Europe sociale

Europe sociale

Pendant un demi-siècle, l’Union européenne a fait de la dimension sociale une caractéristique de sa construction. Dès les origines, le traité CECA a consacré la place des partenaires sociaux – représentants des travailleurs et des entreprises – que le traité de Maastricht renforcera plus tard. Aujourd’hui, les centaines de comités d’entreprise européens et les dizaines de comités sectoriels font de l’Europe le seul espace transnational disposant d’outils puissants de dialogue social.

Mais, depuis une dizaine d’années, la machine s’enraie. Il est devenu de plus en plus difficile de trouver des compromis satisfaisants dans une Europe à 27 États, aux histoires sociales et aux niveaux de développement si différents.

Il faut de façon urgente remettre au centre des préoccupations cette dimension sociale qui est la condition de l’unité des sociétés européennes. Une nouvelle stratégie sociale européenne doit ainsi voir le jour et agir sur trois terrains :

un nouvel agenda social européen pour avancer vers un marché du travail européen, condition de l’émergence d’un véritable marché du travail européen. Cet agenda devra être conçu de manière concertée entre la Commission et les partenaires sociaux, et concerner notamment la formation continue, la portabilité des droits, l’accompagnement des salaries touchés par les mutations technologiques, l’évolution des qualifications dans la perspective d’une économie durable, et plus largement la sécurisation des parcours professionnels ;

une nouvelle architecture de dialogue social dans le cadre du semestre européen. Ce dernier, qui vise à faire converger les politiques budgétaires pour assurer la stabilité monétaire, est très orienté vers la réduction des déficits et la maitrise des coûts. Il doit fournir l’occasion de bâtir un processus de dialogue social permettant de concilier au mieux enjeux économiques et sociaux au sein du gouvernement économique européen ;

l’assurance que chaque Etat de l’Union européenne garantisse un salaire plancher permettant de rompre avec la spirale de la concurrence intra-européenne en matière salariale. De façon immédiate, il faut assurer dans chaque pays de l’Union une forme de protection collective en donnant à chaque salarié la garantie d’un salaire plancher. En France, le SMIC et l’extension des conventions collectives assurent cette garantie. Ce n’est pas le cas, par exemple, en Allemagne où certains secteurs peuvent pratiquer des salaires très bas. Dans un contexte marqué par une plus grande dureté de la concurrence à l’échelle mondiale, l’Europe essaie depuis des années de s’en sortir par la baisse du coût du travail et la concurrence intra-européenne ce qui conduit à l’enfoncer dans une spirale descendante où la concurrence sociale renforcera la précarité et le nombre de travailleurs pauvres. La garantie d’un salaire minimum par pays permettrait de rompre cette tendance.