Désinformation et Covid-19 : Une attaque contre l’Etat de droit européen

par Elise Bernard et Raphaël Cario

Le 24 avril 2020 le New York Times a publié un article provoquant de nombreuses réactions institutionnelles notamment au sein de la Commission Européenne : « Pressured by China, EU softens report on Covid-19 disinformation. »[1]. Il présente les pressions émises par Pékin pour limiter les critiques par des acteurs européens de sa politique de désinformation durant la pandémie. Ces pressions s’inscrivent dans un contexte plus général d’attaque contre l’Etat de droit européen de la part des nouvelles puissances illibérales. Quelles soient internes ou externes à l’Union, explicites ou implicites, le projet européen de protection des libertés fondamentales est mis à mal par ces attaques. Les politiques de désinformation qui se sont illustrées pendant la pandémie sont un exemple flagrant de leur réalité, de leur objet ainsi que de la réponse limitée des acteurs européens.

La création de cette Task Force de lutte contre la désinformation s'ancre dans le contexte d'une nouvelle ambition géopolitique de la Commission Européenne. Elle vise à répondre aux pressions d’acteurs étatiques extérieurs à l’Union. Depuis 2015, donc depuis le prédécesseur de Josep Borrell, Haut-représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité – Mme Mogherini –, l’UE dit lutter contre la désinformation. Un service spécifique a été créé à la suite d’une décision du Conseil Européen de mars 2015 [2] : les exécutifs des Etats membres se sont mis d’accord pour créer ladite Task Force StratCom afin de « répondre aux campagnes de désinformation actuellement menées par la Russie. ». Cette Task Force a alors pour mission, conjointement avec les autres services compétents de la Commission, d’améliorer les réponses de l’UE afin de prévoir les activités de désinformation pro- Kremlin, d’y riposter, et de sensibiliser le public. Nous nous rendons malheureusement compte, au regard de cet article du Times, que cette mission est loin d’avoir été remplie.