L'ordre international et le projet européen à l'heure du COVID-19

Le COVID-19, la maladie causée par le nouveau coronavirus et qui s'est rapidement transformée en pandémie, pourrait devenir la goutte d'eau qui fait déborder le vase. L'ordre libéral international, et l'Union européenne en son sein, sont en difficulté depuis des années. Contestés de l'extérieur par des puissances défiantes et illibérales comme la Chine et la Russie, tout autant que de l'intérieur, Donald Trump ayant renié l'ordre que son pays avait établi et maintenu, les règles, normes et institutions qui ont régi la société internationale pendant plus de soixante-dix ans s’affaiblissent. L'UE, pour sa part, a été ébranlée par les crises successives de la zone euro et des réfugiés, tandis que son voisinage s’enfonçait dans des conflits les menaçant d’effondrement. Le COVID-19 pourrait être perçu comme le coup fatal ébranlant cet ordre international fondé sur des règles avec le projet européen en son sein. Mais il pourrait aussi permettre à ce projet européen de renaître de ses cendres. Cela dépendra surtout de la manière dont l'Europe fera face à cette crise, tant au sein de l’Union qu’à l’international.


Le rideau commence à se baisser. Finie la phase de déni, de tergiversation et des dangereuses théories de l’immunité collective. Néanmoins, malgré le coût tant politique, que social et économique, force est de constater que l’enfermement temporaire semble inévitable afin de maîtriser la pandémie.

Nous nous sommes progressivement enfermés chez nous pour nous protéger nous ainsi que nos proches et notre communauté. Nos enfants ne vont pas à l'école, ils ne peuvent pas rendre visite à leurs grands-parents et ils font l’expérience des rencontres virtuelles avec leurs amis. Nous travaillons à la maison, limitant nos sorties à des fins alimentaires et sanitaires, si ce n’est pour chanter ou applaudir depuis nos balcons, en gage de solidarité. Les rues sont vides, ce qui donne à nos villes une tranquillité sinistrement belle que nous n'avions pas connue jusqu'à présent. Nos frontières sont fermées, parfois de jure et plus souvent de facto, car la mobilité à l'intérieur de l’Union, mais aussi entre l'Europe, les États-Unis et l'Asie est réduite à sa plus simple expression.

Est-ce là la justification ultime du programme de fermeture préconisé depuis des années par les populistes nationalistes ? Cela prouve-t-il la sagesse du protectionnisme commercial, du Brexit ou des fils barbelés, des murs et des ports fermés aux migrants ? Étions-nous, les libéraux, dans le faux ? Avions-nous, « libéraux », tout simplement tort ? 


Un article traduit par Charles Allaigre et édité par Cécile Bialot.