Conversation europénnes #16 - Note de contexte

Valeurs, cultures, sociétés: y a-t-il un "European way of life"?

La nouvelle Commission européenne, selon sa nouvelle présidente Ursula Von Der Leyen, devrait être vue comme la« Commission du changement », destinée à endiguer la montée du populisme dans toute l’Europe. Ce point étant admis, il faut toutefois admettre que le  nom donné au portefeuille englobant les politiques migratoires, intitulé « Protection du mode de vie européen », suscite une polémique quant à l’influence des idées populistes sur le discours politique de l’Union Européenne, avant même la nomination de tous les commissaires.  En effet, peut-on laisser entendre que la question migratoire est un enjeu de sécurité où l’immigrant aurait un impact sur la stabilité de l’Europe et de son mode de vie ?

Cependant, la dénomination de ce portefeuille est intéressante en ce sens qu’elle laisse entendre qu’un mode de vie européen existe, et qu’il convient de le promovoir. Menacé ou pas, il est pertinent de s’interroger sur l’existence même du concept de « European way of life », dans la conscience européenne.

Dans le feu du débat parlementaire, le site PoliticoPro a effectué une comparaison statistique entre le mode de vie européen et americain. On peut y voir ainsi que les Européens vivent plus longtemps mais, ils sont plus pauvres que les Américains. On note, par exemple,des différences parfois surprenantes : quant aux régimes alimentaires, les Américains consomment plus de viande mais moins de boissons sucrées. D’un point de vue économique, les Européens sont plus conservateurs, avec un endettement des ménages inférieur aux citoyens des États Unis. Enfin, les inégalités sont moitié moins grandes en Europe qu’aux États Unis. En somme, ces chiffres montrent des différences concrètes entre l’Europe et l’Amérique.

D’après les propos de la nouvelle Présidente de la commission, le mode de vie européen se définit en termes de « liberté, égalité, démocratie et respect de la dignité humaine » et s’est construit à travers de nombreux sacrifices. Après tout, « liberté, égalité et démocratie » sont les principes inscrits dans nos traités, lesquels n’assurent pas seulement la liberté dont nous bénéficions aujourd’hui ; ils définissent la signification même del’Union. Elle semble considérer cependant que ces valeurs sont actuellement menacées et qu’elles doivent être protégées.

La méfiance croissante des citoyens à l’égard de la construction européenne et des principes qui la fondent révèle en effet une certaine fragilité. On en retrouve les « symptomes » dans plusieurs Etats membres et même, parfois au travers d’actions gouvernementales de certains. On pourrait dès lors de se demander si ces valeurs - sur lesquelles se base le prétendu « mode de vie européen » -  sont partagées par les Européens eux-mêmes ou si l’Union européenne, avec ses actions visant à promouvoir une confiance mutuelle, en est la manifestation.

Fondamentalement, qu’est ce qui permet aux Européens de se définir Européens? Des pratiques de consommation, des choix politiques et sociaux, ou des préférences morales et philosophiques ? Une fois que l’on a répondu à cette question : si pèse véritablement une menace sur « l’européanité » des Européens, d’où viendrait le danger ? de l’extérieur comme le laisse entendre cet intitulé malheureux du portefeuille ? ou de l’intérieur comme le suggèrent ceux qui y voient une victoire culturelle de la droite radicale ? Il y a ici un enjeu qui dépasse le seul destin d’un portefeuille de commissaire.

 

Article publié le
14/10/2019