Que vaut votre emploi ? La valeur d’entreprise par emploi en Europe

La valeur d’entreprise par emploi (VE/Emploi) est un ratio d’analyse financier qui s’avère utile et pourtant, qui est peu utilisé. Il est non seulement un excellent indicateur des secteurs dans lesquels se trouvent les entreprises mais permet également d’informer le salarié sur la qualité de son emploi. L’outil doit ainsi être diffusé et permettrait également de calculer une estimation plus précise des différences existantes entre pays. Cette étude utilise l’outil afin de comparer plus de 200 entreprises dans quatre pays européens (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni). Nos résultats démontrent l’efficacité de la VE/Emploi, qui est cohérente à travers les quatre pays et les 25 secteurs d’entreprises sélectionnées. En toute logique, les secteurs qui demandent moins de main d’œuvre, ou des employés plus qualifiés (l’immobilier, l’alcool ou l’énergie) ont les VE/ Emploi les plus importantes, au contraire de ceux où les emplois moins rémunérés sont souvent présents (distribution, services, communication). *

Qu’est-ce que la valeur d’entreprise par emploi (VE/ emploi) ?

La valeur d’entreprise par emploi (VE/Emploi) est un ratio d’analyse financier qui est peu utilisé dans France. La VE/Emploi est un outil qui permet de catégoriser les entreprises, d’étudier la composition de leur masse salariale, les différences qu’elles possèdent avec leurs concurrents nationaux ou européens ainsi que les corps de métiers et spécialisations qui pourraient les différencier d’autres entreprises du même secteur. Elle peut également informer un employé sur la qualité de son emploi. Cette étude a pour objectif de comparer cette valeur entre quatre pays européens ; l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni. En divisant les sociétés en 25 secteurs différents, cela nous amène à une analyse entre pays, entre secteurs et à l’intérieur de ces secteurs même, afin de voir si certaines sociétés ont une valeur d’entreprise par emploi supérieure à d’autres et d’en analyser les raisons. Nous commençons par présenter la méthode (I), puis les résultats sur les 211 entreprises (II) ; une analyse comparant les pays (III.A); puis les 25 secteurs (III.B) et une analyse plus approfondie à l’aide d’étude de cas de X secteurs (III.C).

I. Méthode

Pour mener à bien cette étude, nous avons sélectionné 211 entreprises cotées en bourse, dans 4 pays européens différents : 67 entreprises françaises, 53 entreprises allemandes, 47 entreprises britanniques et 44 entreprises italiennes. Ces entreprises ont été également divisées en 25 secteurs clefs, rassemblant parfois des corps de métiers différents mais dans un même domaine, afin d’obtenir des secteurs assez denses pour obtenir des résultats significatifs. C’est notamment le cas du domaine de l’informatique, dont la définition propre dépend du pays et qui rassemble autant des entreprises qualifiées de SSII que des éditeurs de logiciel, ou encore celui de l’industrie qui rassemble 33 entreprises dans un « super- domaine » afin d’éviter une division trop grande des secteurs. Cela nous permet d’identifier, à l’intérieur de chaque secteur, des différences selon l’activité principale de l’entreprise.

Comme on peut le constater dans le tableau principal, disponible en annexe, pour chaque entreprise la capitalisation boursière a été calculée (valeur de l’action multipliée par le nombre de titre), elle-même additionnée à la dette financière non courante afin d’obtenir la valeur d’entreprise. Enfin, ce chiffre a été divisé par l’effectif afin d’obtenir la valeur d’entreprise par l’emploi (VE/ Emploi). Autrement dit : le capital, appartenant aux actionnaires et financiers, qui détient votre emploi. Les entreprises ont été classées par corps de métier afin de les comparer entre les pays européens, puis une moyenne par secteur a été calculée, ainsi que par pays dans chaque secteur, en pondérant à chaque fois dans le calcul par les effectifs. Enfin, un écart-type par secteur ainsi qu’un coefficient de variation, présenté en pourcentage, a également été calculé pour déterminer la dispersion d’une entreprise comparée à la VE/emploi moyenne du secteur. Il est important de noter que certains groupes importants tels que Bouygues, présents dans différents corps de métier (construction, télécom et média pour l’exemple cité) ont été placés dans leur secteur dominant (la construction pour Bouygues). Les effectifs varient de 138 (Inland Homes) à 656 000 (Volkswagen) et l’étude couvre plus de 15 millions d’emplois. Les quatre pays comptent 129 millions d’actif, l’échantillon représente 8.6% de la population.

Les chiffres viennent en majorité du site Boursorama pour l’année 2019, bien que certaines données pour les entreprises étrangères, en particulier pour l’Italie et le Royaume-Uni, ont été obtenues grâce à Investing.com. Enfin, les chiffres des entreprises britanniques ont été converties des livres sterling en euros au tôt de conversion du début de l’étude, en mi-2019 (1,09€ pour 1£)

II. Résultats

Les résultats sont à retrouver en détail dans l’annexe.

III. Discussion

A. Résultats généraux par pays

En moyenne, la France possède une moyenne VE/Emploi plus basse que ses voisins européens, avec un chiffre moyen de 417K€, comparé aux 550K€ de nos voisins allemands, aux 682K€ des entreprises britanniques et finalement des 700K€ des Italiens. Ces chiffres peuvent s’expliquer en partie par la plus grande quantité d’entreprises françaises répertoriées, avec une pluralité de secteur plus respectée contrairement à l’Italie par exemple, où beaucoup d’entreprises ont une VE/Emploi forte. La moyenne générale est quant à elle de 544K€, un chiffre fortement influencé par le fait que 42% des emplois calculés dans notre étude sont des emplois français, dont la VE/Emploi est en moyenne plus basse que ses voisins. Suivent les Allemands (28%), les Britanniques (21%) et enfin les Italiens (9%)

B. Comparaison entre secteurs

Le secteur qui possède de loin la VE/Emploi la une moyenne de 4 424K€, loin devant l’alcool plus importante est celui de l’immobilier, avec (2 646€), l’entertainment (1 464K€), l’énergie (1 361K€), la pharmacie (1 251K€) et la finance (1 145K€). Excepté pour l’entertainment, qui est un petit secteur comprenant uniquement trois entreprises et créé pour les besoins de cette étude, les résultats de ce haut de tableau ne sont pas étonnants. Commençons avec le secteur de l’immobilier : certaines entreprises comme Unibail-Rodamco et Klépierre ne possèdent que les murs de bâtiments, qu’elles louent ensuite à d’autres et n’ont donc besoin pas besoin d’une grande main d’œuvre, malgré des valorisations énormes dues aux coûts des structures. Pour l’alcool, l’énergie, la pharmacie et la finance, ce sont des entreprises qui ont de fortes capitalisations boursières et des employés souvent hautement qualifiés et il est donc logique d’y trouver une VE/Emploi qui soit haute. L’alcool possède par ailleurs un coefficient de variation extrêmement bas (32%), qui démontre que le secteur possède globalement une VE/Emploi stable dans les différents pays puisque l’activité y est le même. Ce n’est pas le cas, par exemple, de l’immobilier (100%) ou de l’énergie (240%), des secteurs où s’y côtoient différentes spécialisations, nous reviendrons sur ces cas dans la troisième partie. De l’autre côté du classement par secteurs, ceux qui possèdent une VE/ Emploi basse sont également assez logiquement des secteurs où les employés ont peu de qualifications. L’hôtellerie (69K€) en est un exemple parfait, malgré l’échantillon beaucoup trop bas (seulement deux entreprises). Suivent également la distribution (78 K€) qui est bien représentée dans différents pays avec également un coefficient de variation bas (27%), qui démontre que le secteur possède une VE/Emploi basse et stable, quel que soit le pays. Les services possèdent aussi une VE/Emploi peu élevée (90K€) qui s’explique par un usage assez important de « petites mains », même si le secteur est plus élargi dans notre étude, ce qui explique le coefficient de variation de 265%. Viennent ensuite la communication (179K€) et la santé (240K€), un domaine qui couvre des corps de métier divers et variés.

C. Comparaison au sein-même des secteurs

Certaines indications au sein-même de secteurs révèlent des données intéressantes à propos d’une société, des différences entre entreprises de différents pays ou de l’importance de leur écart-type qui révèlent parfois des corps de métier variés.

Automobile

Prenons le cas du secteur automobile. Malgré une moyenne assez basse (304K€), le coefficient de variation y est grand (791%) est cela est dû en grande partie à un seul acteur : Ferrari. L’entreprise italienne possède de loin une VE/ Emploi supérieure à la moyenne du secteur puisqu’elle est de 7 072K€, loin devant la deuxième entreprise du secteur, BMW, et sa moyenne de 817K€. Il est intéressant de constater que ces deux marques automobiles, considérées comme « haut de gamme », ont une VE/Emploi qui reflète ce statut, surtout pour Ferrari. C’est au contraire dans des marques moins prestigieuses telles que Volkswagen (avec une VE/Emploi de 243K€), Renault (89K€, la VE/Emploi la plus basse du secteur) ou Piaggio (212K€) que l’on trouve des valeurs d’entreprise par emploi moins importantes. De ce fait, nous pourrions presque classer Ferrari dans le secteur du luxe (voir annexe) puisque sa VE/Emploi est loin de celles des autres entreprises du secteur automobile, qui sont pourtant plutôt cohérentes entres elles. En effet, si l’on enlève Ferrari du secteur le coefficient de variation passe de 791% à 92%

Distribution

Le cas de la distribution est aussi intéressant puisqu’il révèle que les VE/ Emploi dans un même secteur peuvent avoir une valeur similaire, qu’importe les pays d’origine. Assez logiquement le secteur de la distribution a une VE/ Emploi basse, de 78K€ en moyenne. Contrairement à l’exemple de l’automobile cité plus haut, ce constat est le même pour toutes les entreprises que nous avons intégré à l’étude, qu’importe le pays. Le coefficient de variation n’est que de 27% et les VE/Emploi ne vont que de 56K€ (Metro AG, Allemagne) à 107K€ (Sainsburry’s, Royaume- Uni).

Energie

<Le secteur de l’énergie se distingue par un écart-type plutôt important, avec un coefficient de variation de 240%. Cela s’explique par les corps de métiers assez différents qui se trouvent dans cette catégorie, notamment les groupes italiens Terna et Snam, qui ne s’occupent que du transport de l’énergie. Le groupe Centrica, premier fournisseur de gaz naturel au Royaume-Uni, est également un groupe qui tire le coefficient de variation vers le haut avec une des VE/ Emploi les plus élevées du classement, 10 252K€. Au contraire de GDF Suez (France), qui possède la VE/Emploi la plus basse du secteur avec 229K€.

Immobilier

L’immobilier est un autre cas de secteur avec différents métiers au sein du même domaine, ce6 078 qui peut porter à confusion à la lecture des résultats. Certaines entreprises, comme Klépierre et Unibail-Rodamco, ont des VE/ Emploi élevées (10 325K€ et 12 014K€ respectivement), bien plus que d’autres comme Nexity (343K€), bien qu’elles viennent toutes trois du même pays, la France. Cela s’explique par le domaine d’activité dans lequel ces entreprises se trouvent : Klépierre et Unibail-Rodamco se trouvent par exemple dans l’immobilier commercial et ont en conséquence une VE/Emploi supérieure à celles des autres groupes comme Vonovia, Kaufman & Broad, Deutsche Whonen, Inland Homes ou Berkeley, qui oscillent entre 7 169K€ et 1 001K€ de VE/Emploi et sont tous dans l’immobilier résidentiel. Il est d’ailleurs intéressant de constater qu’au sein même de ce sous-groupe, les Allemands ont une VE/Emploi supérieure aux Français et aux Britanniques. Enfin, le cas Nexity s’explique par le fait que le groupe Français est un promoteur immobilier, ce qui induit un nombre d’employés plus important, par exemple dans des agences immobilières, le tout pour une capitalisation boursière moins élevée.

Informatique

Le secteur de l’informatique porte un intérêt particulier, grâce à la grande disparité de ses acteurs qui dépend notamment de la nationalité de l’entreprise. Les éditeurs de logiciels ont pour la plupart des VE/Emploi conséquentes, qui résultent de leur activité, comme Nemetschek, SAP, Aveva ou Avast, qui ont des valeurs allant de 3 019K€ à 1 787K€. Ce n’est pas le cas pour tous cependant, puisque SAGE ou Micro Focus, deux groupe anglais éditeurs de logiciel, ont une VE/Emploi en deçà (726K€ et 403K€ respectivement). Pour la majorité des entreprises du secteur en France, dont l’activité est bien plus du conseil et des services numériques et d’ingénieries, les VE/Emploi sont plus basses et démonstratrices de leur identité en tant que SSII, comme Akka Technologies (46K€), Sopra Steria (78K€), Alten (90K€), Assystem (93K€), CAP Gemini (105K€) ou encore Atos (126K€). Cependant, il est intéressant de constater que des entreprises avec un corps de métier équivalent, mais à l’étranger, ont une VE/Emploi supérieure. Par exemple Bechtle, une SSII allemande, possède une VE/Emploi de 635K€. Reply, un équivalent italien, est quant à elle à 422K€ tandis que SeSa, une autre SSII italienne, est à 565K€.

Santé

Le domaine de la santé connaît également une grande dispersion de ses VE/ Emploi, qui s’explique des différentes activités des entreprises qui la composent. Le plus élevé, Diasorin, est spécialiste de diagnostique et kit, souvent grâce à des technologies élevées qui expliquent des effectifs bas mais spécialisés. Ensuite, Smith and Nephew est également un producteur d’équipement médical, certes avec des équipements moins avancés technologiquement, telle que de la médecine du sport. Viennent ensuite Amplifon et Frenesius Medical, qui font également de l’équipement médical (appareils auditifs et dialyses respectivement). Enfin, Orpéa et Fresenius SE possèdent des VE/Emploi plus basses puisque leurs domaines d’activité nécessitent plus d’employés : le premier s’occupe majoritairement de maisons de retraite, le deuxième de soin de santé et également de la gestion d’établissement médicaux.

Conclusion

L’outil de la valeur d’entreprise par emploi est une donnée qui renseigne sur la valeur d’un emploi dans une certaine entreprise et possiblement sur le degré de spécialisation au sein de celle-ci. Il est également utile pour renseigner sur le capital, appartenant aux actionnaires et financiers, qui détient votre emploi. En moyenne, la France possède une VE/Emploi qui est plus basse que celle de ses voisins européens, mais globalement les quatre pays n’ont pas des valeurs éloignées les unes des autres avec l’échantillon que nous avons sélectionné, preuve que l’outil est fonctionnel. De plus, le bienfondé de la VE/Emploi est valorisée par le fait que dans chaque secteur, quel que soit les pays, les données semblent suivre une évolution logique, avec des secteurs plus techniques et aux emplois plus précieux tels que l’immobilier, l’alcool, l’énergie, la pharmacie ou la finance en haut et d’autres, avec des emplois plus précaires, comme l’hôtellerie, la distribution, les services ou la communication, en bas du classement. Enfin, une étude intra-secteur démontre bien les différents facteurs qui peuvent affecter un domaine d’activité et résulter dans une VE/Emploi bien différente, notamment les différents corps de métier dans un secteur, qui influent sur le nombre d’employés. Cette étude est un premier pas vers l’utilisation de la VE/Emploi dans les études économiques : la comparaison de plus de pays européens, voire avec des entreprises d’autres continents ainsi que d’une possible évolution dans le temps, pourrait la compléter afin de nous donner un aperçu plus détaillé de la valorisation d’un emploi dans l’entreprise en question. Ainsi, les disparités entre les pays européens et les Etats-Unis par exemple, donnerait un excellent point de repère afin de se pencher sur la concurrence entre secteurs des deux côtés de l’Atlantique.

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Résumé
La valeur d’entreprise par emploi (VE/Emploi) est un ratio d’analyse financier qui s’avère utile et pourtant, qui est peu utilisé. Il est non seulement un excellent indicateur des secteurs dans lesquels se trouvent les entreprises mais permet également d’informer le salarié sur la qualité de son emploi. Cette étude utilise l’outil afin de comparer plus de 200 entreprises dans quatre pays européens (Allemagne, France, Italie, Royaume-Uni). ‍
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