthode retenue par la quasi totalité des gouvernements de l’UE, mais qui suscitera d’inévitables critiques dans notre pays puisque le précédent Traité européen y avait été soumis à un référendum.
Plutôt que de pester de manière stérile, et parfois cynique, contre ce choix prétendument anti-démocratique, il nous semble essentiel d’insister sur le fait que le « Traité modificatif » est avant tout un cadre juridique et institutionnel à l’intérieur duquel le débat politique doit et peut d’ores et déjà se dérouler : la démocratie européenne est certes imparfaite, mais elle ne se réduit pas à un référendum ! Le Gouvernement français peut d’ores et déjà être sollicité et surveillé par les citoyens que nous sommes, et il exercera la Présidence de l’UE au deuxième semestre 2008. Les parlementaires européens sont nos relais naturels au niveau communautaire, et nous aurons l’occasion de désigner leurs successeurs lors des élections de juin 2009. Nos députés nationaux devraient voir leur pouvoir de contrôle sur la politique européenne de notre pays renforcé à la faveur de la « révision constitutionnelle » en cours. Les syndicats, associations et ONG à vocation européenne s’emploient à faire vivre le débat sur l’Europe de manière constante et régulière.
Il faut en outre souligner que le Traité modificatif prévoit un net accroissement des pouvoirs de décision et de contrôle des parlementaires européens, une transparence complète au Conseil des ministres lorsqu’il adopte des décisions législatives, une capacité de contrôle nouvelle des parlementaires nationaux sur les initiatives lancées par « Bruxelles », ainsi qu’un droit d’initiative populaire permettant à 1 millions de citoyens européens de demander à la Commission européenne de faire une proposition législative.
C’est bel et bien en soutenant le « Traité modificatif », quelque soit son mode de ratification, et en s’efforçant de faire vivre dès maintenant le « débat politique européen » qu’il sera possible de démocratiser l’UE et de peser efficacement sur son fonctionnement quotidien, bien davantage qu’en se limitant à appeler à un référendum à la fois réducteur et improbable.
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