Le gazoduc Nord Stream 2 reliant la Russie à l’Allemagne est-il un projet plus politique qu’économique ?

Article rédigé par Christan Casper

Selon une étude de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (IRSEM), ce second projet de gazoduc traversant la mer baltique met en lumière certaines divergences des États membres de l’UE. En effet, quant à la conduite à tenir vis-à-vis de la Russie et en ce qui concerne l’adéquation de leurs principes politiques avec leurs intérêts économiques, l’unanimité est loin d’être de mise.

La construction de ce gazoduc par Gazprom est actuellement réalisée à 75%. Son avancement s’est vu retardé, notamment par la décision du Danemark de ne pas permettre son passage, par ses eaux territoriales, dans la Baltique. Ce refus a été levé le 30 octobre 2019. Ce nouveau gazoduc doit permettre d’augmenter sensiblement l’arrivée de gaz russe en Allemagne via la mer Baltique à l’horizon 2019-2020. Cette collaboration germano-russe permettrait, d’abord à Moscou de consolider sa place de premier fournisseur de gaz à l’Europe. Ensuite, Gazprom disposerait de routes alternatives à celles qui passent par l’Europe centrale. En effet, à l’heure actuelle, une grande partie du gaz vendu en Europe par Gazprom passe par deux autres gazoducs (Yamal Europe et Ourengoï) qui traversent non seulement l’Ukraine mais aussi, la Pologne et la Biélorussie, ce qui multiplie les droits de transit à payer. Très critiqué par le Président américain qui voudrait écouler, en Europe, du gaz de schiste, les détracteurs les plus virulents du projet Nord Stream 2 sont toutefois européens. Présenté officiellement par l’Allemagne comme étant un projet économique, qui doit servir à pallier la baisse annoncée de la production intra-européenne de gaz, ce nouveau gazoduc, accolé au gazoduc Nord Stream 1, devrait doubler la capacité de fourniture de gaz russe à l’Europe. Cet argument ne convainc pas tous les représentants des Etats membres de l’UE. En effet, l’Union dispose, pour l’instant, d’un important matelas de sécurité énergétique. Elle peut importer jusqu’à 700 milliards de mètres cube de gaz via les divers gazoducs existants et par bateaux, alors qu’elle n’en a consommé que 300 milliards en 2015. Au-delà, le projet Nord Stream 2 pose plus un problème géopolitique qu’économique. En effet, les Etats détracteurs sont essentiellement des anciens pays du bloc soviétique ; opposés à  Nov-19 Direction des Etudes  2 la construction du gazoduc, ils estiment que ce projet n’est rien d’autre qu’une arme politique entre les mains de la Russie pour  fragiliser un peu plus l’Ukraine. Ce gazoduc permettrait à Moscou de rediriger une partie du gaz qui passe actuellement par l’Ukraine vers la mer Baltique, privant Kiev d’une partie des droits de transit, qui lui rapportent actuellement entre 2 et 3 milliards de dollars par an. De plus, il permettrait de contourner les sanctions européennes contre la Russie mises en œuvre après l'annexion de la Crimée, en 2014. Enfin, le gazoduc Nord Stream 2 aggraverait la dépendance de l’Europe puisque 38 % du gaz importé par l’Allemagne provient déjà de la Russie et que l’ouverture de ce nouveau gazoduc devrait augmenter cette dépendance, même si une partie de ce gaz est ensuite redirigée vers d'autres pays.

Article publié le
5/11/2019