De l'enjeu macédonien

28/9/2018

De l'enjeu macédonien


Ce dimanche 30 septembre, le gouvernement macédonien de Zoran Zaev appelle les citoyens aux urnes pour répondre à la question suivante : "Êtes-vous pour l'adhésion à l'Union européenne et à l'OTAN, en acceptant l'accord entre la République de Macédoine et la République de Grèce?".

Officiellement « ARYM » (Ancienne République Yougoslave de Macédoine), la « République de Macédoine » peine à faire reconnaître le nom qu’elle a choisi lors de son indépendance, il y a 27 ans. Le référendum viendrait ainsi résoudre le long litige opposant la Macédoine à la Grèce, qui revendique l’héritage culturel du nom de Macédoine. La querelle est loin d’être vaine ; elle constitue l’un des principaux obstacles à l’intégration euro-atlantique de la République ex-yougoslave, la Grèce opposant son veto aux autres Etats-membres de l’UE et de l’OTAN à l’encontre de son voisin. Ces points expliquent la formulation de la question posée aux électeurs macédoniens ce dimanche.

L’arrivée de Zoran Zaev (SDSM, parti social-démocrate – centre gauche) à la tête du gouvernement, le 31 mai 2017, a permis la reprise du dialogue entre les deux Etats. Il déclare prendre les commandes d’un « gouvernement responsable, réformiste et européen », en rupture avec les usages de son prédécesseur, le conservateur Nikola Gruevski du VMRO-DPMNE (parti chrétien-démocrate, droite nationaliste). Ce dernier, se focalisant sur une stratégie « d’antiquisation » de l’identité macédonienne, s’est évertué à marteler des références historiques - chapitre sensible de ce désaccord autour du nom – tout au long de ses mandats successifs. Ainsi, les gouvernements de la décennie précédente ont amenuisé l’intérêt des Macédoniens pour l’Europe. Alors qu’ils étaient 95% à souhaiter l’adhésion au début des années 2000, ils n’étaient plus que 60% en 2015. Jusqu’à présent, les décideurs européens semblent avoir voulu maintenir leurs distances vis-à-vis de la résolution du litige sur le nom. Peu à peu, les pressions s’intensifient car résoudre la question est devenu urgent. L’absence de solution a pu alimenter, pendant plus de 25 ans, une insécurité identitaire, confortée par des discours nationalistes. Aujourd’hui, l’opposition reste campée sur ce discours ; ici se pose l’autre défi que les partisans du « oui » au référendum doivent relever ce 30 septembre.

Ce référendum est l’aboutissement d’un travail intense de négociation. Le 17 juin 2018, les deux ministres des Affaires Etrangères, le Grec Nikos Kotzias et le Macédonien, Nikola Dimitrov, signent un accord qualifié d’historique ; l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine est baptisée « République de Macédoine du Nord ». Cependant, le texte doit être adopté par le parlement macédonien, légitimé par référendum et acté par une révision constitutionnelle. Pour obtenir cette dernière, les deux tiers de l’Assemblée doivent voter favorablement. Avant même d’avoir à se confronter aux parlementaires, le gouvernement Zaev doit réunir massivement les électeurs en faveur du « oui ».

Or, nombreux sont les macédoniens réunis ces derniers mois pour exprimer leur mécontentement face à l’accord du 17 juin. Au-delà, nombreux aussi sont ceux qui se disent ne pas se sentir concernés par ce référendum. Alors que la diaspora macédonienne se montre peu mobilisée, avec seulement 2755 personnes enregistrées sur les listes électorales, la possibilité d’envisager de nouveau les négociations pour une adhésion à l’UE et à l’OTAN se voit rattrapée par une mauvaise image des institutions européennes, combinée à un agenda bruxellois peu clair sur la question de l’élargissement. Dans ce contexte, l’issue du référendum de ce dimanche est très incertaine : pas tant pour le taux du « oui » que pour le taux de participation.

Finalement, l’enjeu de ce référendum n’est pas uniquement la résolution d’un désaccord vieux de 27 ans. Si le règlement arrive à terme, cela permettra à un jeune Etat d’entamer son intégration euro-atlantique. A cela s’ajoute un élément très important, malheureusement trop peu mis en avant - celui de la stabilité des Balkans. Dans une perspective d’Europe apaisée, l’issue de ce référendum et un suivi scrupuleux par l’UE est déterminant ; il convient maintenant de faire preuve de solidarité et d’intérêt pour ce pays qui rêve plus des critères de Copenhague que des critères de Maastricht.



Maria-Christina Sotiropoulou  

Elise Bernard

EuropaNova