Étapes pour une diplomatie européenne commune face à la Chine

19/4/2021

La Chine est le pays avec lequel l’Union européenne a la relation la plus déséquilibrée : en 2018, le déficit commercial de l’UE vis-à-vis de la Chine était de 184 milliards d’euros. Les Etats membres ont importé deux fois plus de produits chinois qu’ils n’en ont exporté. Par conséquent, l’accord global sur les investissements, conclu en cette fin 2020 entre la Chine et l’Union européenne, incarne une nouvelle tentative de coopération entre les deux acteurs économiques, révélateur de leur interdépendance et de l’existence d’intérêts économiques communs.

L’ouverture du marché chinois : La triple ambition du CAI

Mettre fin aux transferts technologiques forcés comme c’est le cas dans les secteurs automobile ou ferroviaire.

Faire respecter les règles liées au développement durable (Accords de Rio), à la protection effective de l’environnement (Accords de Paris) et aux droits des travailleurs (Conventions de l’OIT).

Contribuer à une meilleure réciprocité des liens économiques entre les deux blocs pour ainsi permettre un meilleur accès au marché chinois pour les entreprises européennes.

Assurer un traitement équitable entre les entreprises chinoises et européennes en obtenant davantage de transparence dans l'octroi de subventions publiques aux entreprises chinoises.

Une victoire en demi-teinte : le manque d’engagements chinois

L’accord pourrait donner une garantie morale à la Chine sans qu’elle ait à tenir ses engagements.

Le précédent avec l’Australie donne des raisons de douter de la bonne foi des engagements chinois et de leur respect potentiel, toutes proportions gardées au regard des différences entre les deux accords.

La clé des relations EU-Chine est donc la mise en œuvre des accords et la volonté politique européenne de mettre en action ses leviers d’application.

Les outils pré-existants de l’UE

Outil 1 : Le contrôle des investissements étrangers. Ce système s’applique aux pays tiers depuis le 11 octobre 2020 et permet aux Etats membres qui le souhaitent de contrôler les investissements étrangers qui les préoccupent.

Outils 2 : les réglementations antidumping. Modernisées en 2018 pour les rendre plus efficaces et transparentes, elles doivent être complétées courant 2021 par l’inclusion du secteur des services et de la propriété intellectuelle.

Outils 3 : Le renforcement de la réglementation européenne sur la RSEE. En attente de proposition législative de la part de la Commission européenne, notamment dans le contexte de la persécution de la minorité Ouïghoure dans des camps de travail en Chine.

Conclusion: moins la création de nouveaux outils, c’est leur utilisation raisonnée qui doit mener la diplomatie européenne.

3 étapes pour une réponse efficace, au delà des instruments préexistants

Proposition 1 : Un position commune entre les Etats membres ce qui implique des négociations, au sein du Conseil, avec une issue claire au plus tôt sur deux points (propositions 2 et 3)

Proposition 2 : Une autonomie stratégique au sein de l’alliance atlantique, attendant une véritable Europe de la défense, affirmer la puissance normative de l’Union sans pour autant se vassaliser.

Proposition 3 : La “méthode Barnier”, création d’une task force,inspirée par celle mise en place dans les négociations pour le Brexit, permettant la centralisation des positions européennes et la possibilité de tirer pleinement parti de l’avantage comparatif du Two-Level Bargaining décrite par Robert Putnam.

par Raphaël Cario et Pauline Robert sous la direction de Élise Bernard, directrice des Etudes

Comité de relecture

Interne: Edouard Gaudot, historien et ancien conseiller politique au PE, Administrateur d'Europanova

Externe: Antoine Bondaz, Chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique