La normalisation européenne de l'étiquetage des fruits et légumes comme facilitateur de la transition agro-écologique

Flatté par différents étiquetages savamment étudiés par de nombreux spécialistes en marketing, innovant quant à leur faculté à charmer l’œil du consommateur, le fruit et légume de consommation, en Europe, est avant tout beau mais surtout bardé d’allégations commerciales avant d’être sain et respectueux de l’environnement. Réside là toute la complexité de résoudre l’équation agro-écologique qui nous permettra de maintenir : dans un premier temps, un environnement et une biodiversité nécessaire et dans un second, nourrir la population européenne avec des aliments sains, bons et équitables. 

Des allégations qui évoquent un produit plus naturel que jamais, respectueux d’un environnement, respectant les abeilles, garanti « sans pesticides de la fleur à l’assiette », ou encore garantissant une absence de résidus de pesticides, l’ensemble toujours fondé sur un visuel très attractif, les industriels recherchent aujourd’hui à vendre plus blanc que blanc. 

Outre le fait que la majorité de ces promesses soient scientifiquement et techniquement difficile à atteindre, elles sont également difficilement compréhensibles et vérifiables par un non spécialiste ou soumises à conditions [1], ces mentions créent une confusion chez le consommateur, en introduisant de nouveaux points de repère commerciaux, et l’obligeant à devenir lui-même un spécialiste. En effet, que cela soit l’accès aux cahiers des charges spécifiques ou encore la compréhension des seuils de détection en résidus de pesticide ainsi que la liste des matières actives recherchées et leurs métabolites, aujourd’hui le consommateur ne détient pas les compétences, outils et méthodes nécessaires pour prouver de manière inconditionnelle ces allégations et il doit alors se baser uniquement sur le repère marketing pour orienter son choix. 

Notons également que ces allégations sont souvent certifiées par des organismes privés ; provenant d’une démarche volontaire - et généralement payante - du producteur, de la coopérative ou du metteur en marché. C’est donc une opération d’autopromotion pour l’industriel ayant pour effet secondaire de rendre le marché illisible et de saturer de logos les rayons de supermarchés avec pour principal objectif d’attirer le consommateur vers leur produit. 

D’un consommateur au conso-acteur 

Face à la multitude de labels, de revendications diverses et variées, le consommateur du 21ème siècle est à la recherche de nouveaux repères bousculant ses habitudes et celles des industriels. Disposant d’énormément d’informations grâce aux réseaux sociaux et à internet, 

il est de plus en plus à la recherche de produit sain, écologiquement responsable, avec une traçabilité ou une proximité affichée, une attitude qu’ont très bien compris les industriels. Depuis plus d’un quart de siècle sont proposés au consommateur : soit des produits issus d’une agriculture conventionnelle, hyperproductiviste, qu’il juge responsable pour partie du déclin des écosystèmes au travers de l’utilisation de pesticides, soit des produits issus d’une agriculture biologique qu’il pensait être plus vertueuse et de proximité mais qui semble dériver alégrement vers un outil marketing jouant des opportunités offertes par ledit GreenWashing. 

Par cette modification des comportements d’achat le consommateur devient de plus en plus conso-acteur, au travers de ces choix, et en affichant clairement ses préférences que nous observons par l’augmentation d’achats des produits affichant différentes allégations ou promesses. Ce conso-acteur est aujourd’hui à l’origine, sans le savoir, d’une troisième voie de production agricole dont nous voyons les prémisses au travers de ces nouvelles allégations commerciales, sans que ces industriels sachent vraiment vers où aller, proposant chacun à leur tour un référentiel qui sert ces propres intérêts au détriment du consommateur Européen. 

La nécessité de fédérer autour d’un projet commun 

La seule réponse à cette surenchère anarchique de communication est un étiquetage homogène et reconnu par les autorités publiques, dans toute l’Europe, où l’impact du produit sur l’environnement et la santé est clairement identifié selon des critères spécifiques, compréhensibles par tous et harmonisés au sein de l’ensemble des pays. On peut citer par exemple, en France, la « Haute Valeur Environnementale » [2] un référentiel qui peut être aisément communiqué auprès du consommateur et qui apporte une base solide pour l’amélioration de la production végétale et son impact global sur l’environnement mais également, sur le tissu économique. Ce référentiel possède également le mérite d’être progressif pour le producteur, le laissant ainsi progresser selon ses possibilités. 

Un référentiel public pourrait facilement être envisagé à l’échelle européenne. Celui-ci permettrait d’une part, de partager l’ensemble des démarches réalistes et concrètes sur les pratiques agricoles respectueuses de l’environnement ainsi que sur l’impact sanitaire et social et d’autre part, une reconnaissance facile, au travers d’un visuel simple et compréhensible pour le consommateur, l’ensemble permettant des allégations vérifiées et validées par les autorités compétentes dans toute l’Europe. 

Une volonté de voir progresser ensemble Conso-acteurs, industriels et producteurs 

Plutôt que d’impacter les références de produits concernés, il est essentiel, pour l’avenir de la production agricole en Europe que les pratiques soient homogènes et comprises de tous, y compris du consommateur. Tout ceci ayant pour objectif de voir progresser les pratiques agricoles, au rythme des révisions du référentiel, et avec équité, entre les parties prenantes jusqu’au consommateur final. 

Cette réelle avancée est indispensable pour faire du consommateur un acteur à part entière de l’agro-écologie, du fait de ses choix. Un étiquetage harmonisé pourrait permettre une évaluation du fruit ou légume par un niveau d’engagement sur la maitrise des impacts sociétaux et environnementaux de sa production. Un discours et un affichage facilement compréhensible, lisible ayant un impact réel et à grande échelle tout en laissant à l’industriel la possibilité de passer son message commercial. 

Ce nouvel étiquetage harmonisé emportera une maitrise accrue des allégations commerciales sur les fruits et légumes. La multiplication des cahiers des charges parfois basés sur des obligations de résultats difficilement vérifiables et hétérogènes, sont imposés aux producteurs, créant un réel déséquilibre entre les pratiques agricoles de chaque pays membres. Ces nouveaux labels génèrent des impacts financiers importants pour les producteurs souvent seuls à prendre le risque (marchandise déclassée, cout d’adhésion, perte de rendement...) et qui souffrent déjà d’une concurrence intracommunautaire. Il convient donc, pour maintenir une démarche publique efficace, de mettre en place une maitrise, une progressivité dans la démarche et une reconnaissance de ces référentiels mais par le biais d’un étiquetage compris et accessible à tous. 

Une mise en commun des référentiels pour une promotion de l’agro-écologie respectueuse des enjeux économiques de chacun. Au-delà des aspects sanitaires, environnementaux et sociétaux, la mise en commun de ces informations permettra la construction d’un unique référentiel dont le but serait d’aller vers une harmonisation des pratiques agricoles et du commerce des fruits et légumes en Europe. Celui-ci donnera une vision et une direction pour le développement de nouvelles pratiques agricoles et assurera une maitrise accrue des normes communautaires déjà en place dans ce domaine.

La mutualisation des référentiels existant, des projets innovants et des compétences diverses pourra non seulement solutionner des impasses techniques mais également générer des ambitions pour l’agriculture européenne de demain. 

Le conso-acteur met aujourd’hui l’Europe face à un challenge important, qui sera de nourrir la population de façon durable, autonome, respectueuse des écosystèmes et pour y arriver elle doit accompagner le marché du fruits et légumes à changer progressivement de modèle, pour ne pas subir ceux de chaque industriel servant ces intérêts avant ceux du consommateur. 

Mobiliser un groupe de travail 

Mettre en place un projet en ce sens semble indispensable afin d’apporter des réponses fonctionnelles au « Green Deal » et promouvoir une organisation de la filière de la production végétale adéquat et équitable pour l’ensemble de ses acteurs. 

L’harmonisation des référentiels techniques et règlementaires doit prendre en compte les attentes formulées par les scientifiques au regard des aspects sanitaires et environnementaux, des spécialistes concernant la structuration de la filière mais également, des consommateurs qui doivent orienter le projet sur des caractéristiques attendues, appropriées et pertinentes. 


Anthony Sinquin et Damien Cariou

Références

[1] « Pesticides : ces labels trompeurs » France Nature et Environnement – Mars 2018 - https://hve- asso.com/zero-residu-de-pesticides-des-ong-evoquent- des-labels-trompeurs-et-preferent-le- bio-et-la-hve/ 

[2] « La Haute Valeur Environnementale : une reconnaissance officielle de la performance environnementale des viticulteurs et des agriculteurs » - Avril 2019 - https://agriculture.gouv.fr/la-haute-valeur-environnementale-une-re- connaissance-officielle-de- la-performance-environnementale 

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Résumé
Flatté par différents étiquetages savamment étudiés par de nombreux spécialistes en marketing, innovant quant à leur faculté à charmer l’œil du consommateur, le fruit et légume de consommation, en Europe, est avant tout beau mais surtout bardé d’allégations commerciales avant d’être sain et respectueux de l’environnement. Réside là toute la complexité de résoudre l’équation agro-écologique qui nous permettra de maintenir : dans un premier temps, un environnement et une biodiversité nécessaire et dans un second, nourrir la population européenne avec des aliments sains, bons et équitables.
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