Débat déliberatif - concrétiser l'amitié européenne: intégration, coopération, échanges

Débat délibératif

Concrétiser l’amitié européenne

Intégration – Coopération – Echanges

Jeudi 10 octobre 2019

64bis Avenue de New York, Paris

Alors que du 15 au 17 octobre 2019 se tient le sommet européen qui décidera de l’avenir des négociations d’adhésions de la Macédoine du Nord, ce pays de 2,1 millions d’habitants voit en ce rapprochement avec l’Union européenne une nouvelle dynamique ; l’ancienne République fédérée yougoslave, un an après l’accord Prespa, redevient un sujet couvert par les médias français. Le débat délibératif organisé au sein des locaux d’EuropaNova poursuit l’objectif d’un échange d’opinion entre les étudiants du Master Etudes Européennes de la Sorbonne Nouvelle et des députés nord macédoniens : Pançe Ivanov (Président du groupe parlementaire pour al coopération avec la France), Betian Kitev, Lidija Tasevska, Nikola Poposki, Vesna Damcevska-Ilievska, Daniela Rangelova et Fadil Zendeli Elise Bernard, directrice des études d’EuropaNova, a ouvert l’évènement en rappelant la nécessité pour les Etats membres de l’Union Européenne d’entretenir le dialogue avec les Etats candidats, sans attendre l’ouverture -ou non – des négociations. Ce dialogue ne peut se limiter à des conclusions du Conseil européen : l’amitié européenne doit se concrétiser et être visible, le débat quant aux avantages et inconvénients de chaque adhésion doit être maintenu au-delà des grandes échéances institutionnelles. Ce qui nous unit sur le continent ne peut se limiter aux « grandes messes » de l’exécutif européen. Les étudiants, répartis en groupes de réflexion, chacun présidé par un député macédonien, ont ainsi eu l’occasion de poser des questions à ces parlementaires sur les thèmes du terrorisme, de l’immigration et des “fake news”. Le candidat macédonien ayant, sur ces sujets, des éléments en sa faveur et d’autres à améliorer.

Après une heure de débats en table, chacune envoie un porte-parole partager avec la totalité des participants le résumé de la discussion de son groupe et ses conclusions.

1er pilier : le terrorisme

Une des préoccupations majeures de l’Union européenne est la sécurité. La Macédoine apporte son soutien militaire dans diverses zones de conflits mais n’est pas aussi impactée par le terrorisme comme a pu l'être la France, en particulier. Néanmoins, le sujet revêt une importance primordiale pour les deux pays.

En effet, la montée du djihadisme est perceptible depuis les années 1990 avec l’arrivée des mudjahidins en renfort des combattants musulmans pendant les conflits yougoslaves. Cela reste une question d’actualité au regard du nombre de citoyens des pays balkaniques partant en Moyen-Orient. Au-delà, des ONG à vocation salafiste sont financées par des monarchies du Golfe sous couvert de fins humanitaires et caritatives. En Macédoine du Nord tout particulièrement, l’ONG Bamiresia, dirigée par un clerc radical Bekir Halimi, a pu être impliquée dans un scandale de blanchiment d’argent, à des fins terroristes.

Si le terrorisme reste un problème en Macédoine du Nord, la violence du passé n’a rien à voir avec celle actuelle, le pays a amorcé une transition pacifiée.

Au-delà, l’intégration de la Macédoine du Nord à l’UE serait un avantage au niveau sécuritaire puisqu’il permettrait une extension de la zone d’influence de l’UE, dans un pays qui maintient d’excellentes relations avec la Turquie et la Russie.

Les parlementaires ont mis en exergue la contribution active de la Macédoine du Nord dans la défense de la sécurité internationale : les troupes macédoniennes sont maintenant déployées au Mali, en Bosnie Herzégovine, Afghanistan pour garantir la sécurité à l’étranger aussi. Pour la même raison, le pays souhaite intégrer les organisations de sécurité internationale comme l’OTAN.

Malheureusement, et la faible participation au référendum organisé pour décider d’une possible adhésion à l’OTAN en témoigne, la population ne semble pas être attachée à ces enjeux actuellement.

Les propositions formulées s’orientent ensuite vers un approfondissement des réformes prises par le Gouvernement dans le contrôle d’accès aux frontières notamment des personnes ayant séjourné dans des zones de djihad.

2e pilier : les migrations

En 2015, la Macédoine du Nord s’est tristement retrouvée médiatisée à ce propos. En 2016, l’accord entre l’UE et la Turquie, qui prévoit le rapatriement des réfugiés vers la Turquie, a pu être compris comme un moyen de mettre fin à la route des Balkans. Toutefois, la situation ne s’est pas améliorée du fait du développement du trafic illicite, du recours aux passeurs, de la traite des êtres humains et de l’instrumentalisation de l’information.

Les parlementaires ont soulevé que la Macédoine du Nord a déjà fait des progrès en matière de droit des migrants et leur accueil. En effet, la législation relative au droit d’asile a permis au pays de délivrer des certificats de résidence afin de limiter les situations encourageant à considérer uniquement comme un pays de transition. Du temps des combats au Kosovo, de nombreux réfugiés se sont installés en Macédoine du Nord mais la plupart sont retournés dans leur pays. Pourtant, le pays peut devenir un lieu d’accueil.

Si les élus macédoniens relèvent des effets positifs à propos de l’accord UE-Turquie, la situation reste problématique pour le trafic illicite, l’utilisation des passeurs, la traite d’êtres humains. De plus, même si les possibilités de rester en Macédoine se multiplient, une grande majorité de migrants privilégient continuer leur route vers l’Ouest.

A régulièrement été soulevé le problème de “la fuite des cerveaux” que la Macédoine subit très durement. En effet, l’ouverture des frontières et la mobilité a permis aux jeunes générations de pouvoir aller étudier ailleurs, la majorité restant dans le pays dans lequel ils ont pu poursuivre leurs études supérieures. Ce point constitue un véritable enjeu pour le pays ; une intégration à l’UE permettrait à la Macédoine, de devenir un pays plus attractif afin de compenser la perte des jeunes talents de ces dernières années.

En définitive, la Macédoine du Nord a, du point de vue législatif, engagé des réformes pour d’une part réformer le pays et d’autre part répondre le plus possible aux attentes de l’UE mais cela n’est pas suffisant. La question migratoire est un des points qui nécessite un dialogue approfondi avec les institutions de l’UE et les autres Etats membres et candidats pour répondre au mieux au besoin des deux parties.

3e pilier : les « fake news »

La ville de Vélès, située en Macédoine du Nord, est devenue – tristement – célèbre du fait de sa qualification de « capitale des fake news » ; de là, de nombreuses fausses informations ont pu être émises pendant les élections présidentielles américaines de 2016. En 2018, ce point de départ a pu encore être constaté à propos de fausses informations diffusées à propos de l’accord de Prespa, de l’OTAN, et de l’UE, au moment du référendum.

Les parlementaires macédoniens affirment que les médias nationaux sont maintenant privés et indépendants. Ils assurent que la majorité des macédoniens veut voir son pays rejoindre l’UE, même si le pourcentage d’opinion favorable est passé de 90% à 74%. Les fausses informations ont probablement eu un effet quant à cette baisse mais la raison principale tient plutôt au fait que l’ouverture des négociations est sans cesse repoussé.

Plusieurs groupes se sont interrogés sur les moyens de contrôle du gouvernement face à ces fake news. Les institutions ont montré leurs limites à endiguer ce phénomène. Toutefois, une plateforme de référencement des plateformes internet diffusant ces fausses informations a été créée. Cela a permis une diminution notable du phénomène, même si, comme le déplore certains parlementaires, cela reste une “arme” encore fréquemment utilisée par certains activistes politiques.

Il a ainsi été suggéré d’instaurer un dialogue avec des entreprises telles Facebook, pour assurer un meilleur filtrage, le risque étant toutefois pour certains de tomber dans les travers de la censure.

Conclusion

La séance a été conclue par M. le Président de la délégation, Pançe Ivanov, qui a exprimé son enthousiasme de pouvoir échanger avec des étudiants. Cette rencontre avait pour but principal de réunir ces derniers à une même table afin d’échanger et de s’informer sur la question de la candidature de la Macédoine du Nord dans l’Union Européenne, un processus enclenché depuis plusieurs années. Les échanges furent très informatifs, constructifs et surtout ouverts.

Les jeunes français peuvent maintenant partager leur expérience quant à la nouvelle image qu’ils ont acquise – et ainsi mettre fin aux clichés – sur ce pays. La délégation nord macédonienne a pu s’exprimer et répondre à toutes les questions posées par les étudiants et chercheurs présents. Au-delà de l’image permettant de concrétiser l’amitié européenne, le débat fait aussi passer le message que l’acceptation de toutes les candidatures à l’UE n’est pas un ‘oui’ par principe, décidé au niveau des exécutifs. Il doit impliquer les citoyens et les représentants des pouvoirs législatifs qui doivent pouvoir détenir un maximum d’informations pour discuter des points positifs et négatifs et proposer des solutions.

Article publié le
10/10/2019