Penser notre action collective en Europe

Résumé

La pensée rationnelle européenne comme élément de notre patrimoine commun

La rationalité épistémique est atteinte lorsque les croyances acquises sont alignées sur les preuves. Chaque croyance est appuyée par une preuve et chaque aveu d’ignorance répond à une absence de preuve.

Cette connaissance produite n’est pas absolue: c’est conventuellement que la connaissance est créée, par le dialogue. Elle n’est jamais établie absolument mais collectivement. C’est donc une méthode qui est éminemment collective, d’où sa pertinence dans une réflexion européenne.

Cette approche rationnelle est d’autant plus pertinente qu’elle fait partie de notre patrimoine européen commun. Elle est une lente évolution de plusieurs siècles de réflexions philosophiques et de pratiques scientifiques. De plus,elle n’est donc pas un mode de pensée d’une nation particulière, imposé à d’autres nations, mais bien un outil commun. À défaut de penser de la même manière, nous savons la même chose, notre connaissance est commune.

Ce patrimoine commun, cette union de méthode permet une intelligibilité, un dialogue entre Européens. Il existe un « fossé entre savoir et action [comblé par la rationalité] » comme l’explique Max Weber dans le Savant et le Politique.Dès lors que l’Homme quitte son état de tutelle, l’action politique libre apparait. De cette connaissance commune peut naitre une action commune.

Conclusion:

La conséquence de la modernité européenne est union de la méthode et des valeurs qui permettent une connaissance commune ainsi que la possibilité d’agir collectivement à l’échelle européenne.

Penser rationnellement, notre action en Europe

Il y a une transparence de la prise rationnelle de décision qui permet à l’agent de faire erreur. Elle rend possible un jugement adéquat qui sanctionne les malfaçons et tolère la malchance. Ce dialogue avec l’administré est d’autant plus nécessaire que la décision prise est loin de lui. Il y a donc une pertinence certaine de ce manque de d’échange entre le ‘principal et l’agent’ à l’échelle européenne.

De plus, comme l’expliquait le sociologue Max Haller en 2010, la légitimité des résultats ne suffit plus. L’intégration politique ne peut plus n’être que soutenue par les avantages et l’efficacité économiques.

L’Union a vu un ralentissement économique. Nos partenaires et concurrents sous des régimes autoritaires ont, eux, vu une croissance renforcée.

Pourtant, comme l’explique Vivien Schmidt, les discours sont demeurés identiques. « contribuant à diviser la perception de leurs actions par le public.» Il est donc temps de changer de discours, de donner une nouvelle légitimité à notre action collective : Que les citoyens puissent pleinement émettre un jugement juste sur de bases solides, au sein d’une communauté de pensée, de valeurs et de connaissances. Et que cette justification-là de la légitimité de l’action de l’Union doit être le fondement premier de toute politique commune.

Le fondement même de l’action de l’Union repose sur cette conception du savoir

La recherche scientifique dans la lutte contre la pandémie apparaît comme devant répondre à une urgence mondiale. Cependant, sa lenteur dérange, ses résultats sont scrutés et débattus sur la place publique. Les tensions du politique, ses excès, ses dérives débordent sur le champ scientifique, créant alors un déséquilibre burlesque des rôles sociétaux. Les scientifiques se retrouvent en pleine lumière sur les plateaux de télévision poussés à affirmer des informations tranchées, les journalistes semblent noyés dans des publications scientifiques nuancées et aux codes obscurs, tandis que les représentants politiques doivent apparaitre comme sûrs d’eux dans un champ où il n’existe qu’incertitude. Quand il n’est pas question de remettre en cause la réalité de la pandémie par des faits dits « alternatifs » le risque persiste que le résultat de la recherche scientifique ne fasse pas plaisir à entendre ou pire, sabote les modes de vie ou les projets politiques. Cette irruption du politique, pendant plus d’un an, dans le travail de recherche scientifique s’est accompagné de campagnes, intérieures comme extérieures, de désinformation - massives - comme le concluait, en avril 2021, le rapport du Service Européen des Affaires Extérieures [1].

La tendance est alors de présenter les hypothèses scientifiques et les objectifs politiques comme des croyances parmi d’autres. « Pour peu que leur égo ait atteint la bonne surdimension, certains (...) accordent aujourd’hui à leur ressenti un crédit suffisant pour trancher d’un simple coup de phrase des questions vertigineusement complexes. Tout en reconnaissant (...) qu’ils n’y connaissent absolument rien » comme le présentait le physicien et philosophe des sciences Etienne Klein dans son essai Le goût du vrai [2], paru pendant l’épidémie. De même, les hommes politiques pressés sont tentés d’écouter ces voix hasardeuses et de céder aux solutions faciles de la croyance naïve en de fausses autorités.

Comme l’écrit Raymond Aron dans son essai La rationalité politique : « La première différence des deux recherches du vrai scientifique ou du vrai politique se révèle immédiatement si l’on se met à la place de l’homme politique, de l’homme au pouvoir. L’action politique exige d’instant en instant des décisions. [...] les qualités du gouvernant se combinent rarement avec celles du savant. La réponse à une conjoncture singulière est faite d’invention, d’intuition ou de résignation, rarement l’aboutissement d’une délibération rationnelle. » [3]. Nous nous trouvons donc face à un double problème qui concerne, d’une part, l’action politique dans l’immédiateté et la recherche scientifique dans le temps long et, d’autre part, l’implication nécessairement grande des acteurs politiques dans une situation.

Face à ces problèmes, se pose la question de la réaction de la société civile, tentée de céder au relativisme face à l’incohérence des autorités. Ce relativisme ambiant n’est finalement qu’une figure, une exemplification d’un phénomène plus vaste qui concerne les institutions en général et, au premier chef, la démocratie représentative et les valeurs démocratiques. C’est ce que nous avons observé pendant la pandémie où la désinformation massive s’insère, systématiquement, dans un contexte plus général d’attaques contre l’État de droit européen. [4]

L’Europe fait face à une crise, de la légitimité démocratique de ses acteurs, du fondement de son action et de la rationalité. Face à ce constat peu réjouissant, nous nous efforcerons démontrer que les Européens disposent pourtant des moyens nécessaires pour faire face à ces attaques. Nous défendrons qu’il faut replonger dans nos racines d’une « pensée européenne » pour permettre de renouer avec la rationalité et d’éviter une rupture. Il existe, en effet, une pensée européenne rationnelle issue de notre patrimoine commun (I) la solution pourrait donc consister à revenir et promouvoir cette unité intellectuelle pour légitimer notre action collective (II).

La pensée rationnelle européenne comme élément de notre patrimoine commun

Polarisation et désinformation, sans chercher à savoir laquelle précède l’autre, marquent une perte de la rationalité par une partie des décideurs publics et, naturellement, des individus et citoyens qu’ils représentent. Cette rationalité, en tant que méthode, est mal comprise, souvent stigmatisée et rarement définie. Cela s’explique par une raison très simple : sa signification est multiple. Il nous faut donc décrire cette rationalité et comprendre son rôle comme outil de production de connaissances et d’actions communes. Cependant, le point central de cette description, plus que le développement d’une méthode, est la démonstration qu’elle est le fruit d’une réflexion européenne, rassemblant des philosophes et des scientifiques qui se lisent, se comprennent et se répondent à travers les siècles. Il existe en Europe « une communauté des méthodes, des thèmes de recherche [et] des modes d’interprétation » [5]. Cette communauté de méthode permet un savoir commun en Europe et donc une action commune.

La méthode rationnelle pour produire une connaissance sure
L’alignement des croyances sur les preuves.

Le principe de la rationalité épistémique réside dans le mode d’acquisition des connaissances ainsi que dans leur nature. Pendant cette acquisition, l’individu effectue un saut, passant de ‘thèse hypothétique’ à ‘croyance considérée comme vraie’. L’aspect central de ce mouvement se situe dans ce qui justifie ce saut.

La rationalité épistémique est atteinte lorsque les croyances acquises sont alignées sur les preuves. [6] C’est-à-dire que chaque croyance est appuyée sur une preuve, que chaque aveu d’ignorance répond à une absence de preuve et que ‘l’intensité’ de chaque croyance correspond à la force de sa preuve. Croire sans preuve, est un écueil souvent compris. Cependant, l’angle mort de la croyance repose souvent dans la non-croyance malgré des preuves, ce qui est tout aussi irrationnel.

Pour prendre un exemple de ces derniers mois, dire « je ne sais pas si le SARS-CoV-2 n’a pas été créé volontairement par l’homme, on ne sait jamais » n’est pas une position rationnelle alors qu’a été apportée la preuve du contraire [7] [8]. Prétendre une ignorance [9], voilà une erreur tout aussi grave si nous avons des preuves permettant une croyance positive. Pour contrevenir à cela, la connaissance nécessite un consensus, un caractère normatif commun de la connaissance et donc, une méthode commune.

Le caractère arbitraire du saut de l’hypothèse à la croyance

Le mode d’acquisition est connu : la recherche de preuves susceptibles de pouvoir infirmer une hypothèse. De plus, nous avons une nature de la connaissance obtenue : une vérité partielle, en ce que le saut de foi est déterminé arbitrairement, est toujours remis en question en fonction du niveau de preuve. Oublier que le passage du faisceau d’indices, en passant par la preuve, à la connaissance est arbitraire et toujours potentiellement remis en question, est dangereux. Comme l’illustre Kierkegaard « Nous admirerions un danseur capable de sauter très haut ; mais si, capable du bond le plus hardi qu’ait jamais exécuté un danseur, il faisait semblant de pouvoir voler, il serait alors en butte au rire. » [10].

Par exemple, la théorie de la gravitation, bien qu’universellement observée, n’est pas prouvée absolument et, par conséquent, si des preuves suffisamment importantes étaient présentées, elle serait remise en question. Cependant, elle est considérée comme universellement vraie jusqu’à preuve du contraire.

Notre niveau de preuve vis-à-vis de cette théorie étant gigantesque – i.e. des siècles de recherches et des millénaires d’observations - il faudrait un niveau de preuve supérieur pour la remettre en cause. Pour revenir à notre exemple, effectivement « on ne sait jamais », il est possible que le virus ait été d’origine humaine mais le niveau de preuve pour arriver à cette conclusion est tel que l’affirmer revient à mentir. Il convient donc de rejeter cette hypothèse.

De plus, cette connaissance produite n’est pas absolue, elle dépend d’un niveau de preuve à atteindre, il y a une nécessité du pluralisme et du consensus. En effet, c’est conventuellement que la connaissance est créée, par le dialogue sur le niveau de preuve. Le consensus s’appuie sur une échelle de preuves [11] et des avis d’expert. La connaissance n’est jamais établie absolument mais collectivement. C’est donc une méthode qui est éminemment collective, d’où sa pertinence dans une réflexion européenne.

La volonté de croire ensemble le moins de choses fausses possible.

Partant de ce constat, c’est précisément aujourd’hui, où l’incertitude des informations et les tentatives extérieures de diffusions de fausses nouvelles augmentent que nous nous devons d’être rigoureux face aux problèmes actuels [12]. Cette approche rationnelle est d’autant plus pertinente qu’elle fait partie de notre patrimoine européen commun. Elle est une lente et méticuleuse évolution (oserait-on dire progrès ?) de plusieurs siècles de réflexions philosophiques et de pratiques scientifiques. De plus, elle est intimement liée à l’apparition des valeurs libérales et démocratiques en Europe, au rejet du dogmatisme, à ce qui aujourd’hui encore constitue le cœur de notre action européenne commune. Nous verrons que ce mode d’acquisition de connaissances n’est pas seulement vertueux - car il produit des connaissances sures - et utile - car il permet l’action informée -, il est le produit d’un patrimoine commun.

Une méthode issue de la tradition philosophique et scientifique moderne européenne

L’évolution de cette pensée, de cette méthode commune s’étendant sur des siècles et des auteurs, une étude de son détail serait superflue. Pour cela, nous nous attarderons seulement sur trois moments représentatifs de cette méthode, et qui l’illustrent, afin d’en comprendre la généalogie : l’épochè cartésienne, la falsification de Popper et l’expérimentalisme de Bernard.

Une méthode rationnelle née dans une Europe moderne rejetant le dogmatisme

Produit du rejet du dogmatisme religieux, aux XVIIème et XVIIIème siècles, le modernisme s’oppose à l’idée que le savoir doit se soumettre aux écritures, ou du moins à son interprétation par l’Eglise, mais également aux philosophes et scientifiques que l’Eglise a considérés comme étant les plus justes. Oser remettre en question l’enseignement du « divin Aristote, [...] et tous les héros de la philosophie scolastique, [des] hommes qui avaient recours à des mots pour cacher leur ignorance » [13] n’était pas acceptable. C’est de la sortie de « l’Homme de l’état de tutelle », selon Kant [14], créant la possibilité de la critique, du doute et de la vérité objective, qu’émerge cette possibilité de croire sans qu’on lui dise de croire.

Le fruit d’une réflexion européenne commune, philosophique et scientifique. Cependant cette méthode, telle que nous la présentons, a nécessité des siècles de réflexion à travers l’Europe. Elle s’est développée lentement, par dialogues interposés entre penseurs, siècles et disciplines. Par conséquent, elle est notre patrimoine commun. En philosophie, par exemple, la recherche de preuves a impliqué le concept de suspension du jugement que l’on retrouve dans le doute cartésien en France.

En effet, pour séparer la preuve de la croyance, la première doit précéder la seconde. Par conséquent, il est indispensable de procéder à une suspension de la croyance pendant la phase d’investigation. C’est d’abord une lutte contre les préjugés « qui ont été des erreurs d’anciens charlatans, qui jugèrent sans raisonner, et qui, étant trompés, trompèrent les autres. ». [15] Cette réflexion, au-delà du dialogue philosophique, s’est étendue à la recherche scientifique. En Pologne, Copernic a combattu les systèmes astronomiques ptoléméen et aristotélicien, consacrés par l’Eglise, qui voyaient les étoiles accrochées sur un plafond de cristal. Lui ont répondu Galilée, en Italie, puis Newton, en Angleterre. En France, Claude Bernard a développé le protocole expérimental qui combat les biais de l’observateur et cherche à accéder à des connaissances sures. La pertinence de ses travaux nous interroge encore aujourd’hui : « Le médecin marche à l’aventure et devient le jouet de mille illusions. Un médecin qui essaye un traitement et qui guérit ses malades est porté à croire que la guérison est due à son traitement. Souvent des médecins se vantent d’avoir guéri tous leurs malades par un remède qu’ils ont employé. Mais la première chose qu’il faudrait leur demander, ce serait s’ils ont essayé de ne rien faire, c’est-à-dire de ne pas traiter d’autres malades ; car, autrement, comment savoir si c’est le remède ou la nature qui a guéri ? » [16]. Cela peut nous rappeler certains débats qui ont marqué les longs mois de confinements. Nombreux semblent ceux qui ont oublié qu’ils avaient été discutés - et tranchés - il y a près de 150 ans. Se remémorer ses débats est salutaire : ils représentent une réalité de notre rationalité commune européenne qui est, d’abord, collective. Loin d’être le patrimoine particulier d’une nation européenne qui se serait ensuite généralisée, son origine est multicentrique, son émergence liée au débat d’idée à travers le continent et les siècles. Ce mode de compréhensions de la connaissance est donc un patrimoine commun des nations européennes. Nous verrons qu’il permet des connaissances communes et par conséquence permet une discussion commune de l’action politique.

Cette méthode commune créé des connaissances communes

Ce patrimoine commun, cette union de méthode permet une intelligibilité, un dialogue entre Européens. En découle la conséquence première, la création du commun apparaît comme le rôle de ce patrimoine européen ; la méthode rationnelle permet l’établissement de connaissances communes. Outre le fait qu’elle permette les connaissances les plus sures – i.e. les moins fausses – elle crée du commun dans une communauté de valeurs mais pas de culture.

Les faits ne nous apparaissent pas de manières identiques, les mœurs, les conventions sont multiples, pourtant ce que l’on pourrait désigner comme nos normes du vrai convergent. Dans une Europe où les langues, les religions et les traditions divergent, où les visions du monde et l’interprétation politique des faits sont difficilement unifiables, la méthode rationnelle présente deux avantages dans la production de connaissance. Un mode de pensée non exclusif, non pas d’une nation particulière, imposé à d’autres, mais un outil commun D’abord, la méthode rationnelle est, comme nous l’avons établi, tirée d’une tradition européenne elle n’est donc pas un mode de pensée d’une nation particulière, imposé à d’autres nations, mais bien un outil commun. Ensuite, en ce qu’elle produit un savoir solide et réplicable, elle crée une connaissance qui peut être construite et débattue sans difficultés entre nationalités différentes. Elle permet de développer une méthode rigoureuse d’élimination des biais. L’adopter c’est vouloir que les connaissances soient « soumises aux lois de cette critique commune. ». [17] Créer ainsi une union de la connaissance a cela de vertueux qu’elle donne au savoir européen une dimension généralisable. À défaut de penser de la même manière, nous savons la même chose, notre connaissance est commune.

De la connaissance commune à notre action collective

Jusqu’à présent, nous avons présenté cette méthode rationnelle comme un moyen d’échange, comme une méthode de progrès intellectuel entre individus en Europe. C’est le souffle scientifique et philosophique de la modernité européenne. Cependant, comme nous le savons, cette révolution moderne, intellectuelle, a entrainé une révolution politique. Comment comprendre que les fondations rationnelles de la connaissance puissent entrainer le changement radical de notre action politique ? Il existe un « fossé entre savoir et action [comblé par la rationalité] » [18]. C’est ce qui est défendu par Max Weber dans les conférences matérialisées dans Le Savant et le Politique. Dès lors que l’Homme quitte son état de tutelle, l’action politique libre apparait. De cette connaissance commune peut naitre une action commune. « La science est celle qui est susceptible de servir l’homme d’action ». [19]

Les valeurs

De plus, cette modernité va de pair avec le développement des valeurs démocratiques. Si le corps électoral composé d’individus est souverain, il doit pouvoir comprendre et approuver l’action commune. Pour comprendre collectivement une action il faut un savoir commun, consensuel et tiré d’un mode d’acquisition de connaissances communes. Cependant, tout comme cette évolution de la connaissance en Europe ne s’est pas faite isolément, la réflexion de l’action politique est issue de ce même dialogue, permis par un changement simultané et radical de paradigme. Comme nos États, nos valeurs européennes ne se sont pas construites de manière isolée, suivant des frontières variant au gré des conflits armés mais au fur et à mesure des influences de nos penseurs et philosophes [20]. De Voltaire en Prusse à Rousseau en Pologne, bien que les révolutions du XVIIIe et XIXe siècle soient inscrites dans l’Histoire comme des révolutions de nations (et de la Nation), la postérité ne retient que peu la place de l’échange collectif, de la révolution commune. Nous citions plus haut la pensée de Voltaire. Cette liberté de la pensée, Voltaire l’amènera dans le champ public. L’affaire Calas, par exemple, remet en cause des préjugés à l’encontre des protestants et sera portée au plus haut niveau de l’État, ébranlant ainsi le système judiciaire français de l’Ancien régime [21]. Le fruit de la réflexion philosophique critique, libre, rationnelle, crée l’action politique libre. Le rejet du dogme en pensée, entraine l’action réfléchie rationnelle.

Cette conversation européenne sur la rationalité de la connaissance ouvre la voie à une révolution de l’action politique. Cette action libre est un héritage commun de la pensée européenne. Entendons-nous bien. Il n’est pas ici question de défendre l’idée qu’il y aurait une positivité absolue de la connaissance et donc une action politique unique et nécessaire en découlant naturellement. La conséquence de l’union de la méthode avec la connaissance et de sa réalité dans les valeurs communes est la possibilité d’agir collectivement. Dans l’État nation le citoyen accepte une action collective même si, dans sa pratique, il peut être en désaccord avec elle. Cela est concevable parce qu’il a confiance dans son concitoyen, il sait qu’il partage avec lui le même contrat social, qu’il s’agisse d’une constitution, d’un Habeas Corpus, ou d’une Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen. De plus, ils partagent également une même méthode d’acquisition de connaissance. Une même conception du vrai. En Europe, l’aspect collectif de la rationalité, et des valeurs qui en découlent, permet ce même type de confiance. Une union des valeurs et de la connaissance permet une action collective.

Penser rationnellement, notre action en Europe

Pourquoi aujourd’hui est-il nécessaire de renforcer ce patrimoine conceptuel ? D’abord pour cette première vertu dont nous avons montré l’importance : la connaissance est unifiée par sa méthode. Elle permet des connaissances plus sures, plus nombreuses et plus partagées. Cependant, la vertu d’une connaissance sure n’est pas la seule raison d’un attachement à ce mode de pensée commune mais surtout le caractère commun.

Pourvoir connaître ensemble, c’est, comme nous l’avons évoqué, pourvoir agir collectivement. Or c’est précisément le cœur du problème, la tension principale de d’une action que l’on pourrait qualifier d’européenne. Comment agir ensemble ? Et donc comment penser notre action collectivement. Cette relation de la connaissance et de l’action est au cœur des décisions politique. Si la science ne permet pas de dégager des impératifs politiques, l’utilisation de cette même méthode rationnelle permet d’éclairer les conséquences probables de l’action et d’assumer la responsabilité de ses conséquences.

Agir en Europe, agir en crise

La méthode rationnelle permet une production accessible à tous et efficace, une base commune du vrai et du savoir. De plus, la consécration de cette révolution de la connaissance et de l’action publique en Europe a été l’action politique commune des nations européennes. « L’action politique est l’effort [...] pour promouvoir ces valeurs, constitutives de notre communauté »[22].

Connaissances communes et valeurs communes, ont entrainé la promotion de ces valeurs et leur préservation par une action collective. C’est bien cette prise de décision qui est au centre de l’action commune en Europe. Or, l’expansion de l’Union européenne et de ses prérogatives est souvent présentée comme ayant fragilisé la légitimité de son action. Cette interrogation est loin d’être vaine car l’intérêt central de la tradition européenne de la rationalité se situe bien dans la prise de décision, notamment en temps de crise, mais également dans le contrôle démocratique de ces décisions et la responsabilité des décideurs. Une méthode tirant également sa vertu dans des situations telles que l’actuelle pandémie.

La pandémie actuelle nous a cruellement mis face au retour à l’action éparse, nationale, voire égoïste en temps de crise. Notre action collective et délibérative a été suspendue par l’urgence et l’incertitude. On a pu nous répéter que protocoles et méthodes ne servent pas en temps de crise car la rigueur de l’expérience ne correspond pas à la nécessité de l’urgence.

Il convient de rejeter cette thèse car c’est là son utilité première. Dans un éditorial dans l’Express du 30 avril 2020, Alain Fischer, titulaire de la chaire de médecine expérimentale au Collège de France, appelle à de la « rigueur même dans l’urgence (...) [afin d’] éviter de revenir au temps de Molière » [23] où la médecine tuait plus qu’elle ne soignait, par manque de rigueur scientifique, la toute- puissance de ses praticiens et l’ignorance de ses patients. « On n’a qu’à parler avec une robe et un bonnet, tout galimatias devient savant, et toute sottise devient raison. » [24]. Le protocole permet de déplacer la réflexion conceptuelle en la plaçant avant la crise. Les discussions et consensus de méthode ou de niveaux de preuves ont lieu et peuvent être rapportés.

La crise et l’urgence correspondent à une situation qui demande une action rapide. Or, si dans l’action lente il est bienvenu de questionner son protocole et sa méthode et de s’interroger sur ses limitations, l’action rapide demande une méthode préexistante. Il serait absurde défendre une absence de méthode. Toute connaissance produite serait incertaine et peu rigoureuse, donc contingente et aléatoire. La situation où la méthode rigoureuse tire sa principale plus-value est bien l’urgence ou l’interrogation des biais. De plus, l’urgence ne voit pas seulement une difficulté à correctement affronter les biais, il y a bien une multiplication des biais liée à l’urgence. Que ce soit par l’implication personnelle du chercheur ou de l’informé, ou l’implication émotionnelle dans une crise nous touchant tous, le biais est généré par l’urgence.

S’il y a une multiplication des biais et une limitation de notre capacité à les surmonter, c’est donc bien dans l’urgence que la méthode rationnelle et rigoureuse demande le plus grand zèle et non l’inverse. De plus, le partage d’une même méthode à une grande échelle, qui implique une intelligibilité commune, prend d’autant plus son sens dans l’urgence puisqu’elle permet, à défaut d’aller plus vite par précipitation, de faire plus à plusieurs. Et, comme nous l’avions déjà constaté, la multiplication de la recherche permet une accumulation plus grande de preuves et donc des connaissances plus solides. [25] L’idée principale que nous défendons ici est que la production de connaissance, comme l’action collective, ne soient pas des outils réservés aux temps calmes. L’attachement à une méthode commune prend son sens dans l’urgence. Par conséquent, si l’ambition de l’action commune européenne est de gérer ensemble les crises auxquelles nous ferons face, cette méthode commune en est une condition nécessaire.

La transparence dans la prise de décision et débat démocratique

S’il nous faut prendre des décisions ensemble, et que nos décideurs agissent en notre nom, il faut pourvoir « demander des comptes » et juger de manière juste S’il nous faut prendre des décisions ensemble, et que nos décideurs agissent en notre nom, il faut pouvoir « demander des comptes à tout agent public » comme le prévoit le – semble-t-il - trop longtemps oublié article 15 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen.

Cette relation principal-agent, comme théorisée dans les année 1980, entre action et contrôle, nécessite une intelligibilité des actions de l’agent pour un contrôle du principal [26]. Le dernier intérêt d’un retour à une prise de décision rationnelle est, donc, la transparence de l’action publique, bien sûr à l’échelle des nations, mais surtout à celle de l’Union. Découper les décisions en démonstration rigoureuse permet au citoyen une certaine implication dans la vie politique et dans les décisions prises en son nom. Elle permet d’émettre un jugement qui sera juste et compris de ses pairs. Par exemple, plutôt que de critiquer un état de fait (ex : ‘Je pars à la retraite à 65 ans’), critiquer un présupposé (ex : ‘Il faut un équilibre des finances de la retraite’), une action (ex : ‘Il faut augmenter l’âge de départ’) ou une conséquence (ex : ‘Les citoyens travaillent plus longtemps’), le découpage logique et rationnel permet d’abord une compréhension du raisonnement et une justesse de la critique. La responsabilité de critique tient tant à celui qui agit qu’à celui qui juge.

La transparence de l’action est d’abord une transparence et une collectivité de méthode. Ceci implique, en conséquence, de reconnaître ses erreurs. A l’échelle nationale, il permet à l’agent de faire erreur Cette transparence de la prise rationnelle de décision permet à l’agent de faire erreur. Elle permet un jugement adéquat qui sanctionne les malfaçons et tolère la malchance. En découpant son action rationnellement, le citoyen qui voudrait demander des comptes face à une conséquence négative de l’action de son gouvernement pourra comprendre si l’agent est en tort ou s’il a fait du mieux qu’il pouvait avec les connaissances dont il disposait.

Pour reprendre un exemple tiré de la crise sanitaire, les déclarations des ministres de la santé sur l’efficacité des masques ont été violement critiquées aujourd’hui qu’il est admis que leur efficacité est prouvée [27]. On se moque de l’évolution du discours politique sur le masque, hier inutiles aujourd’hui vitaux. La Cour de Justice de la République - juridiction d’exception créée à la suite du scandale du « sang contaminé - a admis devoir ouvrir une enquête judiciaire contre l’actuel ministre de la santé française et la précédente [28]. Magistrats et parlementaires instruisent donc les dossiers par rapport à ce qui a été dit, en mars 2020, et les perquisitions permettent de déterminer s’il y a des pièces attestant – ou non – la conformité de leurs dires avec leurs connaissances à ce moment. Soit les ministres n’avaient pas de preuves de l’efficacité des masques, alors leurs déclarations, bien qu’inexactes aujourd’hui, ne peuvent leur être reprochées. Soit il y en avait et c’est donc à la lumière des preuves de mars 2020 qu’il faut juger les actions et décisions prises à ce moment-là.

La compréhension de l’action comme correspondant à une connaissance permet l’erreur de la part des agents publics. Cela permet une limite dans la connaissance et une indulgence dans l’action. Si chaque affirmation est supportée par une preuve, le citoyen peut aisément juger de l’efficacité de son agent, le contrôle démocratique est possible. Sinon, la critique politique reste au stade de l’opposition primaire qui ne reconnait comme argument que la force. Comme l’explique le philosophe Robert Spaemann « toute querelle théorique se fonde sur l’idée d’une vérité commune, si chacun avait sa propre vérité, il n’y aurait aucune controverse, chacun camperait sur ses positions jusqu’à ce qu’éclate un conflit.

Ce conflit ne pourrait pas être résolu par une réflexion rationnelle et peut-être pas non plus par des controverses à propos du critère juste, mais seulement par le droit physique du plus fort, qui impose brutalement sa volonté » [29]. L’organisation politique institutionnalise les rapports de forces, et permet la sortie des contentieux en dehors de toute violence [30]. Elle s’appuie sur cette possibilité même de trouver une solution au conflit par le débat. Le fondement de l’organisation politique est cette possibilité d’organiser le débat rationnel entre citoyens et avec les institutions.

Ceci est d’autant plus vrai à l’échelle supranationale Pour un gouvernement, présenter une décision rationnellement permet un dialogue avec le citoyen et de garder le décisionnaire responsable. Ce dialogue avec l’administré est d’autant plus nécessaire que la décision prise est loin de lui. Ainsi, si l’on part du principe que l’euroscepticisme naît d’abord d’une peur des décisions lointaines, d’une perte de contrôle politique on peut comprendre des discours comme « Notre démocratie va de nouveau faire nos lois », scandé par le député eurosceptique britannique Jacob Rees-Mogg [31]. Cette peur est légitime, il convient donc d’y répondre par la raison et non par le dédain.

Retrouver une légitimité décisionnelle de l’Union

La légitimité démocratique de l’Union européenne « Le pouvoir réside dans la légitimité » et la légitimité dans « l’acceptation » [32]. Pour qu’une décision soit légitime, il faut qu’elle soit acceptée et par conséquent comprise. La transparence d’action que donne une méthode de pensée commune permet cette compréhension. Or, c’est bien une crise de la légitimité que l’Union traverse depuis le début des années 2000 [33]. Son fonctionnement est devenu inaudible pour les citoyens et l’on a perdu le sens des décisions démocratiques. Ici, la réalité du fonctionnement démocratique de l’Union importe peu. C’est sa perception par les citoyens et sa représentation dans le discours politique qui détermine l’acceptation d’une autorité par le citoyen.

En ce sens, il est intéressant de s’en référer à la théorie du Discursive Institutionalism de Vivien A. Schmidt qui s’intéresse aux discours et comment ils structurent et justifient l’action politique [34]. Jusque là, le discours de prospérité économique et de libéralisation ont structuré l’action politique et l’intégration. Ce qui mène, aujourd’hui, l’intégration européenne et la justification de l’action de l’Union dans une impasse. Limitation de la légitimité de résultats Comme l’expliquait le sociologue Max Haller en 2010, la légitimité des résultats ne suffit plus. L’intégration politique ne peut plus n’être soutenue que par les avantages et l’efficacité économiques.

L’intégration européenne est d’abord passée par l’intégration économique et, si ici encore nous nous intéressons au discours, c’est d’abord le progrès économique qui justifie la construction européenne. Or, cette légitimation de l’intégration est arrivée à une impasse ; « Rappelons que les régimes autoritaires aussi peuvent parfois être efficaces » [35]. L’Union a vu deux crises financières et un ralentissement économique depuis la signature du traité de Lisbonne. Nos partenaires et concurrents sous des régimes autoritaires ont, eux, vu une croissance renforcée. Comme le présentait le FMI, déjà en 2009, les régimes autoritaires ont vu depuis la fin des années 90 une croissance trois fois supérieure à celle des démocraties dites libérales [36].

Pourtant les discours sont demeurés identiques. Comme l’explique V. Schmidt, suite aux crises et à la croissance des économie autoritaires, « la rupture entre ce que les acteurs de l’UE ont dit et ce qu’ils ont fait. a contribué à diviser la perception de leurs actions par le public.» De plus, ce décalage entre le justification de l’action par le discours et la réalité des faits qui le justifient a particulièrement été ressenti en France. Les dirigeants français « se sont retrouvés piégés par le discours communicatif de leurs prédécesseurs, en particulier les idées initiales de légitimation de l’intégration européenne de de Gaulle » [37]. Il est donc temps de changer de discours, de donner une nouvelle légitimité à notre action collective.

Pour une légitimité rationnelle de l’action européenne Émettre un jugement sur le fondement de l’action de l’Union sur ses seuls résultats ne suffit plus, pire : elle érode la légitimité de son action. Il faut retrouver une acceptation de la décision politique. Comment refonder cette légitimité de l’action? Par les principes communs que nous avons présenté. La méthode rationnelle permet de l’action commune mais peut la justifier, dans ses fondements et dans la vertus de ses résultats.

La légitimité rationnelles est le quatrième type de fondement de l’action légitime de Max Weber. Elle permet une transparence dans l’exercice du pouvoir. Cependant, qu’elle permette une transparence de la décision n’entraine pas nécessairement une adhésion des citoyens. Elle nécessite l’implication du citoyen et qu’il comprenne « en une conscience intellectuelle, en une conscience morale, les normes et les principes impliqués dans l’activité concrète » [38]. Bref, la méthode commune d’acquisition de connaissances doit être connue de tous et utilisée partout. Que les citoyens « prennent en considération les objectifs et les actions de leurs dirigeants et le contexte situationnel dans lequel ceux-ci opèrent» [39].

Que les citoyens puissent pleinement émettre un jugement juste sur de bases solides, au sein d’une communauté de pensée, de valeurs et de connaissances. Et que cette justification-là de la légitimité de l’action de l’Union soit le fondement premier de toute politique commune. De plus, comme nous l’expliquions, c’est cette méthode qui fonde la vision de l’Homme et de la liberté de l’Europe. Sa vision de l’Etat de droit y est intimement lié. La construction de l’Europe démocratique repose sur cette vision commune du vrai et juste, de l’homme libre, de sa raison et de son action. Par conséquent, le fondement même de l’action de l’Union repose sur cette conception du savoir commun et lui donne une légitimité propre. Enfin, c’est sa défense, la défense de l’Etat de Droit et des valeurs européenne, qui légitimise l’action commune.

Comme nous le présentions dans notre publication de juillet 2020 [40], la désinformation est intimement liée aux attaque contre l’Etat de droit. Cette volonté de détruire nos conceptions de la vérité, par des agents extérieurs, va de pair avec une volonté de détruire la conception européenne de l’Etat de droit. La vertu de sa défense, par la méthode rationnelle et une dernière légitimation de l’action européenne. Sans une défense collective, diplomatique, commerciale ou militaire, que reste-t-il de l’Etat de droit ?

Conclusion

L’attaque contre la rationalité est une arme contre l’État de droit. Elle empêche la prise collective de décision en remettant en question la possibilité d’une vérité commune. Que ce soit en temps de crise pour surmonter les incertitudes de l’urgence ou pour assurer une pleine transparence dans des décisions de plus en plus décentralisées, l’avenir d’une Europe démocratique tient dans la promotion d’une méthode de décision rationnelle, qui permet la confiance des citoyens face aux décider publics mais également vis-à-vis des autres nations. Elle est la condition à l’intégration démocratique, savoir qui décide, de quoi et pourquoi, au débat démocratique. Elle est également porteuse des valeurs qui fondent l’action collective européenne et son État de droit.

Un retour à cette méthode dans les prises de décision est central pour permettre, non seulement une meilleure production de connaissance, favorable au plus grand nombre, mais également une action efficace. Cette méthode non seulement permet l’action collective par sa création de connaissances communes, elle la justifie par la justesse de ses fondements et la vertu de ses effets à un moment où l’Europe manque de fondement légitime à son action.

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Résumé
Résumé La pensée rationnelle européenne comme élé- ment de notre patrimoine commun La rationalité épistémique est atteinte lorsque les croyances acquises sont alignées sur les preuves. Chaque croyance est appuyée par une preuve et chaque aveu d’ignorance répond à une absence de preuve. Cette connaissance produite n’est pas absolue: c’est conventuellement que la connaissance est créée, par le dialogue. Elle n’est jamais établie absolument mais collectivement. C’est donc une méthode qui est éminemment collective, d’où sa pertinence dans une réflexion européenne. Cette approche rationnelle est d’autant plus pertinente qu’elle fait partie de notre patrimoine européen commun. Elle est une lente évolution de plusieurs siècles de réflexions philosophiques et de pratiques scientifiques. De plus, elle n’est donc pas un mode de pensée d’une nation particulière, imposé à d’autres nations, mais bien un outil commun. À défaut de penser de la même manière, nous savons la même chose, notre connaissance est commune. Ce patrimoine commun, cette union de méthode permet une intelligibilité, un dialogue entre Européens. Il existe un « fossé entre savoir et action [comblé par la rationalité] » comme l’explique Max Weber dans le Savant et le Politique. Dès lors que l’Homme quitte son état de tutelle, l’action politique libre apparait. De cette connaissance commune peut naitre une action commune Conclusion: La conséquence de la modernité européenne est union de la méthode et des valeurs qui permettent une connaissance commune ainsi que la possibilité d’agir collectivement à l’échelle européenne. Penser rationnellement, notre action en Europe Il y a une transparence de la prise rationnelle de décision qui permet à l’agent de faire erreur. Elle rend possible un jugement adéquat qui sanctionne les malfaçons et tolère la malchance. Ce dialogue avec l’administré est d’autant plus nécessaire que la décision prise est loin de lui. Il y a donc une pertinence certaine de ce manque de d’échange entre le ‘principal et l’agent’ à l’échelle européenne. De plus, comme l’expliquait le sociologue Max Haller en 2010, la légitimité des résultats ne suffit plus. L’intégration politique ne peut plus n’être que soutenue par les avantages et l’efficacité économiques. L’Union a vu un ralentissement économique. Nos partenaires et concurrents sous des régimes autoritaires ont, eux, vu une croissance renforcée. Pourtant, comme l’explique Vivien Schmidt, les discours sont demeurés identiques. « contribuant à diviser la perception de leurs actions par le public.» Il est donc temps de changer de discours, de donner une nouvelle légitimité à notre action collective : Que les citoyens puissent pleinement émettre un jugement juste sur de bases solides, au sein d’une communauté de pensée, de valeurs et de connaissances. Et que cette justification-là de la légitimité de l’action de l’Union doit être le fondement premier de toute politique commune. Le fondement même de l’action de l’Union repose sur cette conception du savoir commun et lui donne une légitimité propre. De plus, comme nous le développions dans notre publication de juillet 2020, la désinformation est intimement liée aux attaque contre l’Etat de droit. Cette volonté de détruire nos conceptions de la vérité, par des agents extérieurs, va de pair avec une volonté de mettre à bas la conception européenne de l’Etat de droit. La vertu de sa défense, par la méthode rationnelle est une dernière légitimation de l’action européenne. Conclusion: L’attaque contre la rationalité est une arme contre l’État de droit. Elle empêche la prise collective de décision en remettant en question la possibilité d’une vérité commune. Un retour à cette méthode dans les prises de décision est central. Elle permet l’action collective par sa création de connaissances communes. Elle la justifie par la justesse de ses fondements et la vertu de ses effets à un moment où l’Europe manque de fondement légitime à son action.
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