Hommage à Gisèle Halimi - EuropaNova

INTRODUCTION

Avocate, militante, autrice, femme engagée pour faire évoluer le droit et les mentalités dans le sens de l’émancipation des opprimés, Gisèle Halimi a profondément marqué l’histoire. EuropaNova revient sur la carrière de cette femme d’action, européenne de cœur et de raison, qui a fait de la lutte contre toutes les formes de discrimination le combat de sa vie.

Son engagement se manifeste très tôt, dès l’âge de 10 ans, elle refuse l’inégalité entre ses frères et elle quant aux tâches à effectuer au sein du foyer, qu’elle ne comprend pas. Elle en dit : « Je trouvais cela stupéfiant. Pourquoi ? Au nomde quoi ? Avant même la révolte, je ressentais une immense perplexité. ». Une perplexité qui se mue en volonté de transformer profondément cette société patriarcale, en passant par une évolution des mentalités.

Pour Gisèle Halimi, la cause anticolonialiste, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la lutte pour la cause du droit des femmes sont profondément liés, et font partie d’un même combat, celui de la justice et de l’humanité. C’est ainsi que l’historien Benjamin Stora la définit comme une « combattante de l’universel », son rapport au réel la pousse dans ce combat à œuvrer pour un monde plus juste. Pour mettre fin aux oppressions quelles qu’elles soient, ses armes sont la transformation du droit, son application, et l’implication de la société civile.

Née en Tunisie en 1927, elle prête serment au barreau de Tunis à 22 ans, s’en-gage pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes puis glisse naturelle-ment vers les luttes féministes.

Elle fait du droit son moyen d’action, son levier de changement. En 1961, entant qu’avocate de Djamila Boupacha - accusée d’avoir déposé une bombe pour le Front de Libération Nationale de l’Algérie, torturée et violée par des militaires français - elle remet en cause la peine de mort et promeut le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ainsi que la liberté fondamentale des femmes à disposer de leur corps. Son action est décisive dans le processus de décolonisation algérien. En affichant son refus de l’oppression et de la domination, elle se bat contre ce qu’elle n’estime, depuis son plus jeune âge, « pas juste », avec courage et en dépit des menaces de mort qui lui sont adressées.

Pour Gisèle Halimi, le droit constitue un moyen de transformer la société, elle se distingue par sa volonté d’impliquer la société civile dans l’injustice que permet la loi. Elle permet aux voix des opprimés de s’élever, de prendre de l’ampleur, elle sensibilise l’opinion publique aux sujets qu’elle porte. En interpellant les citoyens, le monde politique, le milieu médical, elle agit sur l’application du droit, pour que la décision rendue par les magistrats soit prise en pleine connaissance de cause, dans une société prête à la défendre. Sa confiance dans le pouvoir du droit et la démocratie lui donne la force d’agir, à la fois sur les textes juridiques et sur leur application, au travers de revirements de jurisprudence spectaculaires.

En 1972, le procès de Bobigny donne ainsi lieu à une mobilisation considérable des femmes pour leurs droits. Elle s’inscrit dans la loi, la mobilisation qu’elle engendre crée une conjoncture favorable pour la loi Veil de 1975. Avec le procès pour viol d’Aix en Provence, en 1978, elle entérine son mode d’action : elle refuse le huis-clos, souhaite que l’opinion publique sache, apprenne, elle souhaite que les violeurs répondent de leurs actes devant cette opinion publique.Son action va plus loin que la défense d’un cas d’espèce, elle vise la sensibilisation la plus vaste possible et fait preuve de pédagogie à grande échelle.

Article publié le
16/2/2022