La conquête spatiale au cœur des enjeux géopolitiques, diplomatiques et de la construction européenne

Introduction 

La conquête spatiale européenne s’inscrit, avant tout, dans l’ombre des histoires qui ont marqué la grande de la seconde moitié du XXe siècle. Jusque tardivement et toujours aujourd’hui, dans une moindre mesure certes, le spatial européen se situe en arrière-plan, en comparaison des autres nations du ‘club spatial.’ 

À l’origine, le spatial en Europe n’est pas une priorité des gouvernements du continent jusqu’à ce que la France devienne fer de lance du spatial européen, avec la création du CNES en 1961 [i], et le soutien ultérieur des présidences de De Gaulle orienté vers le développement des capacités nucléaires balistiques nationales. 

Si la France est la «la troisième puissance spatiale» de l’époque, avec d’autres nations comme le Royaume-Uni emboîtant le pas, le spatial reste un domaine bipolaire d’un point de vue géopolitique des puissances. Les succès comme le satellite Astérix n’étant pas à même de rivaliser avec les capacités industrielles et technologiques du l’URSS ou des États-Unis[ii]. 

Avec la Guerre froide, la France gaulliste souhaite instrumentaliser le domaine à des fins politiques, pour illustrer ses ambitions de souveraineté et surtout d’autonomie par rapport aux Etats-Unis. Envisagé comme un outil de souveraineté nationale, le spatial constitue cependant cette ligne directrice capitale d’autonomie et de souveraineté de l’Europe. Ceci peut donc expliquer un propos très centré sur la France. Toutefois, la raison n’est pas uniquement due à un biais ethnocentrique : la France, Etat fondateur de l’Union a rempli un rôle d’avant- garde - spatialement parlant, pour tout le continent - et son héritage idéologique influence encore la construction du secteur à l’échelle communautaire. Au-delà de cette précision, il convient d’admettre que des ambitions portées par un ou un groupe restreint d’Etats peut être bénéfique à toute l’Union. 

En 1975, les puissances majeures européennes signent un accord qui marque la création de l’agence spatiale européenne (ESA)[iii]. En effet, les efforts individuels des nations ainsi que les organisations préexistantes telles que l’ESRO ne permettaient pas de répondre aux ambitions européennes de la constitution d’un secteur prépondérant[iv]. 

Le cannibalisme technologique, industriel et scientifique du continent nuisant au développement, les premiers membres de l’ESA ont estimé qu’une mise en commun des efforts spatiaux autour d’une structure collaborative centrale était la meilleure option possible, en sachant que ce mode de production ne permet pas un développement (notamment de lanceurs) de projets indépendants de l’Amérique.[v]. 

Il convient de relever que la création de l’ESA est indépendante de celle des Communautés européennes, il est alors question d’une structure à part de l’Eu- rope politique. En effet, cela peut s’expliquer par le fait qu’à ce moment-là la construction européenne est peu avancée politiquement parlant, l’enjeu n’est pas uniquement économique et industriel. Une diplomatie envisagée d’un point de vue exclusivement national étant encore la norme, malgré la création dudit Conseil européen[vi], il est alors plus sage d’associer les efforts autour d’une organisation spécialisée sans objectifs apparents autre que dans le domaine technique visé. Le but premier de cette ESA est, avant tout, de répondre à des problématiques matérielles comme la mise en place de programmes spatiaux plus ambitieux ou bien, d’éviter une ruine collective consécutive à une concurrence interne contre-productive[ vii], d’autant que l’Europe apparaît comme 

étant, a priori, le territoire le moins bien loti pour les ambitions spatiales.
La situation européenne en termes de ressources naturelles, spécifiquement concernant les terres rares, est délicate. En effet, le continent européen est pauvre de ces ressources qui sont indispensables à la production de haute-technologie. Cela constitue un problème dans la mesure où les Etats-membres et le mode de vie européen, ainsi que l’économie du continent, sont largement basés sur ces productions. L’Europe doit donc compter sur une importation presque totale de ces matières premières[i], au risque de voir ses appareils de productions dépendants s’arrêter.
La Chine est la principale pourvoyeuse de terres-rares - éléments souvent majeurs dans la production de haute-technologie - ce qui lui offre un levier de pression important lors de négociations avec l’Union ou bien les États-membres. Cela a pour malheureuse conséquence que l’UE voit sa marge de manœuvre géopolitique et diplomatique largement amoindrie face à un partenaire qu’elle doit ménager. 

Une stratégie et des atouts encore trop peu convaincants 

Les appareils de recherche européens, la qualité de son enseignement supé- rieur ainsi que ses systèmes éducatifs - performants - permettent la création d’un tissu universitaire et de R&D efficace et intéressant. Cela permet de faire valoir ces atouts lors des négociations avec les producteurs de terre rares car il s’agit d’un avantage comparatif pour une implantation des structures européennes, liées à la haute-technologie ou la production scientifique. Si les négociations avec des parties-prenantes qui sont sur un pied d’égalité en termes de productions scientifiques et technologiques, à l’instar du Japon ou des États-Unis, ne permettent pas de jouer de cet avantage, les rapports bilatéraux avec les nations moins avancées sur ces domaines offrent cette possibilité. Ces dernières doivent apporter une contribution autre afin de rendre rentable les échanges avec l’UE, qui apporte donc son expertise technologique. Il s’agit d’une économie du savoir où les scientifiques sont des agents de production, production qui est une ressource négociable lors de négociations commerciales. Tout autant qu’un tissu universitaire solide est une infrastructure mettant en valeur économiquement un territoire afin de le rendre plus attractif aux investissements comme les<< Investissements directs étrangers (IDE) >>[ii]. 

Néanmoins, il s’agit d’une économie sur le court terme car les nations nécessitantes de cette expertise investissent dans leurs appareils de recherches et comblent ainsi, au fur et à mesure, l’écart avec les standards occidentaux. Les partenariats incluant des échanges estudiantins ou incluant des échanges scientifiques ont aussi cet objectif de rattraper le retard technologique. La Chine est l’exemple le plus représentatif de cette volonté d’acquérir les savoir-faire et les infrastructures permettant l’émancipation face à la recherche occidentale. La stratégie n’est donc pas véritablement viable pour une Union européenne dont l’un des avantages comparatifs majeur repose sur cette avance technologique lors de négociations avec des nations exportatrices des ressources indispensables au développement économique et technologique. 

En effet, si l’Union dispose de plusieurs avantages dans ces rapports de forces commerciaux comme son avance technologique, il convient d’admettre qu’elle demeure dans une situation délicate en ce qui concerne la haute-technologie et les risques concernant sa production future dans ce secteur. 

Afin de pallier ce délicat problème, la Commission européenne a mis en place l’initiative << matière première >>[iii] censée résoudre, ou du moins réduire, la dépendance européenne à une nation tierce, comme la Chine, disposant d’un quasi-monopole. Cette initiative se décline en trois piliers, poursuivant l’objectif de désengorger ladite dépendance européenne à l’importation de ces res- sources critiques.


Le premier pilier est la sécurisation des approvisionnements par la diver- sification des partenaires commerciaux. L’idée étant de profiter de l’influence européenne pour déployer son soft-power avec comme objectif la suppression des protectionnismes locaux créant ainsi un libre-marché à l’avantage du commerce avec l’Europe. Cette dernière ayant une force de frappe économique incomparable par rapport aux partenaires cibles, elle se permet ainsi d’être en position avantageuse lors de la signature de contrats. De plus, cette influence s’accompagne d’un soutien au développement du secteur minier local : par le développement d’entreprise d’exploitation des ressources, le transfert de sa- voir-faire minier et l’octroi de fonds par la Banque Européenne d’Investissement[i]. L’Europe étend donc son influence sur le pays via l’export de son école de production, de ses liens diplomatiques ainsi que par la constitution de structures sur place qui sont redevables de l’aide européenne. L’Europe devient ainsi un client naturel et privilégié en étant un acteur essentiel de la structuration du secteur minier du pays en question. 

Le deuxième pilier est le développement du secteur minier intra-euro- péen en favorisant les projets grâce à un assouplissement administratif et un soutien économique de l’Union. D’aucuns doutent que ce projet soit réellement efficace dans la mesure où le territoire européen n’est pas riche de ces ressources et que le niveau de dépendance est de 100 %[i]. La production européenne, même si des gisements sont trouvés et exploités, ne permettra pas l’autarcie et ne peut que réduire la dépendance à l’importation. 

De plus, ce type de projets minier constitueraient des écocides et les problématiques environnementales étant au cœur de l’opinion publique européenne, il est alors difficilement envisageable que les instances encouragent ces exploitations à large échelle sur son territoire. 

Le dernier pilier est celui du recyclage systématique et de la diminution des coûts en ressources pour la production de haute-technologies. L’idée est de faire autant, voire mieux, avec autant ou moins ainsi que de réutiliser au maximum les déchets pour limiter les besoins en importations. La Commission européenne espère ainsi maximiser toujours plus l’efficience des secteurs cri- tiques dépendant des approvisionnements exogènes. Cependant, cette mesure trouve des limites rapidement car le recyclage permet, au mieux, de juguler une part des besoins et n’épargne jamais des pertes lors du processus de transformation des déchets en matériaux réutilisables. Il ne peut s’agir que d’une mesure auxiliaire, ne permettant pas d’atteindre une autonomie, même partielle, dans le domaine. Ce dernier pilier sert donc à accompagner les autres mesures de sécurisation des importations de ressources[ii]. 

On peut douter de l’efficacité d’une telle politique, qui semble parfaitement insuffisante tant les piliers reposent sur des objectifs aux résultats incertains voire peu réalistes. Cela peut aussi s’expliquer par la marge de manœuvre limitée de l’Union dans ce secteur: l’organisation supranationale intégrée ne dispose pas de la totalité des compétences d’un État souverain. On ne peut attendre de grandes ambitions européennes mêlant industrie, géopolitique et diplomatie. 

La Chine en position de force 

La Chine est actuellement la principale bénéficiaire de cette situation. Elle dispose d’un quasimonopole sur l’exploitation et l’exportation des terres-rares, ce qui lui offre donc un levier diplomatique considérable face à ses partenaires commerciaux. La dépendance de l’Union à la production chinoise force cette première à des concessions, car le rapport de force est en sa défaveur, tant au niveau des institutions de l’Union que des Etats et des entreprises. La menace de quotas d’exportation ou de hausse des tarifs douaniers sont des outils dissuasifs pour les parties-prenantes. La stratégie chinoise concernant ses ressources est relativement simple, elle consiste en la création d’un rapport de force bilatéral envers ses partenaires avec, comme épée de Damoclès, l’appli- cation de mesures restrictives sur les ressources afin d’obtenir les concessions souhaitées[i]. 

Ceci est une arme majeure de la politique étrangère chinoise qui peut se per- mettre de contrôler ce commerce étant donné que les appareils de productions nationaux sont soumis à une direction stricte de l’État[ii]. Le tout étant ponctué d’un discours diplomatique particulièrement avenant à l’égard de l’UE, encourageant une coopération rapprochée. 

Attachés à une certaine autonomie, les Européens s’orientent donc vers la di- versification des fournisseurs, notamment le Chili ou l’Argentine, et donc des- serrer l’étau imposé par le monopole de Pékin sur ces matières premières. La difficulté tenant à ne pas perdre l’accès au marché chinois qui est essentiel, en tant que débouché, pour le surplus de production européen, l’objectif est donc de maintenir un partenariat rapproché et ainsi accentuer le transfert technologique du savoir européen. Ce processus étant déjà engagé afin de développer sa production scientifique, il n’y a pas d’opposition frontale, en tant que telle, entre les ambitions européennes et chinoises. L’UE n’étant pas une puissance à vocation hégémonique et son idéologie mettant davantage l’accent sur le compromis et la collaboration, elle ne se présente pas en contradiction avec la politique chinoise d’expansion économique et d’implantation internationale. 

Cependant, la position européenne reste méfiante, la Chine demeure une concurrente et l’alliance Union européenne États-Unis encourage cette position de défiance. Pékin se présentant comme une puissance rivale à Washington, cette tension s’ajoute au fait que l’idéologie européenne est en contradiction avec l’exercice de la puissance publique en Chine. Les atteintes régulières aux droits de l’Homme, les interprétations discutables des libertés fondamentales - individuelles et collectives - et le modèle du << Parti-Etat>>, constituent autant de freins à la collaboration que des éléments justifiant une opposition Orient-Occident. Politiquement, l’Union ne peut pas admettre une trop grande proximité sans se trouver en porte-à-faux avec son opinion publique ainsi qu’en contradiction avec ses valeurs essentielles, qui sont à la fois un des piliers de sa légitimité et ce qu’elle partage avec les Etats-Unis. 

Les Etats-Unis toujours en avance 

La diplomatie américaine a indiscutablement été déterminante dans la construction européenne étant donné que les administrations successives voyaient, dans cette collaboration soutenue entre les démocraties libérales européennes, un moyen de lutter contre l’influence soviétique en Europe. De plus, les deux entités politiques partagent des modèles capitalistes et démocratiques libéraux offrant des ponts diplomatiques favorisant une entente et une alliance durable. Bien que les États-Unis n’aient aucun intérêt à ce que l’Union se fédéralise et tende vers une indépendance sur le plan militaire et politique, il est plus simple de conserver une influence sur des États divisés entre eux et donc plus facilement influençables. Les rapports bilatéraux, hors construction européenne, sont ainsi toujours en faveur d’une puissance aussi prépondérante que les États-Unis. 

Le mandat du président sortant Donald Trump l’illustre tout particulièrement. Le discours du << American first >>, émanation du terreau idéologique des milieux conservateurs, accentuée par la rhétorique isolationniste, illustre la défiance à l’égard de l’Union. En effet, cette crainte de voir émerger un rival de grande ampleur à la puissance étasunienne, s’explique par le fait que le PIB cumulé des Etats-membres dépasse celui des Etats-Unis, bien que cela ne soit plus le cas depuis quelques années[i]. A cela s’ajoute l’opposition à une autonomie militaire du continent : le maintien du parapluie militaire américain et atlantiste divise toujours autant en Europe[ii]. Enfin, la dernière accusation conservatrice - de nature purement idéologique - est que l’Union européenne est comme une formation politique cosmopolite ayant pour ambition la destruction de la culture chrétienne blanche et des nations au profit d’une gouvernance mondialisée. 

En d’autres termes, il s’agit de réactualiser le vieux creuset idéologique hérité de la Guerre froide : la crainte du communisme et de l’URSS, opposés aux nations et aux libertés individuelles. L’UE chercherait donc à imposer sa vision du monde par des institutions supranationales, comme l’OMS ou l’OMC, et surtout à affaiblir les Etats-Unis[iii]. 

Ceci explique le soutien aux actions et aux gouvernements europhobes. On peut se demander comment peut évoluer la situation sous la présidence de Joe Biden, certainement plus conciliante il ne faut cependant pas s’attendre à ce qu’elle encourage l’Europe puissance. La politique étrangère américaine n’a certaine- ment pas pour ambition de permettre la constitution d’une concurrence solide, comme pourrait l’être une Europe totalement intégrée et autonome considérant ses capacités industrielles, économiques et technologiques. 

Ce panorama rapide - et donc incomplet - de la situation est nécessaire afin de comprendre la place des ambitions de conquête spatiale des Européens. Tout d’abord, il faut préciser que les États-Unis demeurent la puissance spatiale incontestable que ce soit technologiquement, budgétairement ou militairement. Les efforts européens de développement ne permettent pas de concurrencer sérieusement le secteur américain. Il est toujours nécessaire pour l’ESA ou les agences nationales d’entretenir de bonnes relations avec la NASA, profitant ainsi des partenariats et du commerce de technologies critiques exclusives à des tarifs préférentiels (voir licence ITAR)[iv]. La longue tradition de coopération avec la NASA est autant la preuve d’une bonne entente qu’un symptôme de la dépendance européenne aux infrastructures et savoirs américains, comme les technologies concernant les capsules spatiales ou bien l’envoi d’astronautes dans l’espace. Il convient aussi de relever que malgré la défiance des conser- vateurs envers l’Union, les partenariats entre les deux agences spatiales n’ont jamais cessé. Il est donc tout à fait probable que la nouvelle administration dé- mocrate perpétue ces rapports, qui sont récurrents car ils permettent de réduire les coûts de fonctionnement de la NASA par une répartition des frais de mise en œuvre de projets spatiaux ainsi qu’en mettant en place la diplomatie scientifique. 

La multipolarisation du monde - avec le danger d’une Amérique isolationniste ou de nouveaux rivaux comme la Chine - nous amène à penser qu’une collaboration spatiale européenne poussée est indispensable. Une myriade d’agences nationales défendant les intérêts nationaux ne sont plus aptes à faire face au contexte international sans risquer de se retrouver vassalisés aux mastodontes du secteur. De plus, les risques de cannibalisme économique et technologique ou d’attribution des ressources ainsi que le besoin de tenir des projets globaux forcent les nations européennes à coopérer et déléguer auprès de l’ESA, du moins leurs intérêts sont plus dans cette voie que dans celle du nationalisme spatial. 

Une Europe œuvrant pour le bien de tous 

Au-delà de la coopération institutionnelle et politique, le contexte spatial général nécessite impérativement une coordination internationale afin de pérenniser l’avenir de la conquête spatiale, pour tous. En effet, plusieurs menaces planent sur l’avenir du secteur indépendamment de la politique ou des nationalités. La question de la pollution spatiale ou bien de la saturation de l’orbite géostationnaire vont toucher toute l’humanité et appellent à une réponse mondiale afin d’être efficace. En effet, l’exploitation de l’espace proche par les Hommes a provoqué la formation de déchets spatiaux qui se mettent en orbite et se multiplient à mesure qu’ils s’entrechoquent. La vitesse de ces débris ou déchets, bien que minuscules parfois (de nombreux n’excédant pas 10 cm), endommagent ou rendent hors d’usages les infrastructures en orbite, lors de collisions. La fragilité des équipements spatiaux jointe à la vitesse des objets entrant en collision font que la structure peut-être irrémédiablement détruite, avec l’effet pervers de créer de nouveaux déchets spatiaux en orbite. Ce phénomène se conjugue à une saturation imminente de l’orbite géostationnaire par un trop-plein d’équipements spatiaux en orbite, ce qui complexifie très large- ment l’accès à l’espace ou bien la mise en orbite de nouvelles infrastructures. Ces problèmes généraux appellent à une collaboration générale sur ces questions et donc à une législation générale. Le contexte de multiplications d’acteurs privés et publics investissant l’espace rend d’autant plus nécessaire la régulation par une organisation ayant pour objectifs des intérêts plus généraux. En sachant que le droit international spatial ne permet pas de répondre à ces enjeux, ce dernier rend responsables les États des agissements des entreprises qui en sont issues. Ce qui est très flou pour les FMN ou bien pour les États n’ayant pas signé les traités. 

Ainsi, confier la réponse et la gestion européenne de ces crises ainsi que la représentation, sous une bannière commune, lors de collaborations internationales spatiales semble indispensable pour faire valoir les intérêts nationaux spatiaux européens. En effet, une multitude de petites agences et États pourront plus difficilement se faire entendre, en raison de leurs faibles poids indépendants sur le secteur, lors des négociations. À la manière des questions politiques plus traditionnelles, les réponses apportées seront avant tout le résultat d’un rapport de force entre les acteurs, rapport de force qui est le reflet de la puissance matérielle et symbolique des acteurs. 

L’intérêt des États-membres est donc double. D’une part, permettre à une autorité régulatrice d’émerger pour légiférer sur les activités des acteurs nationaux en limitant les risques diplomatiques bloquant les prises de décision au niveau du Conseil. D’autre part, de permettre une représentation unifiée de l’Europe spatiale à l’international et donc, de défendre les intérêts de l’Europe. Par extension, les intérêts de ses États-membres sont aussi préservés, sans nul doute plus efficacement que par une myriade d’acteurs modestes sur la scène internationale. 

La force normative européenne appliquée au domaine spatial 

La force normative de l’Union européenne est parmi l’un de ses outils de soft- power le plus efficace. Elle exporte ses normes et ses valeurs au travers de barrières non-tarifaires et par des accords-cadres imposant ses standards aux cosignataires. Par exemple, l’accord-cadre entre le Canada et l’ESA, initié en 1984 et renouvelé depuis, engage le Canada à adapter ses normes de productions scientifiques ou industrielles à celles de l’ESA lors des projets spatiaux commun. Il y a également une suppléance relative de !’Agence canadienne lors des décisions de l’ESA car cette dernière conserve l’autorité et la direction des programmes spatiaux. Bien que le Canada dispose de certains avantages par rapports aux États-membres de l’ESA, comme un retour industriel avantageux, la contrepartie est une assimilation progressive du secteur canadien aux standards européens. La volonté du secteur canadien de vouloir se rapprocher des acteurs majeurs spatiaux amène l’autre fédération Nord-américaine à des concessions d’ordre politique, économique ou bien législatif, pour obtenir les partenariats si importants au fonctionnement du secteur. 

L’exportation des normes et standards de l’ESA entre dans une logique d’influence permettant d’obtenir un avantage sur ses partenaires. En effet, si ces derniers sont aux normes européennes les accords apparaissent d’autant plus logiques, les coûts d’adaptations du domaine aux fortes exigences européennes finissent par disparaître et rendent les partenariats plus simples et presque naturels. De plus, les liens économiques dus au fonctionnement industriel de l’ESA, du retour industriel pour être exact, créé une dépendance du secteur national du partenaire à celui de l’Europe. Enfin, selon le degré de diversification des partenaires dudit pays, l’influence économique, scientifique et politique obtenue par l’export des normes permet une marge de manœuvre étendue de l’Agence européenne sur le pays tiers. 

Une puissance européenne militaire affirmée 

D’un point de vue stratégique, le spatial est d’une importance primordiale. La réalisation de projets spatiaux européens permet à l’Union de s’affirmer sur le plan international. Très matériellement, les infrastructures spatiales dont se dotent l’UE, ou ses États-membres, ont des capacités intéressantes dans le cadre d’activités diverses telle que les télécommunications, à l’instar de Galileo. Elles permettent une émancipation relative par rapport aux infrastructures américaines notamment : la nécessité de louer les services américains pour le fonctionnement de certains services essentiels comme le positionnement par satellites, par exemple, créé une dépendance. Cette dernière constitue une restriction au niveau de la capacité d’action internationale, due au levier de pression qu’elle engendre. Elle doit donc être prise en compte lors de négociations ou bien de prises de positions internationales. En d’autres termes, on peut la qualifier d’une limitation de la souveraineté. La chose est d’autant plus palpable dans le domaine militaire du fait que la spatio-dépendance des armées modernes est manifeste depuis la guerre du Golfe. La nécessité d’un réseau de satellites d’observation et de collecte de renseignement est une condition sine qua none à toutes les interventions extra- territoriales. En effet, la capacité de projection dépend de la possibilité d’évaluer les cibles stratégiques et les forces en présence. Si la France et d’autres États- membres disposent de renseignements par satellites ou de satellites espions, l’OTAN et les signataires de la Convention de Washington dépendent, en grande partie, des infrastructures spatiales de renseignements étasunienne. L’Europe délègue donc une partie de sa faculté de projection à la puissance alliée, alors qu’elle dispose de moyens scientifiques et technologiques pour s’en défaire. 

La constitution d’infrastructures spatiales indépendantes des capacités américaines permettrait donc d’affirmer la puissance européenne, en dehors d’un giron externe. La capacité d’atteindre des objectifs stratégiques comme des télécommunications indépendantes, une force militaire émancipée ou bien un accès autonome à l’espace sont des instruments de souveraineté permettant - indiscutablement - à une structure politique de s’affirmer. La société occidentale industrialisée étant dépendante des infrastructures spatiales, aussi bien pour sa cohésion interne que le fonctionnement de ses institutions ou de son économie, l’Union doit posséder un secteur important afin de remplir ces objectifs et obtenir une légitimité suffisante à ses prétentions internationales. De plus, les succès européens spatiaux sont des sources de prestige offrant une crédibilité à ses institutions et renforçant ainsi la légitimité de la structure. Les opinions publiques peuvent difficilement manifester une certaine fierté d’être Européen si l’Union ne prouve pas ses compétences, n’expose pas son prestige et démontre sa faculté à agir de façon autonome. Il n’est donc pas étonnant que la Commission européenne accroisse considérablement le budget de l’ESA et accorde au secteur spatial une place toute particulière. Et à s’y pencher plus près,  semble émerger une forme de << nationalisation >> du domaine, ainsi que de l’ESA au vu de sa satellisation progressive. En effet l’ESA peut être envisagée comme un moyen de légitimation de l’institution supranationale. En d’autres termes, une politique préparant les esprits à une statonationalisation de l’Union européenne. 

La dimension économique occupe la première place au regard de l’importance du Marché unique. Certes, les retombées économiques des pro- grammes spatiaux ne sont pas développées dans cet article mais ils sont conséquents et potentiellement faramineux en raison des innovations propres au domaine. Surtout si une position plus nettement « en force » est permise par le dépassement des mises en difficulté soulevées en première partie. Les objectifs politiques du spatial européen et ses potentialités, sur ce que nous estimons être un objectif sur le long terme de l’Union européenne, méritent toute notre attention. Tout d’abord, le postulat du raisonnement est que l’Union a une vocation à la statonationalisation. En d’autres termes, le processus de transformation politique d’une zone géographique sous une autorité commune en un État nation, phénomène qui structura les pays européens au cours du XIXe siècle, peut se calquer sur la construction européenne contemporaine. La volonté d’uniformisation juridique, législative ou bien politique de l’Europe entre dans ce processus d’affirmation de celle-ci en tant que Nation. Bien sûr, il est peu probable que l’UE se dirige vers un modèle national français de centralisation du pouvoir mais plutôt sous une forme fédéraliste renouvelée, attachée aux matières communautarisées. Cette orientation de la réflexion ne doit être prise que comme un postulat de départ de l’analyse car il ne nous est pas possible de prouver - de manière certaine - une telle affirmation. Cependant, il convient d’admettre que bien des tentatives accréditent cette hypothèse. 

En partant de ce principe, et d’une possible stratégie suivie par les acteurs de la construction européenne, le spatial européen et la satellisation de l’ESA par l’Union revêt une perspective nouvelle, allant bien au-delà des éléments géo- politiques soulevés en deuxième partie. En effet, l’Union européenne a œuvré largement dans l’incorporation de plus en plus prononcée de !’Agence en tant que para-institution de cette première. Cela est permis par un financement im- portant ou bien des accords offrant à l’Union un droit de regard, pour ne citer que cet exemple. L’Union devenant ainsi le principal soutien de l’ESA pour la mise en œuvre de programmes spatiaux européens, une codépendance s’est peu à peu construite entre les deux structures pour la pérennité de l’agence spatiale et permettre à l’Union d’obtenir un volet spatial supranational. L’intérêt de l’Union de << nationaliser >> l’ESA, et d’entretenir un programme spatial ambitieux censé coordonner les efforts spatiaux européens, est multiple. 

La statonationalisation, le fil rouge de la politique spatiale européenne 

La statonationalisation implique la création d’une citoyenneté européenne conforme au corpus de valeurs soutenue par l’institution gouvernante ; une adhésion des groupes sociaux et locaux à cette autorité et notamment d’un point de vue émotionnel. Il faut un attachement et du sens symbolique à cette citoyenneté qui ne peut pas être qu’une dénomination administrative sinon, il est peu probable que cette adhésion fonctionne dans une dimension d’État nation, au sens romantique du terme. 

Il convient cependant de soulever que l’on reproche souvent à Bruxelles d’agir au détriment des classes prolétarisées constituant la majeure partie du corps social. Il est donc peu probable que ces << exclus de l’Europe >> soutiennent un projet dont la politique va à l’encontre de leurs intérêts, spécifiquement avec des institutions exécutives comme la Commission fonctionnant par nomination et rendant diffus les moyens d’influences de ces classes sur ces organismes. L’absence de politique sociale et de redistribution des richesses constituent sans nul doute des barrières structurelles à une plus grande adhésion aux projets de construction européenne. Ceci formant également des appels d’air aux discours europhobes jouant sur cette opposition d’intérêts afin de faire valoir leurs idées politiques nationales. Ces barrières se cumulent également à des fractures historiques entre différents peuples européens à !’Histoire tumultueuse, aux États-nations existants et aux influences extérieures hostiles au projet comme nous l’avons vu en première partie. 

Cet aparté plus général est nécessaire pour comprendre la place politique de la conquête spatiale européenne. Le spatial, historiquement, est un secteur régalien attaché à la chose publique dans l’imaginaire collectif. Si aujourd’hui ce dernier n’est plus l’apanage des États, il demeure un secteur de prestige galvanisant les sentiments d’appartenance nationale. Nombre de pays ayant accès à l’espace s’en servent comme un instrument de propagande nationale. Les États disposant de cet accès et pouvant le mettre en valeur l’utilisent, à degré variable, dans cet objectif ( en plus des autres ambitions, économiques ou scientifiques, les buts sont multiples). Les exploits scientifiques et industriels sont des vecteurs conséquents de prestige permettant d’apporter un gain de légitimité au gouvernement étant initiateur du projet ou pouvant s’en attribuer le mérite. Le spatial européen s’intègre donc dans cette quête de prestige et de gains de légitimité pour l’autorité en place, un secteur spatial performant et offrant une source de fierté collective permet d’offrir de la légitimité au pouvoir européen qui peut ainsi prouver sa compétence et son utilité auprès des différents peuples. Il s’agit donc d’un soutien à cette entreprise de statonationalisation. 

La question des actes fondateurs d’une citoyenneté, dans le cadre de formation d’un Étatnation, est indispensable à la création d’un tronc commun culturel par un acte symbolique fondateur. Il s’agit, évidemment, d’une instrumentalisation politique soutenant une politique de formation concrète de cette identité comme une langue commune, une libre-circulation des personnes ou bien l’uniformisation administrative. Cette instrumentalisation reste indispensable afin de créer une mythologie politique offrant une légitimité à un régime politique. 

Le spatial est un secteur suffisamment prestigieux et universel pour permettre ce genre d’exploits reconnu. À l’instar d’un Gagarine ou bien de la mission Apollo qui permit de rassurer le peuple américain sur ses capacités techniques et technologiques face à la menace soviétique, considérée en avance sur les États-Unis. Néanmoins, pour que cela fonctionne il faut que l’ESA soit une ins- tance de l’Union européenne sinon, les fruits politiques iront à !’Agence seule et non à la construction européenne dans son ensemble. La satellisation de l’ESA permettrait donc à l’Union de mettre en valeur ses capacités de direction stratégiques en se targuant du succès d’un tel haut fait (peu importe sa nature, du moment que ce dernier soit perçu comme suffisamment impressionnant ; à titre d’illustration, poser le pied sur Mars entrerait dans cette catégorie). Il est à noter que ce genre d’entreprise n’est pas à l’ordre du jour actuellement. Bien que les autorités européennes accordent une place de plus en plus importante au spatial, octroyant à ce dernier des crédits jusque-là inédits sur le vieux continent et créant une division spatiale politique, ils ne cherchent pas à concurrencer les autres nations dans une course à l’espace. En effet, à la manière d’une compétition sportive, un exploit n’est prestigieux que par rapport aux avancées exogènes. Cet acte fondateur ne peut l’être qu’en comparaison de ce qui est fait par les pays tiers. Il est néanmoins logique que l’Union ne souhaite pas entrer en concurrence avec des agences comme la NASA disposant des savoir-faire, de moyens financiers et industriels bien plus importants que l’ESA. Il serait donc particulièrement aléatoire de vouloir entrer dans un rapport de force direct désavantageant largement les Européens n’ayant pas encore les moyens de rivaliser. 

Une vitrine à la fois technologique et politique 

Le spatial promet d’autres apports politiques pour l’Union. Le rôle coordinateur de l’ESA des pays-membres entre en résonance avec celui de l’Union et une administration politique de !’Agence par cette dernière affirme donc ce rôle d’institution régulatrice, de l’Union, des activités nationales. Rôle qui est traditionnellement étatique. De plus, les collaborations entre ESA et UE, pour la mise en œuvre et la gestion de projets collectifs, offrent d’autant plus d’as- sises à cette fonction, comme avec le cas Galileo. Ce dernier, projet commun initié en 1999, a été conjointement mené par !’Agence spatiale européenne et l’Union européenne afin de créer une alternative au GPS américain. Les pays-membre de l’ESA lui confient, ainsi qu’à la Commission, la compétence de créer et de gérer de système de navigation strictement européen[i]. 

Le projet est financé à parts égales entre l’Agence et l’Union : cela est symptomatique d’une volonté d’autonomie et de dépasser les éventuels clivages nationaux pouvant émerger au cours de la réalisation. Le but est de confier les cordons de la bourse, moyen de pression essentiel, à des institutions ayant l’intérêt européen en priorité plus que de favoriser des pays spécifiques. L’objectif est d’offrir une cohésion entre les États-membres par le biais de cette gestion supranationale d’un projet répondant à un besoin collectif. 

Symboliquement, la chose est d’autant plus intéressante car les pays-membres de l’ESA estiment donc que l’Union est la plus à même de mettre en œuvre et de rendre possible la constitution de programmes dépassant les rivalités internes. La solution supranationale est alors considérée comme étant la plus efficace en tant qu’outil de régulation des rapports entre les États collaborateurs, prévenant les défiances locales et évitant la prédation de nations plus puissantes sur les plus faibles. Cela implique des fruits politiques conséquents pour l’UE en se servant de cette confiance comme précédent à invoquer sur ses capacités et son utilité. Il s’agit d’une preuve accréditant le discours des autorités européennes, fondant la légitimité des institutions quant à la nécessité d’une coordination globale afin de servir les intérêts de chacun. L’exemple Galileo offre un cas concret sur les facultés de l’Union - et/ ou de l’ESA qui est désormais sous la tutelle politique de l’Union - à remplir ce rôle et donc justifiant sa préservation en tant qu’autorité régulatrice des rapports entre les États. Qui plus est, les paysmembres ont délégué la charge et la compétence de négocier avec les pays tiers l’implantation de stations Galileo engageant tous les États-membres, l’UE ayant la responsabilité de conclure des accords bilatéraux sur le domaine (notamment avec la Russie ou la Turquie)[ii]. 

Difficile de ne pas voir en ces attributs des précurseurs d’outils de souveraineté, dans la mesure où la gestion des relations internationales, la pacification des conflits et la gouvernance globale sont les caractéristiques exclusives des États. Bien que cela ne concerne que le spatial, dans cet exemple, cela crée un précédent de référence sur les compétences des institutions européennes sur les États-membres. Non au sens juridique du terme, mais au sens culturel, car l’objectif est de poser les fondations de l’Europe comme organisme capable de gouverner une myriade d’États vers une réussite commune, amenant à une autonomie et la prospérité. Politiquement, Galileo est un outil utile, dans un domaine prestigieux, offrant un crédit non négligeable à la thèse d’une future Union se dotant des attributs de la souveraineté traditionnelle des États. Plus directement, en faveur d’une Europe politique plus unie autour de ses institutions et diminuant par causalité le pouvoir de ses États-membres. 

Corentin Touboulic

Référence 

[i] Escatha, Yannick d.’ << Création du Centre national d’études spatiales >>. France Archive. https:/ /francearchives.fr /fr/ commemo /recueil-2011/39051. 2011 

[ii] Nguyen Anne-Thérèse, << Les échanges technologiques entre la France et les États-Unis : les télécommunications spatiales (1960-1985) >>, Flux, 2001/1 (n° 43), p. 17-24. DOI : 10.3917 /flux.043.0017. URL : https://www.cairn.info/revue- flux1-2001-1-page-17.htm 

[1] Villain Jacques, << ESPACE (CONQUÊTE DE L’) - L’Europe spatiale >>, Encyclopredia Universalis [en ligne], consulté le 4 janvier 2021. URL https:// www.universalis.fr/ encyclopedie/ espace-conquete-de-1-1-europe-spatiale / 

[iii] Dawinka Laureys, << Les débuts chaotiques de l’Europe spatiale>>, La revue pour l’histoire du CNRS [En ligne], 10 l 2004, mis en ligne le 18 janvier 2007, consulté le 04 janvier 2021. URL : http:/ /journals.openedition.org/his- toire-cnrs/589 ; DOI : https:/ / doi.org/10.4000 jhistoirecnrs.589 

[iv] Idem ainsi que M. Antonio Rodotà, directeur général de l’ESA << A propos de l’ESA >>. The european space agency. https:/ /www.esa.int/Space_ in_Member _States/France/ A_propos_de_l_ESA 

[ v] Rapport de M. Tindemans, premier ministre de Belgique, au Conseil européen. Rapport sur l’Union européenne. Bulletin des Communautés européennes, sup- plément 1/76. Bruxelles, 29 décembre 1975. https:j /mjp. univ-perp.fr / europe / docue1975tindemans.htm 

[vi] Lebédel Eric. Pour une diplomatie spatiale européenne. La Tribune. 26/11/2020. https://www.latribune.fr/ opinions/tribunes/pour-une-diploma- tie-spatiale-europeenne-863260 .html 

[vii] Mélin, Joëlle. «La prise en compte des terres rares en Europe.» Questions parlementaires, 25 Sept. 2019, https:/ /www.europarl.europa.eu/doceo/ document/E-9-2019-002954_FR.html. 

[viii] 90 % des entreprises interrogées estiment que l’innovation déterminante dans l’expansion internationale. Conséquemment, des infrastructures universi- taires offrent un terrain propice à cette innovation grâce à la présence d’une main d’œuvre qualifiée e d’appareils de recherches nécessaire au développement technologique. Huet, Jean-Michel Isabelle Tracq-Sengeissen. Le développement de l’entreprise à l’international : 

des grands groupes aux PME, comment gérer son extension à l’international, 2018. P. 2 

[ix] Raf Custers, «L’initiative Matières Premières» Gresea, avril 2018, texte dispo- nible à l’adresse
[http:/ /www.gresea.be/L-lnitiative-Matieres-Premieres] 

[x] Commission des communautés européennes.<< COMMUNICATION DE LA COMMISSION AU PARLEMENT EUROPÉEN ET AU CONSEIL. Initiative <<matières premières>> - répondre a nos besoins fondamentaux pour assurer la croissance et créer des emplois en Europe>>. P. 11. https:/ /eur-lex.europa.eu/ LexUriServ /LexUriServ.do? 

[xi] Service géologique nationale.<< Dossier enjeux des géosciences. Les terres rares. >>. Janvier 2017. P. 5. https://www.brgm.fr/sites/default/files/dossier-ac- tu_terres-rares.pdf 

[xii] Wedig, Martin. << Matières premières : sécurité d’approvisionnement et technologies d’avenir>>. In L’Europe et le monde en 2020: Essai de prospective franco-allemande, édité par Louis-Marie Clouet et Andreas Marchetti, 85-102. Espaces Politiques. Villeneuve d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2018. http:/ /books.openedition.org/septentrion/15969. 

[xiii] Dérédec, Nathan. << Comment son monopole sur les métaux rares permet à la Chine de redessiner la géopolitique internationale >>. Le Vent Se Lève (blog), juin 2020. https:/ /lvsl.fr / comment-son-quasi-monopole-sur-les-metaux- rares-permet-a-la-chine-deredessiner-la-geopolitique-internationale 

[xiv] Huchet Jean-François,<<<< China Inc. >> Forces et limites de l’influence économique de la Chine >>, Hérodote, 2013/4 (n° 151), p. 164-185. DOi : 10.3917 /her.151.0164. URL : https:/ /www.cairn.info/revue-herodote-2013-4-page-164. htm 

[xv]. << Quand l’Union européenne se compare aux pays du G20 >>. Vie Publique. 17/06/2020. https://www.vie-publique.fr/ en-bref /274544-quand-lunion-europeenne-se-compare-auxpays-du-gZ0 

[xvi] << Défense européenne : le défi de l’autonomie stratégique : PREMIÈRE PARTIE - L’UNION EUROPÉENNE COMME SECOND PILIER DE LA DÉFENSE EUROPÉENNE : UN TOURNANT HISTORIQUE POUR ASSURER LA SÉCURITÉ DES CITOYENS EUROPÉEN >>. 

[xvii] Belin, Célia, et Quentin Lopinot. << Etats-Unis - Union européenne: de la compétition à la défiance >>. Vie publique.fr, 24 avril 2020. https:/ /www. vie-publique.fr/paroledexpert/273926-etats-unis-union-europeenne-de-la- competition-la-defiance. 

[xviii] Bonny Nolwenn. << Le rapport de force entre les industries spatiales américaines et européennes : l’enjeu de la réforme ITAR >>. École de Guerre Économique (ege). 22/06/2016. https://www.ege.fr/infoguerre /2016 /06 /le- rapport-de-force-entre-les-industriesspatiales-americaines-et-europeennes- lenjeu-de-la-reforme-itar. 

Sénat.<< Ouverture de négociations avec des pays tiers pour l’installation de stations au sol Galileo >>. https:j /www.senat.fr/, 2 avril 2010. https://www. senat.fr/ue/pac/E5219.htm1. 


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Résumé
La conquête spatiale européenne revêt trois enjeux majeurs. Des ambitions économiques, permettant de faire fructifier un secteur industriel et de développer l’avantage technologique européen grâce au soutien envers un domaine à fort potentiel d’innovations. Les retombées économiques de découvertes majeures et transférées dans le civil offrent, sans nul doute, des gains économiques et de productivité. Cependant, l’existence du Marché unique européen est loin d’être suffisante. En effet, le deuxième enjeu est le crédit international : en prouvant les capacités scientifiques et industrielles au reste de la communauté internationale, offrant une attractivité aux partenariats, l’Europe prouve sa valeur en termes de productions technologiques, de savoir-faire et de poids sur la scène internationale. Enfin, la conquête spatiale s’inscrit dans la recherche de cohésion européenne permise par, ce que nous appellerons, un « succès patriotique » ; en d’autres termes, la galvanisation d’une identité locale grâce à ce succès. En ce qui concerne l’Union, il s’agit de nourrir cette culture et cette identité européenne en construction, cela peut être permis par la constitution d’une mythologie moderne rationaliste mettant en avant les capacités de l’Union par les exploits réalisés comme des promesses pour l’avenir. Une mythologie moderne fondant les bases, à la manière d’un roman national, d’une construction atypique et toujours trop souvent mal comprise.
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