Les aspirations euro-atlantiques de l'Ukraine - Un cas d'étude au coeur de la sécurité du continent

Lors d’une interview accordée à Axios le 23 janvier 2021, le président ukrainien Volodymyr Zelenski déclare « Pourquoi ne sommes-nous toujours pas dans l’OTAN ? ». Cette question, directement adressée au nouveau président J. Biden, révèle les aspirations euro-atlantiques des autorités ukrainiennes. Ces aspirations reflètent deux des grands enjeux auxquels l’Ukraine est confrontée depuis la révolution de 2014 : d’une part, sa sécurité et son intégrité territoriale et d’autre part, ses axes de politique étrangère.

I - L’échec de l’UE comme acteur de sécurité régionale efficient

→ Les différentes opérations extérieures de la Communauté européenne dans les années 90 ont révélé de profondes lacunes dans les processus de gestion de crise: L’UE doit faire face à sa complexe architecture institutionnelle pour s’imposer comme un acteur de sécurité.

→ L’UE est restée relativement en marge de l’ensemble des négociations. En se confrontant à la Russie par le vote de sanctions, l’UE s’est éloignée du rôle de médiateur entre Moscou et Kiev, laissant notamment la France et l’Allemagne mener les négociations.

→ Malgré ces interventions, l'UE n’est pas parvenue à remplir ses objectifs politiques, à savoir contraindre la Russie à respecter ses engagements pris lors de l’accord de Minsk II.

→ Seuls la France et l’Allemagne ont réussi à obtenir le gel du conflit. La coopération poussée entre Kiev et Bruxelles, initiée avec l’accord d’association de 2014, n’a donc pas permis d’assurer la sécurité de l’Ukraine. En se mettant à l’écart des négociations et en déléguant le rôle de médiateur à la France et l’Allemagne, l’UE a échoué à s’imposer comme un acteur de sécurité régionale efficient.

II - Le soutien affiché mais limité de l’OTAN

→ À travers sa participation aux exercices et aux opérations de l’Alliance, l’Ukraine est devenue un des partenaires privilégiés de l’OTAN. En 2020, elle devient l’un des 6 pays partenaires « nouvelles opportunités » de l’Alliance favorisant l’interopérabilité et le dialogue avec les Alliés.

→ L’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN représente depuis la fin de la guerre froide un des objectifs stratégiques de Kiev pour se prémunir de l’influence russe et éviter de retomber dans le giron de Moscou.

→ Lors du sommet de Bucarest en avril 2008, la France et l’Allemagne mènent l’opposition contre la délivrance d’un MAP à l’Ukraine. En contrepartie, tous les membres de l’Alliance, y compris Paris et Berlin, acceptent la promesse que l’Ukraine rejoindrait un jour l’OTAN, sans pour autant fixer d’échéance.

→ La crise de 2014 a marqué une accélération dans la coopération entre l’OTAN et l’Ukraine mais n’a pas apporté de réponses aux aspirations euro-atlantiques de Kiev. La coopération ancienne et approfondie des deux acteurs n’a  pas permis d’assurer la sécurité ukrainienne face aux agressions russes.

III - Le « facteur russe » au centre des discussions sur l’intégration de l’Ukraine dans le système de sécurité européen

→ Dans la littérature scientifique, le règlement des contentieux territoriaux estune condition majeure, à l’intégration de nouveaux membres. Dans l’hypothèse d’une adhésion de l’Ukraine, pose problème les populations du Donbass et de Crimée, dont l’annexion n’est toujours pas reconnue par les occidentaux.

→ L’attitude des pays européens à l’égard de Moscou reste très variable. L’Allemagne possède des intérêts économiques très liés à la Russie, notamment en matière d’énergie, limitant des sanctions trop fermes. La position française est ambivalente : entre une tradition gaullo-mitterrandienne de relation étroite avec la Russie pour ne pas dépendre exclusivement de l’OTAN et une critique ferme des ingérences russes

→ Il est nécessaire de s’interroger sur une nouvelle architecture du système de sécurité européen qui serait capable de garantir la sécurité ukrainienne sans en exclure la Russie. Les ambitions françaises d'autonomisation de la sécurité européenne pouvant passer par un rapprochement de Moscou sont critiquées mais semblent rester une des seules portes de sortie viable de la crise en Ukraine. L’enjeu, pour Paris, est de convaincre les capitales européennes de son projet, en premier lieu Berlin, qui reste sceptique quant à renouer un dialogue constructif avec Moscou.

par Eliot Sotty

Article publié le
10/6/2021