Institutions et démocraties

Institutions et démocratie 

En soixante ans, les objectifs initiaux de la construction européenne ont été atteints : créer un environnement de paix permettant de généraliser la démocratie a l’échelle du continent, de garantir des droits et libertés fondamentaux de manière effective pour tous les citoyens, d’élargir les horizons des individus en leur permettant de s’établir librement dans tous les pays de l’Union, de garantir le minimum de droits sociaux et économiques. Tout cela est désormais acquis pour un demi-milliard d’hommes et de femmes ainsi que pour 27 pays.

Bien que le bilan de la construction européenne soit remarquable, le fossé ne cesse de se creuser entre les citoyens et l’Union européenne et ce pour des raisons de nature différente (fonctionnement des institutions, stigmatisation de l’Europe par les dirigeants nationaux, résultats peu tangibles pour les citoyens, etc) et dont les conséquences affectent la légitimité démocratique de l’Europe.

Face à cette situation, nous recommandons d’agir sur 3 leviers :

L’incarnation politique : il est aujourd’hui vital pour l’Europe de définir un vrai projet porteur de valeur et de sens pour les citoyens, projet qui doit être porté par des leaders européens charismatiques. Nous pensons que l’élection d’un président européen de la Commission européenne élu par le Parlement européen sur la base d’un programme politique pourrait être un axe intéressant. Sans Commission forte en mesure de faire des propositions d’intérêt général européen, le système institutionnel européen déraille et se retrouve incapable de relever les défis de la crise. La rélégitimation de la Commission européenne passe donc par de véritables élections européennes ayant pour enjeu la désignation du président de la Commission sur la base de candidats ayant reçu l’investiture préalable des partis politiques européens et présentant des programmes politiques européens transnationaux. Afin d’améliorer la transparence, il serait opportun de demander aux candidats à ce poste de faire acte de candidature et de passer une audition publique devant le Parlement européen.

La création d’un programme d’éducation populaire à l’Europe qui permette aux citoyens de s’approprier le sujet européen et de s’inscrire dans une dynamique politique et humaine commune. Le Conseil européen pourrait être un acteur majeur en la matière en proposant à la Commission européenne les modalités de ce programme avec un baccalauréat et des programmes européens, des cours obligatoires pour les jeunes sur les questions européennes, la possibilité de formation continue pour les adultes, l’inscription dans le cahier des charges des chaines de télévision nationales d’obligations en matière d’information et d’éducation européenne comme c’est désormais le cas depuis 2009 dans le cahier des charges de France Télévisions. En outre, la mobilité des jeunes en Europe est primordiale, c’est pourquoi EuropaNova a fortement milité sur le sujet afin que tous les étudiants européens et les enseignants puissent aller à l’étranger pour passer une année dans une université européenne.

La création d’un espace communicationnel tant au niveau institutionnel que médiatique est également souhaitable et dispose d’une grande marge de progression. La coopération entre les institutions européennes, régionales et locales comme la stratégie des bureaux d’information de la Commission et du Parlement devraient être renforcées. Les Commissaires européens, les eurodéputés et les directeurs généraux de l’administration bruxelloise devraient beaucoup plus souvent se déplacer auprès des citoyens pour échanger sur leur action. Les médias publics européens, papier ou audiovisuels, aujourd’hui quasi inexistants, ont un rôle fondamental pour renforcer le sentiment d’adhésion des citoyens.