Conversations européennes #13 - Note de contexte

Élément récurrent du débat public et des derniers grands rendez-vous électoraux, le terme de fake news s’est répandu jusqu’à toucher tous les domaines de notre vie quotidienne. En effet, si nos sociétés n’ont jamais été aussi informées sur ce qu’il se passe dans le monde, l’accès élargi à l’information semble se retourner contre le citoyen ; derrière un phénomène régulièrement dénoncé, apparaissent plusieurs notions qui nécessitent définition et éclairage avant d’engager un débat.

D’une part, l’information – telle que nous la considérons ici – se définit par l’ensemble des faits portés à la connaissance du public, après un travail journalistique de vérification destiné à publier de la manière la plus exacte possible. D’autre part, derrière le terme de fake news, popularisé par Donald Trump le répétant inlassablement aux journalistes soulevant les incohérences de ses discours, plusieurs réalités se rejoignent. La traduction littérale de fake news signifie « article faux » au sens de la parodie – qu’elle soit humoristique ou non. Au-delà, si de manière générale l’emploi du terme fake news indique que nous sommes confrontés à une fausse information utilisée dans le but d’influencer les lecteurs, actuellement tout spécifiquement, dans un contexte de communication politique, l’objectif est d’influencer les électeurs.

Devant la difficulté d’utiliser un terme plus complexe à appréhender qu’il n’y paraît, la commission d’enrichissement de la langue française a par exemple choisi de franciser le terme en « infox », contraction d’information et d’intoxication, pour désigner « une information mensongère ou délibérément biaisée, répandue par exemple pour favoriser un parti politique au détriment d’un autre, pour entacher la réputation d’une personnalité ou d’une entreprise, ou encore pour contredire une vérité scientifique établie »*.

Si le phénomène de la rumeur a toujours existé, comme le rappellent les grands « faux » qui émaillent l’Histoire, du « protocole des sages de Sion » à la « rumeur d’Orléans », il semble prendre une ampleur démesurée à l’heure des réseaux sociaux - caisse de résonance et de propagation instantanée - et participe à la fabrication d’une opinion nourrie par les mensonges ou des opinions prises pour des faits. Au-delà de la propagation des faits erronés ou biaisés, l’utilisation de l’infox joue sur les émotions des électeurs susceptibles de se transformer en voix, au moment des élections. Loin d’être hasardeuse, la fabrication d’infox demande – ironiquement – une forme de rigueur si l’objectif souhaite être atteint.

En Europe, le référendum sur le Brexit a vu circuler, en ligne et dans les médias traditionnels, un nombre record de fausses informations. La plus célèbre - et dommageable - reste probablement celle indiquant que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne leur permettrait d’économiser 350 millions de Livres par semaine. Une autre infox diffusée par le tabloïd The Sun indiquait par exemple que la Reine Elisabeth, pourtant soumise à un devoir de neutralité, soutenait le Brexit.

Devant un tel phénomène, la plupart des grands journaux ont mis en place des services dédiés à la traque de ces infox qui polluent le débat et les campagnes politiques. Les décodeurs du Monde, Check News à Libération, AFP Factuel, entre autres, mobilisent des équipes dédiées à la chasse aux fausses informations. Les mêmes démarches ont été entreprises dans de nombreux organes de presse ailleurs en Europe. Les fake news sont devenues une composante intégrale des campagnes politiques, depuis plusieurs années, au même titre que d’autres paramètres auparavant mieux identifiés.

La réponse devient également institutionnelle et, aujourd’hui, juridique avec la mise en place de dispositifs légaux, les lois « relatives à la lutte contre la manipulation de l’information », dites « lois anti-fake news ». Si un candidat ou un parti considère que des « allégations ou imputations inexactes ou trompeuses d’un fait de nature à altérer la sincérité du scrutin, diffusées de manière délibérée, artificielle ou automatisée et massive »** sont colportées, il peut demander à faire cesser leur diffusion. Nombreux sont ceux réclamant une auto-régulation, qui passerait par une action éducative - l’éducation aux médias -, plutôt que par une loi – générale et impersonnelle - donc inadaptée.

L’Union européenne a également renforcé son dispositif à l’approche des élections européennes avec notamment la volonté de parer aux ingérences étrangères, dans la campagne. Le budget de la communication stratégique de Service européen d’action extérieure, qui lutte contre la désinformation, est passé de 1,9 million à 5 millions en un an. Au-delà des opérations en ligne contre les robots informatiques et outils destinés à diffuser de fausses informations, l’accent est mis auprès des États membres sur la nécessité d’actions éducatives afin de donner au plus grand nombre les moyens de se prémunir, soi-même, contre ces fake news.

Devant un phénomène devenu incontournable, quels moyens pour quelle efficacité dans ce combat contre les infox, à l’heure où la défiance à l’encontre des médias et des institutions nourrit un terreau déjà fertile ?

* « Recommandation sur les équivalents français à donner à l'expression fake news », JORF du 4 octobre 2018 n° 113, Disponible sur Legifrance, en ligne : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000037460897&dateTexte=&categorieLien=id
** Mathieu Jublin, « "FAKE NEWS !" (1/5) - Loi contre la "manipulation de l’information" : un combat perdu d’avance ? »,  LCI, 05 avril 2019. Disponible en ligne sur : https://www.lci.fr/population/fake-news-1-5-loi-contre-la-manipulation- de-l-information-un-combat-perdu-d-avance-2117268.html

Article publié le
14/5/2019