10 points sur l'espace géopolitique Afrique/Europe, points de départ pour une relation innovante à construire

Selon les chiffres publiés par le Centre pour la prévention et le contrôle des maladies de l’Union Africaine[1], la pandémie de Covid-19 progresse sur le continent africain. Si, au niveau local, la population peut se mettre d’elle-même en quarantaine sans attendre les consignes officielles du fait de la forte expérience du continent dans la lutte contre les pandémies[2] et du confinement, la réponse est beaucoup moins évidente dans les grandes villes. Ainsi, les pouvoirs publics ont pris des mesures d’urgence conformément à leurs constitutions et droits nationaux dès l’apparition des premiers cas de Covid-19 en Afrique[3]. De l’Egypte en passant par le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la R.D Congo et l’Afrique du Sud, l’état d’urgence sanitaire fait appliquer un confinement graduel ou total, d’autres un couvre-feu. Ces mesures ont une incidence directe sur les libertés publiques ainsi que sur la situation socio-économique du fait de la place centrale de l’économie informelle, difficile à quantifier par nature. Le secteur informel occupe une place centrale dans toutes les sociétés africaines et fonctionne comme un amortisseur social. Il correspond notamment à une vision particulière des rapports humains et, du fait des mesures de distanciation, son rôle sera neutralisé et pourrait entraîner 27 millions d’Africains dans une situation de pauvreté extrême[4]. Face à la vulnérabilité de l’Afrique au Covid-19, l’Union européenne peut apporter une aide nécessaire pour faire face aux conséquences graves de la pandémie[5]. Si les moyens existent, il convient toutefois de promouvoir de nouveaux mécanismes[6]. En effet, face aux tumultes de la guerre commerciale États-Unis/Chine/Union européenne, du MERCOSUR et du Brexit, l’Afrique est loin d’avoir constitué une priorité dans l’agenda européen en maintenant des schémas qui s’avèrent non suffisamment efficaces, en particulier face à la crise liée à la pandémie. Ceci est regrettable alors que nos deux continents entretiennent d’étroites relations, historiques, culturelles, économiques et humaines, et sont voués à en développer davantage. L’Europe et l’Afrique s’inspirent sans cesse, même si, a priori, certains Etats membres sont plus concernés que d’autres.


Dans un contexte postcolonial marqué par les désaccords sur la nature des relations que la Communauté Économique Européenne (CEE) peut avoir avec les anciennes colonies de ses États membres, le continent africain s’est imposé comme l’un des premiers avec lequel la toute jeune communauté sui generis a commencé à tisser des relations extérieures. La CEE, avec la Convention de Yaoundé de 1963, s’est montrée capable, à travers ses outils économiques et financiers, d’aller au-delà des relations bilatérales traditionnelles. Le pragmatisme néo-fonctionnaliste des pères fondateurs a donc contribué à faire émerger une action internationale européenne commune distincte de celle des États[7]

Il faut cependant bien admettre que cette relation se fonde sur des enjeux et outils de puissance civile, bien loin de l’égalité souveraine des États prévue par les principes de droit international public[8]. Lors du Sommet du Caire en 2000, les relations entre les deux continents semblent encore marquées par une forte asymétrie. Partant du principe qu’il convient toujours de promouvoir l’aide au développement, la sécurité du continent, le contrôle des migrations et des prétentions humanitaires, la promotion des intérêts économiques et stratégiques de l’Union européenne (UE)[9], suivent la signature de la convention de Lomé[10], à laquelle succèdent les accords de Cotonou. A la veille de l’accord « post-Cotonou »[11] et du prochain « Sommet Union européenne - Union africaine », de plus en plus d’acteurs institutionnels, économiques, universitaires et civils, avancent la nécessité de repenser les échelles pertinentes des relations euro-africaines afin que celles- ci revêtent, a minima, la clarté réclamée par les acteurs de la société civile organisée. La pandémie de Covid-19 et les besoins de réponses efficaces et visibles rend cette nécessité urgente.

par Elise Bernard et Olivier Vallée

Article publié le
10/5/2020